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Servante, montre-moi encore ce doux billet. « Oui, ce soir mon amante je vous attendrai à mon hôtel. Je reste votre fervent amant comme vous l'aimez tant. » Ah ce soir arrive si lentement, dix-sept heures sonnent au clocher. Verse dans mon bain des senteurs suaves venues d'Orient mais point trop, qu'il respire encore mes odeurs. Ah mon dieu, cette ridule qui vient à mes paupières ! Tant de fois je l'ai pleuré, mon amant infidèle, voilà les empreintes de mes tristesses qui s'étirent à mon regard. Verse ce flacon d'huile d'Orient, que son baume estompe les douleurs passées. Ah, mon dieu, ce cheveu qui se colore de blanc ! Arrache-le vite de ma chevelure, qu'il ne voit pas combien je suis vieille. Ses belles maîtresses ornées de leur jeunesse sauront-elles s'effacer à son cœur ? S'il ne voyait que ma vieillesse et ses traces ? Ah mon dieu ma peau est encore douce, mes seins bien fermes ! Je lui plairai encore. Combien il est cruel de m'avoir abandonnée toutes ces nuits ! Je les ai bien comptées, quarante depuis notre dernière étreinte.
« Je suis occupé » ne cessait-il de m'écrire dans ses billets froissés « soyez patiente. » Ah l'inconstant, comment peut-il croire que je l'attendrais ? Bien sûr il a certains attraits qu'il est bien difficile d'oublier. Je ne parle même pas de ses étreintes qu'il a pourtant vaillantes, ni même de son corps aux courbes semblables aux marbres antiques - et vous savez, ma servante, combien je suis sensible à Rome et plus encore à la Grèce - encore moins de ses paroles qui vous laissent un goût de miel. Non je parlerai plutôt de sa prévenance, de sa galanterie, de sa présence infinie, et ses caresses qui vous rendent si belles. Ah je suis tombée en pâmoison. Oui, oui, je sais, servante, il m'échappe et cela le rend plus désirable encore. Mais enfin n'est-il pas maître de lui-même ? N'est-ce pas là sa grande valeur ? Ah je songe encore à toutes celles qui semblables à moi s'éprennent de lui, ces jeunes demoiselles aux corps que l'âge n'a pas atteint, vibrant sous ses mains. Comme elles doivent s'accrocher à son bel enthousiasme ! Ah mon dieu, qu'ai-je fait en cette dernière nuit où il a partagé ma couche ? Que ne lui ai-je pas donné qu'il m'ait si longtemps dédaignée ? Il respirait à toutes mes effluves, je goûtais à ses délices chocolatés. Le frivole, j'ai parcouru toutes les collines du tendre avec lui. Ah mon dieu, je lui ai trop donné, c'est cela !
Mais cessons ces jérémiades. Cette nuit il me revient. C'est certain, je saurais le séduire comme avant. Hélas, il exerce sur mon cœur un tel attrait que je crains bien de m'évanouir dès qu'il paraîtra. Sept mois déjà qu'il est entré dans mon âme. Sept mois que je tremble, que je gémis, que je prie. Sept mois qu'il demeure citadelle imprenable. J'aurais voulu le conquérir, tel Alexandre qui prit Tyr en sept mois. Dans un sursaut d'amour-propre, j'ai même tenté d'échapper à ses inconstances. Un ancien amant qui recevait, avant l'élu, toutes mes faveurs, soudain me déplut. Toutes ses tentatives me donnaient, bien malgré moi, à peine un frisson à la joue. J'ai goûté à d'autres nouveautés pour extraire le philtre fatal de mes veines. En vain ! Le premier au corps trop fragile, aux propos futiles m'ennuya. Je n'étreignais que ses épaules étriquées et même ses vices n'eurent pas mon agrément. Le second, époux volage, ne cherchait qu'à grimper dans mes creux, mais sans cette infinie douceur que l'ingrat savait si bien soupirer. Le troisième -oui ma servante, j'avoue je l'ai trompé trois fois avant que le coq n'ait chanté-, malgré ses savantes caresses, ne me prodiguaient que des imitations d'abandon. Ah oui, ma servante, je me suis abandonnée à mon merveilleux guerrier avec un tel enchantement que mon visage rayonnait telle Vénus sortant de l'écume. Qui pouvait me rendre son étreinte glorieuse ?
Ah mon dieu, comme le soir est long à venir, dix-huit heures sonnent au clocher. Prends soin de mon jupon de dentelle, de l'échancrure de ma robe rouge. Quoi, un nouveau messager porteur de quelle missive ? « Très chère ce soir je ne saurais être avec vous. Un contretemps me rend indisponible à vous. » Quoi, aucune autre explication ! Le perfide, me veut-il revoir morte à remettre encore notre étreinte ? Ah non, je ne me laisserai pas traiter de la sorte, puisque ce soir le roi m'avait conviée à sa table, je saurais me distraire et oublier le féroce insaisissable. Allons servante, choisis la robe d'or que je scintille à la table royale.
