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Un chagrin intense | 04 mai 2007

Un chagrin intense et infini
Que rien ne peut éteindre
Que personne ne peut étreindre

Un chagrin d'enfant
Dans les rues de plein vent
Avec une chanson au bout des lèvres
Pour noyer les larmes.

Cette souffrance qu'on ne sait pas dire
Cette souffrance qui isole
En bulles légères dans le cœur
Ou nouées dans la gorge.

Il y aurait peut-être
Le balancement dans le vent
Jusqu'au ciel
Pour oublier la douleur
Et retrouver le plaisir.

Entendre le rire d'un enfant
Monter si haut
Qu'il frappe à la douleur.

Publié par felixmartin à 21:21:42 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Petit Poucet | 04 mai 2007

Dans l'aube qui se lève, petit Poucet dort,
Il s'abandonne aux caressants bras qui l'adorent,
Et goûte à la saveur de leurs envoûtements.
Toute la forêt vibre à leurs enlacements.

Poucet ne quittera plus sa chaude matrice,
Il choisit pour toujours ses douceurs protectrices.
Aux moineaux voleurs, il a jeté ses miettes.
Tout son pain est là dans son cœur sans détresse.

Ecoutez, passant, cette douce mélodie,
C'est Poucet qui chuchote à son ancienne amie.    
Fini les jeux interdits qui blessaient son âme,
Sous les étoiles il a retrouvé sa dame. 

Publié par felixmartin à 20:52:36 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

La Volga | 03 mai 2007

Volga, tu es aussi vaste que la mer
Quand au printemps fond la glace de l'hiver.
Chantant l'espace russe infini,
Volant sur l'eau, un air jaillit.
Cette chanson, emporte-la,
Brise légère, sur la Volga,
Pour qu'on l'entende au loin, là-bas.

Oï po nad Volgoï
(Chanson populaire russe)
Source de la Volga

Lionel mon ami,

Depuis mon dernier message, j'ai croisé à mon retour à Kaboul un ami russe, Vladimir, journaliste exilé en Allemagne depuis la guerre d'Afghanistan, la première guerre. Ses articles ne plaisaient pas au parti : trop proche des Afghans et il laissait parler les mères des soldats russes tués au front. Il a été obligé de quitter la Russie, voilà une quinzaine d'années. Je le retrouve malgré cela en Afghanistan, l'appel du vide comme il dit. Désormais, il voyage avec un passeport allemand. C'est plus sûr !

Cela faisait deux ans déjà que nous ne nous étions pas croisés dans ces paysages lunaires. Retrouvailles excellentes. Il me raconte que récemment, il a entrepris de classer ses archives du temps de la Russie. Il avait pris l'habitude, au cours de ses reportages, d'interviewer des vieux pour garder la trace d'une mémoire soviétique, digne de Tolstoï. Il classe actuellement « ses vaisseaux fantômes »,  comme il les nomme, pour rappeler que ces paysans, ces ouvriers russes ont été les oubliés de l'Histoire, sans espoir de vivre libres pendant des décennies. Il archive méticuleusement toutes ces interviews, il les classe par thème, au moins par date ou par région. Prochainement, il doit participer à un colloque sur le "renouveau anthropologique en Russie" qui se déroulera au Canada. Tu vois tout est possible, l'Occident s'intéresse désormais à la pauvre matriochka et à l'ouvrier russe.

J'en reviens à ma rencontre avec Vladimir. Je lui parle de toi, de nous, puis j'en viens naturellement à parler de ta vallée et de ta découverte. Je lui parle d'Omer Romanzini, il me fait répéter le nom. Pour lui, il en est sûr, il a entendu parler d'Omer Romanzini en Russie. Depuis l'Afghanistan, il a donc contacté son épouse, restée en Allemagne. Après quelques recherches sur son disque dur, un scanner de l'interview retrouvé, voici ce qu'il a reçu sur son portable et que je t'envoie à mon tour :

Interview de Nikolaia  Polonia  - mars 1983

 « Je suis d'Andréapol, dans la province de Valdajskaja. Enfant, je suis allé à pied avec ma grand-mère à travers la forêt jusqu'à une petite maison en bois. En dessous de l'isba, sortait un petit ruisseau. Ma grand-mère m'a dit : « Nikolaia, trempe tes mains dans l'eau du ruisseau et fais le signe de la croix ! Tu seras baptisé par la petite mère, et toute ta vie elle te protègera. »

Longtemps après, je compris que j'avais plongé les mains dans la source de la Volga. Quand mes parents sont morts j'ai quitté Andréapol pour Selizarovo au bord de la Volga, et j'ai travaillé pour Ovanès. J'attelais les troncs à un cheval pour les transporter de la berge à la scierie. Je les arrimais à un treuil et les déposais sur la scie à ruban qu'Ovanès conduisait. Régulièrement le silence est déchiré par les bruits de hache et dans l'air flotte l'odeur de sciure. Le soir je donnais l'avoine au cheval et lui étendais de la paille. Ovanès me louait une chambre au seize de la rue Svevo. Ma fenêtre donnait sur la Volga, la petite mère, comme on dit chez nous, avec à perte de vue l'immense forêt de conifères et de bouleaux. Dans cette chambre, j'avais un lit et un tapis. Le tapis je l'ai hérité de ma mère. A l'époque où Staline était déjà notre petit père, un homme, un soldat qui venait de France, était venu travailler à la scierie. C'est Ovanès qui avait repéré le Français. Il lui avait fait confiance, je crois même qu'il le respectait. Il s'appelait Omer Romanzini. Pendant la révolution, il avait combattu avec les soviets. Après la révolution, il avait dû rester en Russie parce qu'il n'avait pas de papiers en règle et son uniforme de soldat n'avait pas suffi à convaincre les autorités soviétiques.

