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MAGIE NOIRE | 24 avril 2007

Il a touché les arbres, leurs feuilles se sont desséchées.
Il a marché sur le gravier, le sang a coulé à flot.
Il a touché mon genou, je suis boiteuse à présent.

Publié par felixmartin à 21:31:25 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Gévaudan | 23 avril 2007

Je déteste l'année 1764. C'est cette année-là que la bête m'a dévorée. Son petit a mâché ma main gauche juste avant que la bête ne tranchât ma tête. Mes métamorphoses pouvaient commencer.

Au village, on m'appelait la Jeanne. Je fus enterrée sans sacrements, puisque je n'étais pas allée à confesse avant mon supplice. Je suis morte deux fois, une fois par la bête, une fois par les hommes.

La bête recommença. Pendant trois années, elle s'abattit sur le pays de Gévaudan, au nom désormais macabre. Aucun chasseur ne parvenait à traquer la bête solitaire. La nouvelle parvint jusqu'au roi, de ce siècle des lumières. Sa cour s'épuisait dans les liaisons dangereuses du libertinage. Il ne tolérait pas qu'une bête noire ramenât le peuple à des siècles obscurs. Rien ne devait briser son autorité sur tout son territoire. Ne venait-il pas de chasser les Jésuites de France ? Le roi fit envoyer ses meilleurs Dragons dans les landes du Gévaudan. Aucune balle ne semblait atteindre la bête. Après chaque battue, alors que les chasseurs à plusieurs reprises l'atteignaient, on la voyait s'enfuir plus loin dans les bois. Haro ! Haro ! La bête surgissait si rapide qu'on la voyait aux mêmes heures dans des villages éloignés de plusieurs lieux. En plein jour, elle pistait l'odeur des femmes et des jeunes gens.

Un matin de printemps, on ne sait comment, le Beauterne parvint à capturer un loup monstrueux qu'on envoya à Paris. Chacun croyait que la bête avait succombé et chacun reprit ses activités. Quelques mois passèrent. Les carnages reprirent, plongeant de nouveau les paysans dans la terreur. Les battues recommencèrent d'hiver en hiver. Les tempêtes de neige empêchaient les chasseurs de la poursuivre. Dans les tourbières, elle réussissait à se cacher près de son petit endormi. Jusqu'au jour où le Jean Chastel, le sorcier à la balle bénite, parvint à tuer la bête dans les monts de Margeride, un joli nom pour un endroit de malheur. La légende pouvait commencer.

On n'a pas retrouvé son petit.

Promeneur, si parfois tu viens sur ces plateaux, tu apercevras, dans les nuits de lune, ma silhouette de jeune fille. Je me promène encore dans les landes à bruyères. Je me nourris de myrtilles qui poussent sous les pins. Pour dormir, je me protège sous les blocs de granit. J'écoute le chant des hêtres et le bellement des moutons. J'ai nourri le petit de la bête avec mon lait et mon corps s'est réchauffé à sa fourrure. Le petit a grandi. Il m'a apprivoisée. Il est devenu mon compagnon. Je suis devenue sa bête.



Photo : Yves-Marie JACOB


Publié par felixmartin à 22:55:23 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Le temps du rêve | 22 avril 2007

Au premier jour de la création je suis juive,
Le souffle de ta vie plane sur mes eaux vives.
Musulmane, je prie cinquante fois par jour
Pour être transportée dans tes profonds parcours.

J'entends tes pas résonner dans les autres mondes
Tu me reviens, l'ivresse de toi m'inonde.
Je trempe mes doigts mouillés dans tes signes.
Je reconnais ta silhouette longiligne.

Chrétien, ton éternel retour est condamné.
Tu t'inscris dans l'interdit des amours sacrées.
Le temps du rêve bat à l'envers dans mes veines.
Tu me possèdes, je renais aborigène.

Publié par felixmartin à 17:59:26 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Celui que j'attends | 22 avril 2007

  

 

Il monte des escaliers,

Il traverse une rue,

Il est assis dans un train en marche,

Il lit un journal.

Il tient dans sa main

Son visage penché.

Il regarde au dehors

La lumière des jours de pluie.

Il s'éloigne
Sous l'alignement des peupliers dénudés.

 

 

Photo : Yves-Marie JACOB

Publié par felixmartin à 14:33:23 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Bien fol qui s'y fie | 21 avril 2007

Dans les jardins du palais
Les courtisanes l'entouraient
Cela ne lui suffisait pas
Il lui fallait séduire
L'ultime qui résistait.

L'inconstant persévérait,
Lui lançait des paroles de feu
Des mots aux cages dorées.

Combien de mille nuits
Saurait-elle se refuser
Jusqu'au ravissement final
Où l'ultime deviendrait la première ?

Elle y mit une condition
Etre l'unique.
L'infidèle promit
mais souvent l'amour varie.

Publié par felixmartin à 23:03:19 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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