Vingt-deux heures sonnent au clocher. Oui je reviens bien tôt, le dîner du roi était d'un ennui amer. Je n'ai cessé de soupirer et je n'ai rien pu manger. Tout me tournait vers mon oublieux : le moindre visage avenant me rappelait le sien, le rire du roi, les mots d'un courtisan et mêmes les rimes d'un poète, tout me rappelait à lui et tous me paraissaient de bien pâles copies. Même mon ancien amant, à la table du roi, qui soupirait à me vouloir près de lui, non vraiment, rien n'y fit. J'ai adressé à l'insensible un message griffonné à la hâte : « Très cher, je serai malgré vous à votre hôtel si particulier, ce soir à vingt-deux heures et je vous y attendrai, quoique vous ayez entrepris. » Hélas, je ne saurais ainsi le rejoindre, je n'ai plus aucun amour propre et à ses genoux, je peux bien me traîner, mais quoi ses gens ne m'auraient pas laisser entrer. Hélas, ma servante, je préfère encore dormir seule dans ma couche et rêver de lui, à quoi bon chercher ailleurs l'oubli qui ne viendra pas. Ah je hais cette nuit.
Quoi, un message de sa maison, qu'écrit-il cette fois : « Très chère, mon importun enfin quitte ma maison, si vous voulez bien encore de moi, puis-je vous rejoindre en votre demeure cette nuit ? Dites-moi, me prendrez-vous la tête ? » Quoi, il ose ! Il suppose que je vais acquiescer à sa requête ? Mais pour qui me prend-il ? Pour une de ses faciles conquêtes ? Qu'il lui suffit d'un mot pour que je reprenne nos commerces ? Vraiment, il me connaît mal, je ne suis pas une de ses ingénues, ni une de ses femmes qui n'espèrent que lui. Ma vie est pleine de... Hélas, quel est cet émoi qui m'envahit, quel est ce tourment qui freine ma raison ? Je l'aime tant, je l'espère tant, que m'arrive-t-il ? Ah ma servante, je suis perdue, je ne saurais lui échapper. Ecris pour moi, ma main tremble trop : « Je ne vous prendrai pas la tête mais la queue. »
Publié par felixmartin à 23:52:44 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Dionysos, dieu du désir pulsionnel assumé
divisé par le Diable, dieu déchu du plaisir détourné
reste La Croix
Et cloué à cette croix l'Homme devenu dieu
au nom de l'amour
La bergère violée à la margelle du puits
divisé par la courtisane poudrée de séductions
reste l'Ecume
Et baignée à cette écume Aphrodite libère
au goût de l'amour
Le Guerrier, survivant des combats
divisé par l'entêtée, au coeur rayonnant
reste Le Philtre
Et à ce philtre les Amants éternels boivent
au partage de l'amour
Publié par felixmartin à 11:52:12 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
A quatre heures, ce jour,
Maxime s'est pendu à sa ceinture de cuir
Manon succombe à sa maladie de sang
Melissa s'est asphyxiée à ses sourdes crises
Leurs adolescences n'ont pas résisté aux mains
Des tueurs tapis dans l'ombre.
Que restent-ils des pères qui les ont conduits par les chemins
Bertrand se tait sous son armure fêlée
Luigi se heurte à ses angoisses mortelles
Arthur se tord dans les bars à bière
Rien ne sauve leurs chairs des étoiles fatales
Celles qui n'éclairent même pas la nuit.
Que restent-ils des mères qui les ont menés au monde
Anna flotte dans les rues à la recherche du sol
Isabelle au crépuscule ouvre les yeux sur le vide
Mariane arrache la mauvaise herbe de son gazon
Rien ne sauve leurs ventres des anémones empoisonnées
Celles qui se trainent aux courants océaniques.
Ils sont suspendus dans le vide sans conscience.
Publié par felixmartin à 17:40:44 dans Nuits blanches | Commentaires (1) | Permaliens
Publié par felixmartin à 16:50:10 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Puisque nous ne sommes rien
mâchons les doux lotos
foulés par un vieux Pan
puisque nous ne sommes pas en liens
buvons jusqu'à l'oubli
les eaux gorgées d'actinies
puisque nous ne sommes pas nommés
délaissons les couronnes d'épines
et marchons sur les lits de braise
Ne jouez pas avec les dés du destin
les mancies tordent les avenirs
Ne réclamez pas de moi
que je choisisse l'un de vous
je veux bien l'un après l'autre
l'autre après l'un
les uns et les autres
me serrer dans vos bras anthropophages
jusqu'à mêler nos chairs
je veux bien à vos pieds,
langue tirée, sexe béant, mouillé, trempé,
me donner à vous
sans tuniques puantes, sous le bon oxygène
libres de tout
puisque les anciens modèles dérangent vos appétits
remplissez-moi, dévorez-moi, engloutissez-moi
je jouerai aux bords de vos corps en gouffres
à cloche-pied, à la marelle
dans vos bouches déjà
s'emmêlent ses mots murmurés
je veux bien sous la lune mateuse
brûlante à vos désirs désenchantés
fouler vos pics aux mortelles blessures
j'unirai les eaux de mes cratères
à vos doutes blanchâtres
à vos bacchanales sacrées
je serai votre offerte
quand donc la graine jaillira-t-elle du coeur
quand donc en regardant devant moi ta chute de reins
s'étanchera la soif retenue par le calice
quand donc les enfers traversés de mille parois
cracheront-ils enfin les corps ressuscités
les crapauds et les corbeaux de leurs voix mélangées
assourdissent les plaintes à jamais
puisque l'unique à sa croix est cloué
le victorieux paganisme me libère sans pudeur
Publié par felixmartin à 19:58:38 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
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