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Elle est revenue | 01 juin 2007

 

Je l'avais pourtant cloué au sol. J'avais même réussi à l'enterrer comme la hache. De guerre lasse elle s'était évaporée. Même pas un nuage. Rien. Rien. Que du palpable, du réel, de la journée à s'emplir les poumons, le cœur et tous les organes. J'avais fait le ménage, j'avais balayé devant ma porte. Rien, rien, je n'avais rien laissé au hasard. Changement de métier. Changement de ville. Changement d'habitude. Elle avait renoncé. Elle était restée sur le bord des chemins de poussière, elle s'était recroquevillée dans les caniveaux gras des cités. Elle avait fini par rouiller, par être oubliée, par s'oublier à elle-même. Le soleil pouvait se lever après la nuit, aucun nuage à l'horizon. La simplicité. La naïve vie sans ombres. Putain, j'avais tout juste. Tout était bien à sa place, l'arbre à fleurs, les poissons dans le bassin, le balcon ensoleillé. Tout. Vous savez bien ce que je veux dire. La vraie vie quoi, celle qu'on met en vitrine, pour dire, regardez je n'ai plus d'ombre. Je n'ai plus d'égarements. Plus de friture dans la ligne. Même pas peur. Même pas du faux. Non, rien que du vrai, rien à dire sur le divan, tout lisse, tout joyeux. Pleinement disponible à la vie. Jusqu'à oublier qui on est. Là dans le virage, putain, la garce, elle m'a reconnu. Elle m'a sifflé. Elle m'a plaqué au sol avec ses empreintes. Elle m'a redessiné mes ombres. Putain, la voilà qui est revenue. Putain, je l'avais oubliée, j'avais oublié ses enserrements, ses enroulements, ses longues étreintes. Dire que les poètes se l'arrachent. Garce de mélancolie.


Elle se barre ce lone - YM Jacob
http://clubphotoromans.hautetfort.com/album/barcelonne/blog%20photo05.html

Publié par felixmartin à 20:43:21 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Et pourtant elle tourne | 31 mai 2007

Et pourtant, je l'aime
Comme la terre tourne
Comme j'aurais pu l'aimer
Si j'avais été moins fou
Comme on aimerait Van Gogh
De loin
Le laissant reposer
Au vent de ses toiles
Sa palette en couleurs
Caressant son oreille

Je me souviens
Viens sucer mes envies
Sifflait-elle à mes sens
Jamais assouvis

Je l'aime entièrement
Comme on aime l'absolu de la folie
Mais j'ai oublié
Que son entier est ailleurs
Mon avidité dévale ses pentes
Son offrande de chair ravage
Mes viriles jalousies
Son retrait permanent au monde
Irrite mes nécessités
J'ai le cœur qui lâche
Je suis lâche
Je la fuis
Je la rejoins
Elle ne me lâche plus
Je me souviens d'elle
Elle m'échappe
comme l'eau glisse entre les doigts
Ma douce, mon aimée, ma tendre
Elle joue de toutes les métamorphoses
pour me filtrer ses lumières
pour me philtrer ses magies
pour me flirter ses mystères.

Publié par felixmartin à 23:23:30 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Planète | 26 mai 2007

Africaine,
J'attache dans mon dos
Mon petit enfant


Asiatique,
Je médite sous le grand arbre
Avec mon maître gurûkula


Européenne,
Je perds mes certitudes
Avec mon penseur de dé-raison


Américaine,
Je guette la voilure
De mon conquérant


Océanique, je te rejoins
Dans la chambre d'écorce
Du temps des rêves.


Antarctique,
T
u me magnétises
Dans tes éternelles glaces
Perdus, éperdus
Aux cimes de tes monts hallucinés
Pour la nuit des temps.

 

Photo : Michel UDNY

Publié par felixmartin à 21:19:37 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Jardins suspendus | 23 mai 2007

Dans les jardins suspendus
Par delà les amours à jamais perdues
Elle dessine de ses hanches fines
Un balancement à l'invitation
Invitation au désir
Les amours au loin
S'en vont bon train
Elle explore quoi en somme
Des vides vertigineux
Ses excès ne sont rien
Que le point concentré
D'un paradis trahi
Ses traverses ont le goût
De visites clandestines
Assoiffées d'artifices
Au royaume de l'oubli.

 

Publié par felixmartin à 23:41:54 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Manon | 23 mai 2007

 

Elle veut que je vous parle d'elle ?
Je l'ai trahie il y a longtemps
Je l'ai perdue
Je le sais bien
Vous qui la croisez
Dites-lui bien que je l'aime encore
Effacez la larme sur ma joue
Je vous en prie
Je n'ai plus la force
De la prendre dans mes bras
Ne lui dites pas que sur mon lit
Je meurs déjà.

 

 

La chaste Suzanne Gustave Moreau

Publié par felixmartin à 23:41:13 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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