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Soliloque | 19 mai 2007

Avec toi, j'ai goûté aux doux plaisirs des amours pudiques et platoniques. Tu étais mon amant uranien par excellence. Tu m'apportais ton areté. Tu fortifiais mon âme. J'étais ta sœur en amour qui buvait tes paroles et tes pensées, ta tendresse et tes harmonies.

Après toi, l'armée des ombres assiège mes nuits. Leur vermine s'agglutine sur le toit de mon lit. Leurs larves se tordent de plaisirs asservis. Elles vomissent leurs délires jusque dans mon ventre. Les draps souillés essuient à peine mon corps fatigué. Je n'en peux plus de les entendre siffler à mes oreilles, de les sentir se coller à ma peau. Leurs masques en plaques de quartz s'agglutinent à mes cauchemars. Leurs balancements compulsifs tentent de gravir le chemin qui mène à mon plaisir. Leurs genoux en sang maculent mes souffrances. J'entends le claquement de l'arme à feu qui assassine ses victimes. La langue allemande s'en fout. Toutes les langues s'en moquent. J'ai perdu ta langue. La tour de Babel sur moi s'est effondrée.
 

Enfin, dans le silence du petit jour, de ce jour de demain, sans bruit, tu reviendras. Ton masque ensortilègera mes terreurs, mes doutes et mes écœurements. Vampire au goût de lait, tu assècheras mes larmes, tu laveras mon corps. L'amour éclatera en équilibre sur nos déraisons. Je te tiendrai mon âme. Ô comme je te retiendrai de toutes mes chairs. Le souffle de vie m'habitera de nouveau.

Dis, quand reviendras-tu rompre mon soliloque intérieur ? Dis, quand reviendras-tu renouer nos dialogues ? Ô mon âme, délivre ta lépreuse à sa crécelle !
  

Publié par felixmartin à 17:55:14 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Presque | 17 mai 2007

      Presque érotiquement
      Garde
      Les jours
      Les moments
      - 
Surtout ceux-là !
      Ne les perds pas.

 

 

 

 

 

 

 

 
 
photo : © Jean-Marc Berthier
Clic-Lyon
http://www.clic-lyon.com/topic/index.html

Publié par felixmartin à 18:05:36 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Palingénésie | 17 mai 2007



Pourquoi as-tu quitté notre tanière
ma panthère des neiges
Je t'avais dit de m'attendre

Tu avais peur
Je serai revenu
J'étais parti chasser les chairs fumantes
Tu étais affamée
A mon retour je t'aurais nourrie
Tu étais assoiffée
Je t'aurais désaltérée à mes babines

Au lieu de ça qu'as-tu fait
A changer d'apparences
A courir autour des hommes
Tu sais qu'ils sont dangereux
Ta robe de satin blanc ils l'ont salie

C'est quoi ce trou rouge
A ton poitrail
C'est leur feu qui t'a transpercée
Le démon Kamaloka t'a engloutie
Je vais rester là dans notre tanière
A lécher ta blessure mortelle

Que vais-je devenir ma panthère blanche
Maintenant que ton esprit ne souffle plus
Attendre que les eaux souterraines m'inondent
Pour goûter enfin à la palingénésie

Demain quand tu renaîtras
Je t'en prie déplace ton âme
Dans le corps d'une femme
Je te ferai signe dans la foule
Tu me reconnaîtras,
Je serai de nouveau ton atman

Oubliée ton errance
Nous reprendrons nos ébats.
Puisque je t'aime
Puisque je te mugis
Dans les nuits de satin blanc.


Publié par felixmartin à 12:16:43 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Hors du temps | 16 mai 2007

 

La vague de sa robe noire, dans la nuit immobile, danse sur ses genoux. Je l'invite à me suivre dans le bar. Elle acquiesce, avec cette indifférence absolue que je prends pour de l'insolence et qui est sa parure, sa force unique. Derrière le masque, pas de masque. Elle choisit d'être là et n'exprime rien parce qu'elle n'a pas à dire pourquoi, ni comment elle est avec moi. Si choisir signifie encore quelque chose, aujourd'hui, elle a choisi d'entrer dans ce bar avec moi.

Dans le bar, d'autres clients sont assis, spontanés et insolents, comme tous les gens qui fréquentent ce côté-ci de la rive. Elle les connaît, elle leur ressemble. Et pourtant elle est d'ailleurs. Nous ne parlons pas. Nous regardons autour de nous. Curieux des autres plus que de nous. Soudain, elle se met à parler très bas et longuement. Elle me raconte mon histoire, notre histoire. Avec les mots que j'attendais. Sans complaisance, elle décrit tous les temps de notre histoire, lentement. Bien avant moi, elle en avait déroulé le sens caché.

Un homme est entré qui la connaît. Il s'approche de notre table et s'assoit sans se présenter. Elle me sourit étrangement, un sourire qui signifie que tout est dit, que, s'il n'y a pas d'espoir, il n'y pas non plus à en souffrir. Elle fait signe à l'homme et ils repartent ensemble. Je ne sais pas où l'homme l'entraîne, s'il est son amant, s'il lui a donné rendez-vous là. Elle part avec lui, avec le vague de sa robe qui bat ses genoux.

Album : Y.M. Jacob, Festival du Nu Arles 2007

Publié par felixmartin à 23:40:27 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

La belle dame en jaune | 13 mai 2007

Tu veux entendre l'histoire de la dame en jaune ?
Passe moi le gin et écoute bien mon frère négrot
pourquoi ce soir j'ai besoin
De ta longue matraque

Au pied du plus grand saule,
Assise sur un banc du parc central,
Elle a mis le feu à mes désirs
La douloureuse dame en robe jaune
Je l'entraîne pour un petit moment
Juste pour un petit moment
Dans le fourré épais
Sur l'herbe bleue de nos roulades
Je la grimpe, je la grimpe
Ma belle dame en robe jaune.
Je l'ai déflorée dans l'étroit passage de Khyber
Sa robe jaune s'est déformée
ca me rappelle ta matraque
mon frère négrot.

Chaque soir des étés depuis toujours
Dans les demi-lueurs des vêprées
Elle attend la lune en lumière
Je pose ma main sur son épaule
Elle frissonne et me sourit
Je l'emmène pour un petit moment
Dans le jardin des délices
Pas besoin de paroles, pas besoin d'acide,
Je la balance bien chaudement contre mon ventre
Je la déflore tendrement dans les fourrés
Ma douloureuse dame en robe jaune.

C'était hier, je viens en courant
La vie du dehors m'a retenu trop longtemps
Je l'aime encore en robe jaune
Assise sur le banc du parc central
Sa tête penche au-dessus du lac assoupi
Que regarde-t-elle dans les claires eaux
Je m'assois près d'elle, ma main sur son épaule
Là en plein cœur la robe jaune a rougi
Défigurée par des hommes traînants
Qui n'aiment pas les hommes déguisés en fleurs,
Ma belle dame si vite fanée s'en est allée.

Depuis, son souvenir orne mes nuits de brume
Et sous le grand saule qui pleure dans l'eau
J'attends les hommes en noir
Pour leur régler leurs mauvais comptes.
Après quand je les aurai émasculés
Je partirais sur l'île la rejoindre
Ma petite femme en robe jaune
Avec sa matraque comme une fleur
Entre ses cuisses.
C'est pour ça mon frère négrot
si ce soir j'ai besoin de ta matraque.

Publié par felixmartin à 21:59:37 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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