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Aïssa Benchekroun Ancien Ambassadeur

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Karl Marx ou l'esprit du monde | 30 mars 2006

Apparemment Mr. Jacques Attali , bien qu’il s’en défende , est bien sensible à sa judaïcité et ne rate pas une occasion pour lui manifester sa sollicitude et de  faire de  montre  de son profond intérêt, à l’égard de tous les juifs,  s’agissant de ceux  officiellement déclarés, ou ceux qui , pour une raison quelconque y ont renoncée volontairement et ne s’y attachent plus .  

     Dans le cas d’espèce,  celui du héros de livre ( 1 ) qui n’est autre que  Karl Marx, cherche-t-il  à  le dénaturer aux yeux des jeunes de ce 21ième.S  ou bien à le réconcilier avec eux , au moment où tout pour lequel ce héros  a combattu  toute sa vie, vient de s’effondrer devant leurs yeux,   par les coups conjugués de ses successeurs qui l’ont trahi dans la forme et dans le fonds  et de  ses ennemis initiaux  qui lui ont déclaré la guerre dès les débuts sans jamais lui laisser de répit ? Car auparavant, il ne semble pas  qu’un quelconque auteur de l’envergure d’Attali,  ait traité ce sujet avec autant de sérieux , de passion,  d’émotion, et d’ardeur à rapporter l’œuvre d’un grand philosophe , d’un grand économiste  et d’un non moins grand créateur , écrivain et journaliste , et dénoncer implicitement les misères qu’a connues cet homme hors de pair au sein de la société  , nationale et internationale , chose qu’ont « oubliée » de rapporter  les grands « pontes » des régimes  communistes en URSS et ailleurs , et des Partis communistes de l’ Occident et du Tiers-monde, qui ont bâti leur système dictatorial sur une déformation de ses théories, selon ce qu’en écrit  Mr.Attali

      A dire vrai, on peut légitimement se demander pourquoi Mr. Attali s’est choisi pour modèle un Karl Marx pour illustrer son argumentation sur la trahison des idées des grands hommes de l’Histoire,  laquelle  va en l’occurrence, selon lui, jusqu’à leur dénaturation. ? Beaucoup d’illustres hommes et non des moindres, ont connu dans l’Histoire le même sort, sinon pire ! Que craint-il , la susceptibilité des Chrétiens , en rappelant l’exemple de l’Evangile lui-même dont sont sortis , après Jésus, plusieurs autres vrais Evangiles ?  Ou bien parce qu’il est l’un des derniers de ces « grands juifs» qui soit le plus proche de  ses idées, et pourrait-on dire peut-être aussi de son « cœur » ? Est-ce pour rendre hommage au genre de   « Judaïcité » de son personnage dont il n’a pu ne pas en tenir compte, parce que  ressentant la chose dans son for intérieur et  sachant parfaitement que  l’intéressé lui-même en avait  abandonné plus le fonds et  la forme traditionnelle ,  pour laisser  entendre sans y  trop insister, qu’il n’était guère facile déjà à l’époque prussienne de faire partie de l’Elite intellectuelle juive, et de prétendre y exercer une influence déterminante , sans subir les rigueurs de l’esprit rétrograde , xénophobe  et raciste , prédominant  le  régime politique  en place ? Ou bien tout simplement pour ne pas faillir à sa vocation littéraire et historique de n’attribuer que des vertus au « Juif » et de conforter  la tradition de « Peuple élu » sur laquelle sa plume prolifique  s’était étendue à longueur de pages dans son livre    « Les Juifs, le monde et l’argent » ?

 

       Toujours est-il  que cette question du « pourquoi » restant suspendue, il   est  indéniable que Mr. Attali nous a offert un Karl Marx peu connu , humain , sensible et aux prises avec les difficultés de la vie et de la société , comme un Monsieur tout le monde, loin du portrait qu’en ont fait  par la suite  ses thuriféraires , communistes et socialistes à  travers le monde . En rendant à César ce qui est du à César , et  en  situant l’homme dans son véritable milieu de l’Europe du milieu du 19ième.S , cet homme qui s’est attelé à étudier objectivement la société industrielle européenne naissante , d’en dégager les maux  dont elle souffre déjà , et qui s’est essayé d’en  prévoir  « l’antidote » nécessaire  (  2  ) pour éviter les catastrophes . Ce qui n’allait pas manquer  d’influencer d’une manière ou d’une autre, sur toute l’évolution   des sciences humaines , ainsi que sur le cours politique du  20ième jusqu’à  nos jours . Mr.Attali  a raison de le souligner ; et   parle d’un groupe de savants contemporains presqu’en marge de la société  et  en mal avec elle , dispersés,   poursuivis pas les régimes et leurs polices , d’où émerge un personnage hors du commun que n’épargnent non plus, ni les tracasseries policières, ni les aléas de l’exile ou des douleurs familiales , un Karl Marx que l’auteur malgré tout,  qualifiera d’«  orgueilleux et dictatorial » et dont il a voulu à tout prix  souligner la personnalité  juive , comme si , seul un juif est destiné à être aussi grand et à souffrir autant . Et tout le livre pourrait se résumer en un long plaidoyer en faveur de la relecture de son  œuvre  , en vue   « de réinterpréter ce XIX siècle  dont nous sommes les héritiers et de comprendre comment certains de ses successeurs ont créé nos démocraties pendant que d’autres, récupérant et distordant ses idées , en ont fait la source des deux principales barbaries de l’histoire moderne ». ( 3 )     

