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Mes temps du rêve | 22 novembre 2008

 

Marbres moussus, mes temps du rêve sont usés
Les fleuves des jours patients les ont médusés.
Dans mes nuits, je cherche la dame de beauté.
Comme si, dans un livre, je l'avais devinée
Elle s'était posée sur un banc de la ville
Mes yeux requins découvraient sa svelte cheville
De sa bouche voilée, s'échappaient des murmures
Ondoyants, qui se glissaient sous ma blanche armure


Je m'assagis pour ne pas briser son mirage
Est-ce son rêve qui traverse tous mes âges
Ou sa vérité qui m'assaille au bord des nuits
Notre rencontre a bien incendié nos vies
Dans nos jeunes années évanouies, pourtant ?
Mes rêves vieillissent, le temps s'use en guettant
Sous les flots impatients le marbre englouti
Et je m'en vais, aux vents, loin des vains clapotis.

Publié par felixmartin à 14:38:41 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Orage | 13 novembre 2008

 

Je ne sais à quel moment l'instant devient magique, à quel moment le regard et la caresse, le silence et le baiser deviennent abandon. Je sais qu'à certains moments les regards, les caresses, les silences et les baisers n'ont que l'apparence de ceux-là et leur réalité -parce que sans la profondeur tourmentée et impétueuse des échos d'autrefois- a le goût de cendre et de sable dans les bouches assoiffées. Je suis ce corps de sable qui a oublié le goût de la pluie, quand la terre rouge assoiffée, se tend dans les chemins, s'évapore en nuage de poussière jusqu'au jour où le nuage en caresse dépose son eau longtemps gardée. Et mille gouttelettes roulent et s'épuisent jusqu'au cœur de la terre rassasiée. Retrouverai-je jamais ce goût d'autrefois quand le nuage en reflet se pose dans l'œil de la terre ? Cela a a existé, cela a été bu et cela a rassasié.

Ce moment se reconnaît aussi par ce qu'il a de violent. Dans ce partage, aucune moitié ne savoure à demi le bon ou l'amer. La coupe bue est tantôt de l'acide, tantôt de l'ambroisie et les amants le savent bien qui se tordent dans les convulsions du plaisir : l'arc et la flèche. Dans ce moment l'union est puissante comme l'orage. La terre ne vibre qu'à cette unique condition. Au cœur de l'été, dan la chaleur la plus lourde, l'apaisement ne vient qu'après le terrible assaut du ciel à la terre. Quand la pluie finement redonne à la terre son goût de fraicheur l'apaisement vient. Le ciel à la terre, enfin unis dans l'instant de la pluie, s'endorment doucement, sous la protection des nuages.

Alors, les oiseaux et les insectes, d'un commun accord, se taisent respectueux de ces deux forces qui s'attirent avec la violence de la passion. L'âme humaine a cette même exigence pour connaître le vrai repos.

Publié par felixmartin à 19:22:00 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

La marche | 12 novembre 2008

 

Je marche sous le haut soleil sur la terre craquelée. Jusqu'à la montagne bleue, je marche. Je ne sais pas pourquoi je marche.

Après qu'ils aient tiré sur mes enfants, sous mon regard, ils m'ont indiqué la ligne invisible jusqu'à la montagne bleue et leur geste disait que je devais marcher jusqu'à la montagne bleue, ceinturée par le serpent épais des corps humains morts.

Je marche jusqu'à la montagne bleue. Je ne sais pas pourquoi je marche. A un certain point de la ligne, mon pied a dessiné un pas à l'écart. Un deuxième pas a confirmé cet écart.

Je ne sais pas pourquoi je gis contre la terre craquelée, une balle a frappé ma nuque.

Publié par felixmartin à 18:52:15 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Un compagnon, Pessoa | 11 novembre 2008

 

Entre deux paysages de brume et de rosée, Pessoa évoque son impuissance créatrice. L'aiguille dans la chair s'écœure de ce cœur lointain, dans le temps après le tien. Bien loin du délice des jours, bien loin de la paix au milieu de la foule ou des déserts, l'âme solitaire s'abreuve à une source de souffre qui jamais n'interrompt son flot de nausée.

Une certaine humanité autour du bassin écarlate, patiente et soumise, attend un verre à la main, la coulée manifeste de son détournement fatal. Qui peut dire pourquoi ce flot-là coule dans les verres blancs de celle-ci ? Quelle main a jugé et désigné cette longue chaîne des cris sans phonèmes.

Je, tu. La rencontre impossible, reculée dans les effrois de glace, dans les vertiges de pierre. Je n'a pas connu tu. Dans cette quête frileuse abominable, je écarte tu, je tue tu, je tue je. L'absence de plaisir. L'absence de jouissance. Ecrire sans joie. Ecrire dans le blanc.

la philosophie est la maison de l'être
Heidegger

Publié par felixmartin à 22:27:25 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Ma fêlure | 04 novembre 2008

 

ou bien

J'ai ôté une à une les pelures
Sous la dernière est apparue
Dans un murmure
Ce cœur inaltérable qui bat ténu
Tu es ma fêlure
Un seul murmure

 

ou bien


Coquillage immobile
Un homme assis s'abandonne
Le monde murmure
Oublieux de sa déchirure
Il reconnaît sous les fêlures
Sa part intacte
Ressurgie dans le miroir du temps


Les peaux de mémoire
Sont tombées une à une
Pour que batte le cœur inaltérable
Il s'agenouille en communion
Sa joie l'inonde
Ses pas résonnent sur la voie
Fragile de la certitude.

 

 

Publié par felixmartin à 22:58:52 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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