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Le temps qui passe | 17 août 2007

Yvonne,

Pourquoi m'as-tu adressé toutes ces lettres ? Tu as attendu trop longtemps. Depuis ton départ je me suis grisé à tant d'autres vies, à tant de goulots, aux enfers aussi. Le temps a passé. Il fallait bien passer le temps, ce faux guérisseur, rompre les espaces éternels. Comment pourrais-je aujourd'hui écouter tes lettres ? Entendre le bruit froissé de leur papier entre mes doigts qui tremblent.  Ecoute mon cœur, il se brise, il est en verre blanc. Ne me donne plus à lire tes lettres, elles me font trop mal aux yeux, aux joues, à la bouche, aux tripes, aux genoux, mes pieds fuient sur le sol qui se dérobe. Cette dernière rue où nous avons marché main dans la main, ce dernier matin où nous avons perdu notre langage. Oh Yvonne, qu'avons-nous fait de nos vies l'un sans l'autre ? Le jardin est dévasté, tu ne le reconnaîtrais plus. Tes lettres me sont venues trop tard. Et je suppose que tu ne m'en écriras plus maintenant, trop d'étoiles ont cessé de briller depuis ton départ. Dis-moi. Ma voix s'est éteinte. Je t'ai perdue, mon âme est perdue. J'ai peur.

Ton vieil époux

Ps Je prie pour que tu reviennes, ne serait-ce qu'un jour...

Publié par felixmartin à 21:58:55 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Exode | 12 août 2007

 

As-tu bien refermé la porte
Ne laisse pas la petite prendre froid
Il y a tant de monde sur les routes
Nous devons partir nous aussi
Pour quel pays, pour quelle contrée ?
J'ai peur, donne la main à la petite.
L'exode dans mon cœur
Est plus lourd que les routes
A parcourir
Plus lourd que les ponts
A franchir
Toutes ces collines, tous ces fleuves
Qui nous séparent de nous
A l'infini de nos vies.


Annie Lopez : peinture "Exode"
http://www.tableauxdepeintres.fr/annie_lopez/annie_lopez.htm

Publié par felixmartin à 23:24:07 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Manon | 10 août 2007

  

I'll take care of you
Tu as menti
C'était en octobre,
La séparation était sans retour
Je t'en avais trop fait
Je n'ai jamais su à quel point. 

Alors pourquoi ce printemps
Tu t'es retournée sur nous ?
Ne mens pas j'ai vu ton regard
Il avait retrouvé sa douceur
Sa mélancolie et ses joies
Tu avais renoué au plus profond de nous. 

J'ai ouvert grands les volets
Les fenêtres
J'ai laissé l'oiseau
S'envoler jusqu'à toi
Au bout du chemin
Je vois ta silhouette approcher
C'est l'Ascension
Ne monte pas au ciel sans moi.

Je crois avoir perdu la raison
Je t'aime Manon.


photo : G MIKE - http://blogapart.blogspirit.com/

Publié par felixmartin à 22:22:12 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Rêves | 09 août 2007

Ton âme déchirée prie ceux qui sont rentrés
De la transporter dans le voyage idéal
Et la libérer des lourdes journées fatales.
Tes yeux voilés ont perdu la route étoilée.
 

Eros splendide égrène à tes pieds sa rosée,
Ses rimes d'espoir se glissent en habit d'Eve
Sous ton ciel de lit, ses caresses dans tes rêves
Apaisent les plaies de ton âme déchirée.
 

D'un envol il te mène à l'éternel retour.
Lové dans les berges qui bordent ton séjour
Il tient ta main pour passer les cruels dédales.
 

Invincible, il abat les ombres fantastiques,
Eperdu, tu tangues à sa voix angélique
Qui bouleverse d'une flèche ton haut mal !

Publié par felixmartin à 13:11:57 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Ballade, à la façon de | 07 août 2007

J'ai rêvé de lui, nous nous pardonnions
Non pas nos torts, il n'en est en amour,
Mais la folie de notre désunion
Et que la vie ait pour nous pris ce tour
Nous éloignant du temps de nos beaux jours.
En robe noire, il est réapparu
Ce n'est pas dieu qu'il servait dans les rues
Mais des émois bien plus impertinents,
Savourés par des passants dissolus,
Et désapprouvés par les bien-pensants.  


Ni elle ni lui ne se résignaient
A choisir une identité finie
Et mon doux rêveur au lieu de m'aimer
Se lovait au fond de multiples lits
Et goûtait, signe de mon agonie,
Les galantes étreintes androgynes.
De mes chimères se moquaient les djinns,
Anges de l'enfer aux sifflantes voix.
Je sentis le souffle des origines
Soudain nous parcourir d'un même émoi.
J'ai rêvé d'elle mais pas lui de moi.

Verlaine, par Courbet

Publié par felixmartin à 15:13:24 dans A la façon de | Commentaires (1) |

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