Mr.Attali parle certainement en son nom et de celui des pays semblables qui  se sont impliqués dans les  mesquineries et les magouilles de leur Droite politique, ainsi que dans les fanfaronnades  de leur  gente militaire,  pour n’avoir pas su s’y opposer ,  mais nullement  au nom des masses du Tiers-Monde ,  qui ont connu  elles, « les pires barbaries » des mains des propres  victimes de cette même histoire moderne  dont parle l’Auteur, d’autres Shoahs et d’autres Goulags .
      Il reste bien entendu à écouter tous ces « grands pontes »de la période communiste , qui vivent  toujours encore, et qui, il n’y a pas longtemps encore, faisaient  la loi dans leur pays.    On aimerait bien entendre par exemple un Gorbatchev sur les propos de Mr. Attali et j’ai bien peur que , pour lui, tout n’était pas noir , et que s’il y a eu des Goulags , les falsifications de l’Occident et les manipulations des spécialistes de la CIA, n’y ont pas été sans les gonfler et sans « les sortir de leur contexte » étrangères !  Nous ne  sortirions alors point de l’auberge ! 

       D’ailleurs, on ne voit pas  comment la source de  ces « deux principales barbaries »  doive remonter, même indirectement , à l’enseignement de Karl Marx , à moins que l’auteur ne cherche à faire dire à l’Histoire plus qu’elle n’en possède, surtout quant il entend, comme tout le suggère, compter la Shoah  parmi ces deux plus grandes infamies, (  ce dont  il aura raison, car elle en est une , mais pas la seule, autrement que dirait-on de l’Inquisition ). Et puis ne voit-il pas le paradoxe  d’une responsabilisation « même morale » du fondateur  du Marxisme  dans  le massacre de peuples  qui  y adhéraient pourtant sincèrement, croyant y trouver leur salut,  et dont certains n’avaient pour  « crime »  que le fait d’être juif, et non d’être  marxiste ? 

