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Les lettres se décrochent
Les mots me délaissent.
J'entends à peine le chant des sirènes
Mes liens se détachent
Les mâts se rompent
Je sors de l'eau
Mes pieds nus
Chaudement découvrent
Le sable.
J'abandonne mon univers fluide
Pour ses domaines harmoniques
Je ne crains pas de me perdre
Je rejoins ses certitudes
Ses errances escarpées.
Je les ai reçues en don
Au pied de nos lits veloutés
La houle chuchotante de mes matins
Se brise à sa triomphale exaltation.
Publié par felixmartin à 22:44:27 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
Comme tous les étés, les tribus des montagnes s'étaient rassemblées avec les tribus des Eaux vives au bord du grand fleuve. Nos sacs débordaient d'obsidienne tranchante, de gibiers rutilants, que nous avions transporté depuis notre camp du Nord, dans les rocheuses. Nous recevions en échange les poteries et les céréales aux grains doux. Le soir, nous avions dressé la tente des hommes. J'y entrais avec mon frère, le doux Liedan. Nous nous sommes assis près de l'entrée à laquelle je faisais face. Nous étions en train de boire la bière fraîche des vallons. Un feu au centre de la tente pour donner de la lumière et le toit était à demi relevé pour que la lune puisse plonger son regard sur nos activités. Nos aînés fumaient et devisaient sur les temps passés. De notre tribu je voyais mon père, notre père à tous, l'aîné, le plus vigoureux, qui s'octroyait les femmes. Près de lui, le vieux shaman, au visage ridé par la tempête des jours, se leva quand des nouveaux arrivants passèrent le seuil de la tente. Il s'avança pour saluer le shaman du clan des Eaux vives. Derrière lui deux autres hommes plus jeunes et une toute jeune fille le suivaient. C'est la première fois que je te vis. Ta chevelure brune descendait tout au long de ton dos, flottante, tes yeux tendres et gais firent le tour de l'assistance masculine. Cela te parut naturel d'être parmi nous. Mon visage me trahit au moment où tu passais près de nous. Tu ne semblas pas nous voir, tu continuas à pénétrer sous la tente et tu rejoignis le coin des shamans. C'est Liedan qui parla de toi :
- Omer, as-tu remarqué ? Une femme sous la tente des hommes. Cela ne peut être qu'une shaman. Les Eaux vives sont étranges, leurs femmes sont des shamans ! Si elle est aussi guérisseuse, je veux bien être soignée par ses mains.
Dans cet instant, j'enviais secrètement Liedan qui pouvait te suivre du regard. J'aurais dû me retourner pour te voir et cela me parut impossible, j'aurais trahi ce qui venait de m'envahir : une flèche, que tes yeux m'avaient lancée involontairement, me transperçait le cœur. J'avais dix-sept ans, tu en avais quinze. Je ne sais par quel mystère je ressentis le poids des temps sur mes épaules. Tu venais de surgir de ma mémoire.
Publié par felixmartin à 11:04:01 dans Les fils d'Omer | Commentaires (0) | Permaliens
Les jours d'après l'illusion s'enfoncent en sillon articulé d'un champ labouré. La pensée chemine dans cette ornière de glaise. L'angoisse flottante griffe le cœur de ses caresses creuses.
Dieu en son lointain, l'œil morne, l'œil noir, l'œil désir, souffle de brume les paysages harmonieux, borde d'écume la mer en furie, alanguit les corps des amants délaissés.
Au pied des arbres l'eau monte pareille aux tourments de l'âme. Les lumières jaunissent derrière les fenêtres fermées. Le voyage dans l'immatérialité commence. Les veines bleues s'étendent en paysages uniques. De l'ongle rose s'écoule l'humide inquiétude. La cerne bleue se pose dans le ciel. Les ciels se nuancent de gris et les touches bleu pâle se mêlent à la brillance des nappes blanches. Le cœur se ferme dans le poing.
Un homme lit dans une rue une liste de mots en langue étrangère, alignés sans ordre apparent. En sanglots silencieux, l'enfant dévoré court jusqu'à l'orée de l'épaisse forêt.
Publié par felixmartin à 18:36:48 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
La Robe, La Véranda, Flowerbone, avec ses trois premiers romans aux veines philosophiques, Robert Alexis créent des univers poétiques magnétiques. Son style raffiné se met au service d'une narration éliptique, ses thèmes troublants créent pour le lecteur un ravissement envoûtant. Ce n'est pas l'énigmatique romancier qui plaît, c'est sa recherche éperdue, incessante de nous confier les voiles de l'humain. Trois romans et trois petits tours bordés de lignes infranchissables, des vertiges littéraires pour nous souvenir de la complexité humaine.
