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Jour J | 06 juin 2009

J'ai mis mon casque
j'ai accroché mon paquetage
je me suis assis dans la chaloupe
j'ai craché dans la mer attentive
j'ai regardé mes compagnons
nos coeurs en vrac avaient le même tempo
j'ai pas parlé
j'ai pas prié
j'ai regardé le ciel gris en reflet dans les eaux
là-bas la côte fumait
là-bas la brume accrochait son manteau de mort
j'ai sauté dans les vagues d'écume
rien de vénus
il fallait faire le boulot
j'aurai lancé ma lance
j'ai lancé un cri
je ne savais pas
que la fureur m'envahirait
je ne savais pas
que la fureur me donnerait la force
j'avais plus de mémoire
j'avais plus de paradis
j'allais mourir ou bien vivre
dans les airs sifflaient les obus
autour de moi les balles éclataient les corps
je les ai vus flotter dans les nuages
tous les guerriers de l'Histoire
aux visages creusés, aux visages noirs
ils se déployaient à nos côtés
nous transmettaient leur rage
et la mer vomissait ses vagues
et le ciel noircissait le temps
le jour J j'ai posé mes pieds
sur une plage explosée
y paraît qu'au bout la Liberté s'éveillait.

 

Publié par felixmartin à 12:21:20 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Les soldats | 03 juin 2009

Ils prennent des lignes blanches
celles qui conduisent derrière les miroirs
leurs yeux se sont brisés aux brèches du temps
y a des raptus qui explosent
dans le camp adverse
ils marchent à l'envers des paysages
ça les repose
les chèvrefeuilles et leur parfum
les étoiles et leur scintillement
ont le goût de pourrissement et de faux serments
à quoi ça sert le néant des grands espaces
ils s'essoufflent dans l'air impur des cimes
les abimes au-dessous flottent à leurs jambes
dans la poussière ils remontent
le lit des rivières asséchées
à la vue de leur file soldatesque
les poissons y poussent des rires acérés
le croassement rauque des corbeaux
emplit le ciel blanc d'ozone
et retombe en écho sur les granits violets
bientôt les balles siffleront
bientôt les bombes claqueront
et leurs dents crisseront
leurs mains trembleront
leur ventre s'étouffera
leur coeur cessera de cogner
la mort prochaine étendra
ses voiles gris sur la plaine
rouge de la vie perdue

 

Publié par felixmartin à 22:35:20 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

L'Asra | 02 juin 2009

La fille du sultan, belle et sereine
S'en allait chaque jour, d'un pas sûr
Vers l'heure du soir à la fontaine,
Où les eaux blanches murmurent.

Chaque jour le jeune esclave demeure
Vers l'heure du soir à la fontaine,
Où les eaux blanches murmurent;
Il devient chaque jour plus blême.

Un jour la princesse avec un ton
Soudain, s'approche de lui :
Je veux connaître ton nom,
Celui de ton clan, de ton pays !

Je m'appelle, l'esclave répliqua,
Mohammed, je viens du Yémen,
Je suis de la tribu d'Asra,
De ceux qui meurent quand ils aiment.

Heinrich Heine

 

Täglich ging die wunderschöne
Sultanstochter auf und nieder
Um die Abendzeit am Springbrunn,
Wo die weißen Wasser plätschern.

Täglich stand der junge Sklave
Um die Abendzeit am Springbrunn,
Wo die weißen Wasser plätschern;
Täglich ward er bleich und bleicher.

Eines Abends trat die Fürstin
Auf ihn zu mit raschen Worten:
“Deinen Namen will ich wissen,
Deine Heimat, deine Sippschaft!”

Und der Sklave sprach: “Ich heiße
Mohamet, ich bin aus Yemen,
Und mein Stamm sind jene Asra,
Welche sterben, wenn sie lieben.”

Publié par felixmartin à 14:39:46 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Histoire de vie | 22 mai 2009

Vous m'écrivez

Je suis de ceux que l'on peut attendre, ce n'est pas rien.
Oui, prenez soin de moi. Je me soucie de vous.
Deux écrins ! Deux écrins rouges, de velours ajoutés, de...
écrivez-moi, encore, toujours.

Ma patience à vous attendre tire sa force de vous
vous êtes ma plus belle histoire de vie
je trempe mes mots dans vos eaux de feu
je trempe vos mots dans mes eaux limpides
ces eaux de sève et de sang
comme au premier matin du monde
juste avant le premier cri

quelle écume, quelle fleur toutes deux mêlées
me conduisent à vous à l'infini de mes pas incertains
souvent j'ai cru vous échapper
quand une âme trop pure
soufflait à mon coeur
quand un corps trop vigoureux
laissait des traces à mon réveil

mais je suis de vous
le diamant que vous avez une nuit
glissé à mon doigt me rappelle à votre souvenir
terrible mémoire sans mot, sans image
vos rires de joie résonnent à mon âme
que je vous ai offerte il y a bien longtemps
je crois
emmenez-là au pays qu'il vous plaira
votre vie se tapisse de gloire
je me vide, statue de sable, à vos pieds

un jour, une nuit,
j'en fais le serment, je m'endormirai
loin de vos tourments,
près de moi

un jour, une nuit
j'en fais le serment, vous vous endormirez
loin de vos tourments,
près de moi

 

Publié par felixmartin à 11:42:16 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Requins | 09 mai 2009

Requins aux longues dents
je me frotte à vos flancs
pareils à des crocs
je ne crains ni vos morsures
ni vos caresses de verre
vos écailles sont des manteaux
à mes épaules nues
la nuit je me berce à vos sommeils
enveloppés par les courants marins
dans les jours froids des fonds océaniques
vous êtes mes ombres je suis votre regard
tandis que vous nagez incessamment
en quête de votre part de vie
dans les liquides sous-marins
mes ondulations vous guident
près des chaines de coraux
où frétillent les bancs de poissons
mais n'approchez pas les dauphins
qui soulèvent leur museau
au-dessus des flots bleus
leur dieu est d'ailleurs
sa cruelle lumière
vous éblouirait
vous êtes des profondeurs
vous gardez votre sang froid
Requins aux longues dents
je ferai votre poisson pilote.

 

Publié par felixmartin à 17:13:35 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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