<< Mouvement spontaneous | Droit de réponse antipub | A Paris, les anti-4x4 prennent l'air la nuit >>
Militant du Mouvement spontané créé à Paris après le 21
avril 2002, Ahmed Meguini a fait l'objet d'une arrestation ciblée pendant la
manifestation du 24 juillet organisée à Strasbourg par le campement No Border
qui revendiquait la liberté de circulation et d'installation et la fermeture des
centres de rétention. Ses trois mois d'incarcération ne sont pourtant pas venus
à bout de ses convictions : activiste de la mouvance antipub de désobéissance
civile, il fait parti des 62 personnes assignées en justice pour avoir participé
à l'action du 28 novembre 2003 dans le métro parisien.
L'antipub n'est pas une idée, encore moins un concept, c'est un
passage à l'acte, un légitime droit de réponse. La réappropriation de l'espace
public est une revendication commune. Progressivement, nous avons vu les murs du
métro se couvrir d'affiches publicitaires, puis l'intérieur des rames (contre
les parois, suspendues aux plafonds). En-suite, la publicité s'est propagée à
tous les supports accessibles au regard, mais aux autres sens aussi : portes de
sorties, extérieur des rames et sols, mais aussi pubs sonores et autres
diffuseurs d'odeurs.
Depuis début novembre des centaines de personnes de tous
âges et de toutes catégories sociales se réunissent régulièrement dans le métro
parisien, équipées de matériel de peinture, de pochoirs et d'affiches pour
combattre "l'aliénation publicitaire". Elles forment le mouvement "antipub", un
mouvement dont l'originalité est qu'il ne s'est pas constitué en réaction à un
événement (réforme ou loi scélérate...). Aussi nombreuses que puissent être les
convictions et motivations particulières à chacun, c'est bien l'idée de "droit
de réponse" au totalitarisme publicitaire qui semble être le motif de rébellion
commun, l'idée surtout d'une désobéissance par la responsabilité. Les modes
d'action sont, eux aussi, très variés : ils passent aussi bien par le simple
recouvrement (barbouillage) d'affiche à la peinture, que par l'inscription de
messages contestataires ou par le détournement de slogans publicitaires.
A
chaque nouvelle opération, de façon quasi hebdomadaire, le mouvement se déleste
un peu plus de sa naïveté des premiers temps et agit avec une conscience
croissante des risques et enjeux que son action peut entraîner. Si le nombre
d'agissants gonfle à chaque nouvelle action, le dispositif policier enfle avec
lui. Vendredi 28 novembre à 19 heures, mille CRS répartis dans Paris ont procédé
à plus de trois cents arrestations, rappelant dans le même temps le message fort
et clair que nous avait lancé le gouvernement au printemps 2002 : pas de
dialogue !
Si la fédération du mouvement antipub présente des
caractéristiques novatrices en de nombreux domaines, elle célèbre avant tout
l'efficacité d'Internet comme moyen de mobilisation et comme nouvel outil de
lutte et d'organisation. La "cyberpropagation" de l'information a su donner
naissance à une communauté prolixe, sans visage ni point d'ancrage géographique,
constituée de groupes affinitaires convergeant dans l'action, de façon autonome
et autogérée. Les rapports d'opération, eux aussi débattus par liste Internet,
ainsi que les critiques concernant la pertinence et la cohérence de ces rapports
fournissent autant de pistes de réflexion. Cette approche permet notamment la
prise de décision par consensus comme le perfectionnement des protocoles. Elle
permet en outre de régénérer la qualité de cette spécificité spontanée qui nous
offre la souplesse et la rapidité d'action auxquelles nous sommes très
attachés.
C'est l'espoir d'un monde meilleur qui nous impose la
responsabilité pour ligne de conduite. Si, aujourd'hui, la rigidité du processus
démocratique rend inopérant tout appareil institutionnalisé, le devoir d'user de
nos libertés introduit une nécessaire réflexion sur la relation
autorité-obéissance. L'autorité a besoin de justifier la légitimité de son
pouvoir et doit pour cela céder à certains compromis : que ses administrés
soient correctement nourris, logés et protégés. Le détenteur de l'autorité est
toujours mandaté par l'obéissant qui, en se déchargeant (consciemment ou non) de
cette responsabilité, ordonne alors son assujettissement. Aussi est-ce bien un
mouvement d'émancipation par rapport à un paternalisme autoritaire (et par
définition non participatif) qu'entreprennent les antipubs au cours de leurs
actions. Car le combat visant à s'opposer à l'aliénation publicitaire ne peut
avoir pour ressort que la désobéissance civile : les recours légaux, par les
procédures longues et complexes qu'ils impliquent, mais surtout par
l'insupportable coût financier qu'ils entraînent, sont fonctionnellement
inenvisageables.
Une lutte, bien souvent appelée "crise" par l'autorité
contestée, prend des formes qui évoluent en fonction de la rigidité plus ou
moins grande du pouvoir. Si la revendication d'une autonomie de pensée, de
décision ou d'action par rapport à l'autorité fait partie intégrante de
l'évolution naturelle de chacun, le pacte tacite conclu entre les deux parties
rend illusoire toute tentative d'amendement : le débat devient un carcan pour le
subordonné. Contractuellement, il ne peut avoir raison. L'émancipation se
manifeste nécessairement par une "volonté de puissance" cimentée par la cohésion
du groupe, par la démonstration d'une détermination sans faille, par
l'injonction au respect sans condition. Aussi est-il nécessaire de persévérer
dans tout combat contre l'aliénation.
Si nous avons frappé les premiers,
c'est que l'heure est à l'offensive. Métrobus et la RATP tentent de stopper le
mouvement en assignant soixante-deux personnes (choisies tout à fait
arbitrairement) en justice : l'action du samedi 28 février était une réponse
sans équivoque à cette tentative d'intimidation. Elle a rassemblé un millier
d'individus à Paris et trois mille personnes en France (Montpellier, Marseille,
Caen, Lille, Orléans et Nice) et en Europe (Genève et Bruxelles, prochainement à
Rome et Barcelone) pour montrer que le procès des 62, qui se tenait le mercredi
10 mars au palais de justice de Paris, n'aura pas arrêté ce mouvement de
désobéissance civile.
Ahmed Meguini
Publié par Meguini à 03:07:30 dans UMP | Commentaires (0) | Permaliens
Commentaire