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Lettre insensée | 22 mars 2007

J'ai refermé ton livre et le dernier mot écrit dessinait l'intervalle entre nous. Ce livre fini s'achève avec nos nuits uniques. Tu parlais d'Absence, de Vide, de Voyage. J'aurais pu écrire les mêmes mots, ailleurs. Mais auraient-ils eu le même sens ? C'est bien là le piège : sens. Quel mot étrange qui signifie tout à la fois sensation -ce qui vient du dedans- et direction -ce qui va là-bas, perdu.

Ce soir, combien je regrette que mes sens aient brouillé à ce point la réalité, qu'ils m'aient plongée dans la ville, sous la lune rousse de l'été, pour t'amener à moi. Tous ces chaos dans nos têtes, entre nous, pour une erreur de sens. D'ailleurs, que signifient : Absence, Vide, Voyage ? Ce sont des tourments inventés qui nous attachent à la vie et à ses faux-semblants. La nuit quand je marche dans les rues, est-ce le désir ou la perte de sens qui m'envahit ? M'endormir en évitant les sensations, rester immobile au bord du lit et, n'attendre rien. Les mots nous encombrent comme un mal puissant. Erreur de sens.

Qu'espérait-elle en mordant le fruit ? Je voudrais être un dieu courbé au-dessus de la Terre, surveillant les allées et venues des sentiments, les surveillant de très loin, de très haut à la façon d'un savant penché au-dessus de la cage en verre des rats blancs.

Bête à expérience. Si seulement je pouvais me contenter d'une cabane isolée au bord d'une plage. Passer mes jours à respirer à plein sens.

Publié par felixmartin à 22:57:13 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Les jours sans noms | 25 février 2007

A qui écrire cette lettre sinon à toi. Il y a le drap, son étendue, sa douce chaleur. Le silence de la nuit, de ma nuit. La ligne bleue sous les lettres posées.

J'ai le dos courbatu par ton attente. La pesanteur dans tous mes membres, la peau chaude, brûlante, épuisée. Le souffle coupé et les yeux lourds d'une fatigue sans objet. Au dehors, la souffrance du corps. Au-dedans, le silence quand les corps, juste avant l'abandon ultime, retiennent leurs émois pour le goûter, en ondes perlées. La bouche ou la paume, là où elles frôlent la peau, frémissent et répandent le lourd parfum du désir.

Je n'ai pas encore connu ton étreinte, ni celle de tes bras, ni celle de tes jambes. Je n'ai pas encore goûté à tes parfums, ni à celui de ta nuque bouclée, ni à celui de ta savoureuse aine. J'accroche à mes nuits l'écho de tes regards, les auras de nos corps. La flèche oblique d'un dieu ou d'un démon a planté dans mon cœur ton désir qui m'essouffle. Je m'étends nue sur le marbre des halls, pour ne plus connaître la fièvre qui transforme cette flèche en une multitude d'épines. Elles effleurent ma peau pour lui imprimer ton absence ou projeter ta présence imaginée.

Les heures douces du souvenir s'étendent sur l'onde de la peau comme le soir sur le lac aux nénuphars. Le souvenir a son parfum et ses bruits assourdis. L'amour passé reste l'amour, bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Le souvenir est une île solitaire que parcourt l'océan insatiable des jours gris pour l'émietter tout à fait.

J'aime l'orage et le grondement du tonnerre qui emplissent mon espace. Dans ce moment qui pourrait être menaçant, cette présence suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que, comme le ciel, je me libère enfin de la pesanteur des jours sans noms.

Publié par felixmartin à 17:28:35 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

La Robe, Robert Alexis | 18 janvier 2007

Sept rues se croisèrent,
trois coeurs se voilèrent,
un être découvrit l'amour.

Japka


Où s'arrête le rêve, où commence la réalité ?
Certaine rencontre infléchisse le cours d'une vie. Une nuit de septembre, cette rencontre s'est courbée en empreinte dans ma vie. Elle s'est lovée plus frémissante qu'un roman russe, plus absolue que le chemin de Damas, plus fidèle que la femme jaune assise sur le banc. Et je cherche encore mon identité, spirituelle, celle par delà les mots. Parce que cette robe, même si je ne l'ai pas vue, je la connais depuis longtemps. J'ai franchi la ligne auprès de son porteur.


« Le prix à payer pour ne pas se perdre, c'est cette « disharmonie » qui est en nous. »
C'est de Hugh Hudson



"C'est un lieu commun de prétendre que certaines rencontres infléchissent le cours d'une vie, l'orientent dans une direction jusqu'alors insoupçonnée. Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables. Bien des mots que me confia cet homme sont aujourd'hui oubliés, mais je conserve l'essentiel comme un troublant héritage. » Extraits
La Robe, roman, Robert Alexis, éditions Corti, 2006

 

Publié par felixmartin à 20:43:20 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Lettre perdue | 10 juin 2006

A qui écrire sinon à toi ? Il y a le drap, son étendue, sa douce chaleur. Le silence de la nuit, de ma nuit. La ligne bleue sous les lettres posées. Lettre en souffrance. Ne pas écrire pour mourir plus vite. Des taches jaunes et rouges à mes paupières en feu des larmes. Un lieu vide où l'expérience intérieure n'est qu'une lamentable copie de ce qu'il m'est impossible d'atteindre. Je suis une chapelle romane au siècle des cathédrales gothiques. Et chaque jour je me rétrécis dans ce lieu. Je voudrais être en noir, les cheveux et le regard, la robe et l'âme. Le noir du dédain à la vie, le noir de l'extrême vanité. Et ces mots écrits sont les traces de cette vanité. Prise au jeu des masques.
 
Devant la nuit
celle que je chercherai
mon corps retrouvera le tien
tout au fond d'une vallée liquide.

Des animaux mythiques
viendront bercer notre disparition,
aux yeux de tous,
hommes et dieux,
morts et vivants,
nous serons encore à renaître.

R.A.

 

Publié par felixmartin à 22:28:16 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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