Depuis le 02-01-2006 :
636627 visiteurs
Depuis le début du mois :
28298 visiteurs
Billets :
482 billets
<< A Fédor | Cinq heures du soir | Automne >>

Il est parfois difficile de s'asseoir et
de penser tout simplement, en se concentrant sur un point précis, ne plus
ressentir qu'un tourment trouble et pourtant bien connu.
Sur la table, j'abandonnai un livre, à peine lu, mal lu. J'allumai une
Pall-Mall. Je la tenais entre mes doigts, le bras tendu pour voir la fumée
monter légèrement et brouiller l'espace entre mon regard et la fenêtre. Je
remarquai que ma main tremblait. Je me délectais de ce mouvement nerveux qui me
trahissait. J'étais seul dans la pièce, je n'attendais personne. Je pouvais me
laisser aller à un délire indécent où j'étais le seul être important de la
création. A ce moment-là le réel n'était plus que la réalité projetée par mon
inconscient à travers cette fumée bleue. A mes pieds, le téléphone attendait.
Un téléphone peut-il attendre ? Je le soulevai et composai un numéro au hasard
puis raccrochai. L'écouteur reposé répondit par une sonnerie qui fit vibrer la
fumée de ma cigarette. C'était comme l'écho d'un autre dans l'appartement.
Au petit matin, j'avais descendu d'un trait mes étages, m'étais précipité le
long des quais en quête de fraîcheur et de lumière. L'énergie battait dans tout
mon corps et mes pas chancelaient presque sur le bord des trottoirs. Y avait-il
des passants alentour ? Je ne voyais que le soleil jouer avec des nuages, en
bande, effilochés, en route pour ailleurs. Dans le caniveau s'inscrivait le
ciel. Je n'avais pas déjeuné et me sentais un peu faible ce qui exacerbait
encore ma fébrilité ; je redoublais d'excitation, de sentiments inachevés.
J'avais souri à une vieille femme à chapeau, au teint jaune et aux chevilles
maigres que la mort aurait pu attraper sans peine. Moi, j'avançais ou plutôt je
courais, dans la ville qui m'appartenait. Je riais de mon trouble de la veille.
J'avais jeté au loin l'épine dans ma chair et riais de mes folies, des mes
culpabilités fanées. C'est la vie ! Tout est violence et générosité. L'élan de
la vie m'agitait. Je n'essayais pas de retrouver le fil qui liait mon cauchemar
de la nuit à mon enthousiasme du matin. Peut-être avait-il suffi que le soleil
entrât dans ma chambre ? Comment pouvait-on, dès lors, s'accrocher à
d'affreuses douleurs inexistantes ? Je reniais ce qui la veille encore était
toute ma crainte.
A présent, il était cinq heures, le soleil avait quitté ma chambre et, comme la
veille, je tremblais. L'énergie du matin s'était envolée, sans rien laisser,
sinon cette fadeur aux bords des paupières. A force de regarder le mur en face
de moi, il me semblait que j'aurais pu m'y inscrire comme une fresque aux
couleurs écrasées. J'aurais rompu avec la troisième dimension et n'aurait plus
été qu'une surface plane et sans aspérité.
L'épine pénétrait à nouveau dans mon corps et je la situais très exactement
entre mes poumons. Parfois mon cœur se hâtait et ma respiration bondissait.
Parce que le matin, des espoirs monstrueux s'étaient formés dans mon esprit et
que l'après-midi les avait ignorés, j'attendais, à cinq heures, que mon heure
s'achevât.
Publié par felixmartin à 21:04:58 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
livraison COVALEJE
de textes en désordre
nouvelles d'hier
poèmes pour nuits blanches
musicales pour accords bleus
entre textes et musique.
Merci à vous, visiteurs,
de vos regards croisés.
©Textes
romanzini at hotmail.fr
Derniers signes