Son quatrième roman, Les Figures, plonge dans les limites de l'humain, la connaissance absolue jusqu'au sacrifice de soi.

A propos de Flowerbone
Robert Alexis nous entraîne sur des pistes brouillées et essentielles. On assiste à la troublante incarnation d'un cyborg en femme. Yvonne -rappel d'une autre au-dessous du volcan ?- naît en se respirant femme, l'argile devient chair. Pourquoi doit-elle, pour se vivre femme, côtoyer le monde des gangsters newyorkais, leurs codes d'honneur qui avilissent les femmes ? En devenant prostituée, la Cyborg, nouvelle prêtresse, rejoint-elle les prostituées sacrées des temples antiques ?
Face à la métamorphose du cyborg, Andréas, guerrier moderne, incarne le principe masculin : un Icare puissant et viril, qui cherche avec ses ailes d'acier à échapper à la matière, dépasser les limites en utilisant la technique absente d'idéologie, « franchir cette frontière ouvrant sur l'indicible ». Yvonne, la Cyborg, connaît sa mission : rejoindre Andréas. Comment Andréas découvre-t-il sa propre mission, quel ciel lui a-t-il livré ce mystère ? Le récit ne nous délivre aucun indice. Mais Yvonne et Andréas se reconnaissent.
Après la sauvagerie de la civilisation, cruelle et crue, Flowerbone nous dépose aux côtés d'Andréas et Yvonne, au Caire. Un jeune Egyptien, « aux beaux yeux noirs », les nomme Geb et Nout, les amants jumeaux de la mythologie. La ferme africaine du Kenya -hommage à Karen Blixen-, est leur dernière destination. Dans cette contrée première, symbole de la naissance de l'humanité, le couple est accueilli par les guerriers et les sages. Le chaman ritualise leur union. Les amants s'unissent dans une tente protectrice. Le chaman guette l'arrondi du ventre, et s'éloigne satisfait. L'enfant des origines est prêt à naître dans ce territoire qui ne cesse d'engendrer l'humanité. L'univers est prêt à l'accueillir.
Publié par felixmartin à 17:46:51 dans Nuits blanches | Commentaires (1) | Permaliens
Dans les jours de solitude, j'apprivoise la solitude, ou bien est-ce elle qui m'apprivoise ? Au fil des heures, elle devient une amie, une confidente. Silencieuse et respectueuse.
Avec la solitude, j'écoute le battement des contradictions. Je peux oser mille perversions et elle m'excuse d'un sourire pour ces errements, ces passions nées du mouvement oscillatoire d'un moucheron attiré par la lumière, ou de la lumière elle-même qui tombe à mes pieds le long d'un mur blanc, ou bien encore des ces mots assemblés dans un livre par l'ivresse d'un autre.
Avec la solitude, j'écoute le silence. Il donne un contour à l'espace qui m'environne, la solitude le peuple.
Un martèlement bref à mon cœur n'est autre que Narcisse qui s'effleure et se brise. Rien d'autre. La douleur de soi à soi demeure au coin des lèvres quand une odeur survient ou quand un bruit furtif accompagne mes pas et que je me retourne. Derrière, il n'y a rien, cette odeur n'appartient à personne. On regarde la plaie pour en avouer la réalité.
Les jours de solitude sont étonnants de vérités. Comme un mot qui sonne juste à un moment précis. La découverte -par soi-même- de la réalité est un vertige, une quête mystique. On rencontre la réalité comme on rencontre dieu : face à elle son se sent désarmé, trop petit pour la contempler, trop ignorant pour en connaître la profondeur. Dieu serait la réalité qui nous entoure, qui habite l'espace entre moi et les autres, entre moi et le monde ? La réalité crée les espaces, liens invisibles, dressés les uns contre les autres. Ne pas perdre les liens qui nous attachent à la réalité.
Jusqu'à perdre l'idée d'aimer. Non pas aimer pour éviter la solitude, non pas aimer pour quelque chose, seulement pour le plaisir de sentir l'autre, d'être dans le même espace ou encore que l'espace soit absout. Peau à peau.
Publié par felixmartin à 08:54:14 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
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