COVALEJE
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Parfois, j'appelais Christine ou bien elle me téléphonait. Nous parlions longtemps, je fumais en écoutant sa voix, j'entendais son visage. Tout près, à l'autre bout. Mais nous ne parlions pas de nous rencontrer. Je l'avais quittée puis revue, incapable de l'aimer, incapable de ne plus l'aimer. Y pensant toujours, jalousant les hommes qu'elle rencontrait, la guettant parfois la nuit, quand elle rentrait chez elle. Mais elle ne me voyait pas. Elle ne sentait jamais ma présence et je lui en voulais, au fond, de ne pas comprendre. Y avait-il quelque chose à comprendre ? Enlisement. Lucidité. Musique sobre et s'échappant en notes claires et mélancoliques.
Parfois une autre femme, beaucoup plus jeune, une enfant maladroite, rompait mon silence. Je l'avais rencontrée au hasard de mes sorties un soir de printemps. Isabelle -elle s'appelait Isabelle- avait un visage pareil à celui de l'infante dans le tableau de Vélasquez, une infante qui aurait grandi en gardant des joues rondes et un regard grave. Elle parlait très peu à chacune de ses visites et ses mots n'exprimaient rien à mon âme. Au fil des jours pourtant, alors qu'elle ne renonçait pas, un lien prit forme. Je me surpris à penser à elle quand elle n'appelait plus pendant de longues semaines. Je savais que, dans ces intervalles, Isabelle cherchait à vivre ailleurs d'autres histoires jusqu'au moment où elle capitulait et mélancolique réapparaissait, tendue vers moi, comme une enfant à qui l'on n'a jamais dit « je t'aime ». Elle m'avait si tôt avoué son amour que je ne la pris pas au sérieux et cela m'empêcha de la désirer. Elle m'irritait et m'inquiétait dès qu'elle montrait les signes convenus des amoureux.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 19:34:36 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens

Je regagnais aux premières lueurs du jour l'appartement que je laissais dans un état de délabrement écoeurant. Ce désordre me plaisait. Je le voyais comme un ordre nouveau. Il respirait comme je respirais à l'intérieur, pas dans les poumons mais dans la tête ou dans l'âme, à l'intérieur. Si je devais en donner une vue d'ensemble pour qu'on puisse en juger, je commencerais par les livres. Les livres tout au long des murs, en largeur, en hauteur, débordant, empilés, rangés, ployant les étagères, respirant. Les plantes : vertes, atteintes de gigantisme. Leurs feuilles larges et charnues, immenses comme les plantes d'une serre. Des plantes vivantes, monstrueuses et splendides. Les pots étaient prêts à basculer sous la lourdeur des feuillages. Je ne ramassais plus les feuilles qui tombaient, je rempotais parfois une plante au hasard. Les feuilles et la terre jonchaient le plancher nu. La musique, troisième élément majeur de cet univers. La musique assurait la mélodie de ce désordre, la musique de Bach. Les objets, les meubles, les tableaux, achetés au hasard de désirs anciens, étaient posés çà et là, rangés au gré de l'encombrement. Ils ternissaient sous la poussière et le manque de soin. Je les délaissais. Ils n'existaient pas. Ustensiles. Pourtant je les avais aimés, autrefois. Parfois, je voyais l'un d'entre eux et je pleurais doucement.
à suivre
Publié par felixmartin à 21:52:16 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
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Au rythme des saisons, je n'avais pas de rythme et je voyageais dans la ville, arpentant pendant les heures de la nuit, les bas quartiers, me trouvant accoudé à des bars, côtoyant des inconnus encore plus ivres qui me débitaient des histoires oppressantes, me voulant leur compagnon, leur complice ou leur confident. Et je dévisageais leurs visages, redoutant de voir dans le reflet crayeux de leurs yeux mon reflet pareil aux leurs. Ailleurs dans la même souffrance. Dans la toile d'araignée. L'attendant. En proie. Elle ne venait jamais. Trop à faire ailleurs. Parfois je me retournais -une présence peut-être- mais il n'y avait rien, des yeux baissés, des mains lourdes, les verres de vin sur le marbre taché des tables branlantes. Branlantes. Je ne supportais pas les ombres des autres qui me rappelaient trop à un souvenir haï, le souvenir de moi. J'allais dans les rues, marchant en étranger, redécouvrant cette ville connue, bue, caressée. Souvent je descendais sur les berges du fleuve et face à son flot, je pleurais.
(à suivre)
photo : Blog Choses vues
Publié par felixmartin à 23:54:00 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens

Cette nuit, la Grèce est en feu.
Elle brûle. Son coeur est noirci, abattu.
Elle a perdu ses anges gardiens.
Publié par felixmartin à 23:45:36 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens


photos : Calanque du Port d'Alon
Entre Saint Cyr et Bandol
Publié par felixmartin à 21:19:17 dans Souvenirs d'en France | Commentaires (0) | Permaliens
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