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Escale | 30 juillet 2007

- Ma vie est faite de hasards, d'intermèdes, d'épisodes disparates. 

- Et les femmes ? 

- Mon épouse, Lisa. Je n'ai jamais eu le cœur à l'oublier. Et des liaisons. Beaucoup. Pas assez. Encore. Les souvenirs m'envahissent. A souffler comme si j'avais une crise d'asthme. Suffocation. Chut, Katarina pourrait nous entendre. Elle m'aime encore, je l'ai vu dans son regard de biais quand elle m'a reconnu. Toi, tu es amoureux d'elle. Tu as raison. C'est une belle femme, pas seulement le corps, non c'est une belle femme dans les veines. Le sang. Il faut goûter au sang des femmes pour les connaître bien.

- Un Cuba libre !

- Hey, pero cuba no es libre flaquito, que loco !

- Jeune homme, lorsque j'ai posé le pied en Argentina, là où tu bois tes rhum coca, y avait rien que la pampa, le bord de côte légère. Regarde cette semelle, même bottes ou presque. J'ai fait un pas de côté, pour sauter sur la plage. Mieux qu'Achille. Je découvrais une terre sans nom. A-me-ri-ca. On ne savait pas encore la nommer. La cordillère blanche et rose sous ce vieux connard de soleil, bien auréolé dans son ciel lavande. La cordillère, fils, je te le dis, n'avait pas de nom. Les rivières, les lacs, les cascades, tout était vierge de l'homme blanc. Pas de dieux connus, non plus, les mythes restaient à inventer. Je chevauchais dans un monde sans nom et je revivais six mille ans en arrière, quand notre Europe n'avait pas encore été chevauchée par Zeus. T'avais du goût, Argentina, en ce moment de premières foulées. Même mon cheval piaffait bizarre. « On est où, là ?», qu'y semblait me demander. C'a été une période gouteuse, sauvage, fallait juste s'éloigner des Espagnols, grimper avec les Indiens. Eux m'ont flairé. Inutile de leur dire qui j'étais. Ils avaient deviné. Les vieillards édentés, les mères qui allaitaient, les enfants au front rouge, ils dévalaient de toutes les ruelles, de toutes les sentes, sortis des bouches de la Terre, empoussiérés des ors diluviens portés par le vent. Ils m'apportaient leur or : non pas des lingots, pas des feuilles plaquées sur leurs statues, non leur vrai or, les champignons, les feuilles de coca. Une orgie pour partir en voyage avec eux, bien plus loin que l'Eldorado.

 

 

Publié par felixmartin à 21:01:28 dans Les fils d'Omer Romanzini | Commentaires (0) |

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