Cependant , et malgré  toutes ces assertions que peuvent lui disputer des historiens plus spécialisés, en les contestant par des arguments moins « personnels » et plus « neutres », mais  qu’approuvent certainement des politiciens « engagés » , Mr. Attali  aura réussi à humaniser son  personnage  et à le rendre plus acceptable . Mais de grâce que l’on cesse de  brandir sa judaïcité qui  n’y  est pour rien , ni dans ses malheurs  ou ni dans sa grandeur  ; et  s’il arrive comme on peut s’y attendre,  à lui  faire traverser encore des siècles , c’est que le bonhomme le devra à lui-même, à la fécondité des ses pensées et la profondeur de ses écrits  .
      Mr. Attali nous a livré en définitive un personnage humain, débarrassé  des «  oripeaux » dont l’ont entouré ses adeptes , un être humain  hors du commun certes, mais quelqu’un qui a  vécu pleinement son temps,  qu’il a  non seulement profondément marqué , dans ses  sciences humaines et ses courants philosophiques qui s’y développaient, mais un homme comme tous les autres hommes, qui a souffert dans sa chair et son âme de l’injustice de la nature et de la société  , et qui n’a pas quitté cette terre sans avoir  payé le prix fort pour  son billet de passage.  Et c’est l’occasion pour l’auteur de  faire un « mea culpa » discret quant à la réussite des Juifs en matière d’argent , développée dans son autre livre « L’Argent , les Juifs et le Monde », en montrant un Karl Marx démuni, qui n’ arrive à pas à maîtriser ses problèmes financiers , malgré que le monde entier de l’époque lui reconnaissait en lui le grand théoricien du Capital .  
Le lecteur serait donc  enclin à excuser l’auteur pour sa passion à tout ramener autour du « Juif », comme si rien d’exceptionnel ne pouvait sortir d’un esprit autre que juif, et d’aucuns pourraient être tentés de lui rétorquer ( pour lui rappeler seulement),que , si l’on ne croit pas à « l’origine divine »  de la Thora, qu’après tout, Moïse n’était qu’un révolutionnaire égyptien , qui a réussi  à se jouer du Pharaon, et à persuader  ses partisans à le suivre , dans l’errance à travers le Sinaï , en leur faisant miroiter   les  douceurs d’une terre que le Seigneur leur aurait promise .  (4 ) .Il ne serait donc pas étonnant que le descendant garde un peu de l’orgueil  de cet ancêtre révolutionnaire « inspiré »!
        C’est l’occasion aussi enfin pour Mr. Attali de régler avec lui,  en tant qu’égal  intellectuel , et tout en l’encensant de mille arômes, quelques petites différences qu’il estime sans doute devoir à l’inexorable effet du Temps et de l’Evolution , comme par exemple :
                      * IL  parle d’absurdité  à propos de la Musique et des Arts en général , que Marx considère, comme « des œuvres n’entrant ni dans la catégorie  de travailleurs  productifs, ni dans celle des travailleurs improductifs, bien qu’ils soient producteurs de marchandises » ( 5 ) .  Mais il se rattrape aussitôt de ce propos  blasphématoire : « Marx, qui se rend compte de l’absurdité de ce qu’il écrit là, se rassure en considérant que la musique, l’art et l’information en général sont des productions marginales , sans influence sur la dynamique globale du capitalisme. »     
                   * Il  n’est pas loin de considérer  son  « Capital » comme une nouvelle Ode dédiée  à la gloire du capitalisme , et n’hésite pas à parler de « grande influence civilisatrice du capital » ( 6 )
                   * D’autre part n’est-il  pas  bizarre que, c’est uniquement après la guerre froide ,  après que   les Communistes aient eux-mêmes commencé à vilipender  Marx et ses théories , que c’est maintenant que Mr. Attali  , socialiste de longue date et célèbre admirateur de son non moins socialiste mentor ,  vient nous  chanter les louanges de son idole retrouvée ? Est-ce pour ne pas laisser salir le nom d’un célèbre Juif ? Et si c’est le cas , pourquoi ne prendrait-il pas la peine d’aller au secours de  Maïmonide , pourtant considéré par le Judaïsme  officiel  comme   le 2ième.  Moïse,   devant  les attaques frontales d’un  Shahak, dans son estimation de la situation religieuse en Israël  ( 7  ).
                  * Attali réconcilie Marx avec le Socialisme ; mais celui-ci, s’étant lui-même déjà réconcilié avec le  Libéralisme sur maints aspects, ( en citant cette phrase de  Marx  pour appeler à une: «évolution révolutionnaire »,   au point qu’ il n’est plus difficile désormais pour l’auteur de  souligner des points de convergence de celui-ci avec le Marxisme et même  de  pousser  à leur  réconciliation. D’où peut-être son ode au « Capital » !   
* Etonnant Attali sur un  étonnant Karl Marx : après l’avoir encensé , et rendu à sa dimension humaine , le voilà qu’il le place dans cette catégorie d’hommes , de penseurs et de philosophes dont les « idées ont été récupérées et distordues par des héritiers qui en ont fait la source des deux principales barbaries de l’histoire moderne » ; et en le proposant  à un  nouveau rôle, il cherche à nous faire , « réaliser enfin qu’aujourd’hui, au moment où s’accélère la mondialisation qu’il avait prévue, Karl Marx redevient d’une extrême actualité. ». Il omet d’ajouter parmi ces « barbaries », le colonialisme,  ( 8 )dont il n’a pas eu à souffrir il est vrai, mais que son socialisme a grandement favorisé .
                          *  Et cette « dent »  gratuite contre les Almohades , lui l’intellectuel et l’érudit en les reliant aux Nazis ( page : 416 ), sans référence à l’atmosphère de l’époque, à la chasse au Maure et au Juif en Espagne à cette époque, et    parce que certainement ils n’ont pas toléré la présence à Fez d’un Maïmonide faussement converti , alors qu’il aurait pu s’adonner à ses études tout en se présentant sous sa  confession  juive comme le prescrit et le tolère l’Islam . Et puis, que n’a-t-il pas lu les commentaires peu amènes de Mr. Israël  Shahak ( revoir :7 )sur Maïmonide lui-même , pour s‘éviter des comparaisons exagérées et peu fiables, et qui ne semblent pas correspondre à la vérité historique./.     
  
Rabat : Janvier 2006                                        Signé :    Aïssa  Benchekroun
                                                                                Ancien Ambassadeur

 

 

 
 

Publié par badi à 09:38:38 dans Baddi News | Commentaires (0) |

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