Très vite, Omer et moi, nous sommes devenus amis. Ce sont des choses qu'on ne décide pas. Il était instruit, il parlait plusieurs langues, et pourtant, comme moi, il tirait les rênes des chevaux et me serrait la main franchement comme le font les gars d'ici. Nous étions célibataires. La même femme qui tenait l'auberge de Kaliazine nous plaisait. Sa poitrine sous sa chemise blanche échancrée, son regard noir et son sourire plein d'assurance suffisaient à remplir nos rêveries. Le premier soir où Omer prit le café dans ma chambre du seize de la rue Svevo, c'était un café marron sans sucre très chaud pour faire oublier le goût de grain, ce premier soir donc, il posa ses bottes de soldat sur le tapis et devint très pâle, il se mit à parler dans une langue étrangère, ce n'était pas du français. Il finit par me demander en russe d'où venait ce tapis.  « Pourquoi ce tapis vous intéresse-t-il ? »  Il ressemblait à celui qui se trouvait dans la chambre de son épouse, dans un village quelque part en Italie. Mais il ne put m'en dire davantage.

Quelques jours plus tard, à l'heure du repas, Omer me parla de son histoire. Nous goûtions aux poissons séchés et fumés qu'il aimait tout autant que moi. On frappait les petits poissons sur la table pour les ramollir et comme il faisait froid on buvait de la vodka, la bière c'était plutôt pour l'été. Omer me dit qu'il était né à Alexandrie, d'une mère juive et d'un père égyptien, mais peut-être pas. Vous imaginez, l'Egypte ! Il avait voyagé longtemps dans de nombreux pays et avait choisi de s'installer en France. Plus jeune, il aurait voulu devenir vulcanologue. Il avait eu trois filles, ou quatre, je ne me souviens plus. Mais elles étaient mortes, son épouse aussi, peut-être de chagrin. Il ne voulait pas en parler. Je lui demandai s'il avait eu des fils mais il resta évasif, presque gêné. Il raconta encore qu'il avait ensuite suivi des exilés russes pour préparer la liberté comme il disait. Là on s'est regardé, on s'est tapé sur les cuisses et je lui ai montré comme ça avec un grand signe de la main tout le village autour de nous, devant la scierie : « Ben, la voici ta liberté, regarde comme elle est belle ! » Le Français est resté par chez nous quelques temps encore. Puis il a fini par nous quitter. Il voulait rentrer chez lui, il disait que la révolution russe était morte et qu'il fallait le dire au monde entier. Vous savez il jouait prodigieusement de l'accordéon. »

L'interview continuait sur la vie de ce Polonia. Comment il avait réussi à rester vivant pendant la guerre et à éviter le goulag. « Dieu habite la Volga, c'est elle qui m'a protégé ! », concluait Nikolaia Polonia.  Il avait échappé à la misère, au désespoir, et ses enfants nous écoutaient en silence dans l'isba de bois toute neuve que leur père avait construit avec le potager tout autour : les jeunes n'avaient pas connu l'espoir de la Révolution et la déception qui en suivit. Une petite fille de cinq ou six ans, toute souriante, m'apporta ses dessins. Dans les campagnes russes, on ne mendie pas, on troque un objet contre quelques pièces. »

Ainsi se termine l'article de Vladimir. C'est peut-être un peu court à propos d'Omer Romanzini, mais, c'est certain, il s'agit de celui que tu recherches. Il y a là trop de coïncidences pour que tu n'essaies pas de creuser de ce côté-là.

J'attends la suite de tes découvertes.

Régis

Publié par felixmartin à 22:31:26 dans Les fils d'Omer | Commentaires (0) |

Le village oublié | 01 mai 2007

J'ai découvert ce village dans un de mes lointains voyages. J'avais traversé plusieurs contrées jusqu'à ce qu'on me parle de cette histoire qui se déroule dans un pays de champs lointains, avec l'écho des montagnes douloureuses et la voix fraîche des jeunes filles avant les épousailles.

Là-bas demeure un village en pierres dorées, bordé d'arbres au tronc d'ivoire, qui jamais ne frémissent à l'onde du vent mais laissent les oiseaux sauvages s'y poser avant leur ultime destination.

Les hommes y meurent jeunes et les femmes, centenaires, chantent leur gloire éternelle et leur éphémère présence. Elles vont par deux ou trois sur les chemins de terre et portent jusqu'aux arbres sacrés leurs offrandes aux dieux de larme. Muettes tout le jour, elles ne laissent échapper une parole que lorsque le soleil vert a basculé derrière la colline du soir. A la première étoile au bord du cercle opale de la lune, elles chantent une mélodie dans une langue oubliée. Les nimbes blancs de leurs longues chevelures et leurs mains ridées révèlent l'unique marque de la vieillesse : leurs visages inoubliables n'évoquent aucune souffrance. Ni la marque de la mort inévitable, ni les griffes du temps, n'imposent leur courbure maléfique.


Lorsque leur mort approche, avant l'aurore, elles s'éloignent, un sourire  flottant à leurs lèvres pâles. Elles vont s'étendre en bordure du fleuve mouvant. Lorsque le soleil vert a repris sa course, les jeunes filles quittent le village avec leurs jarres et leurs paniers. La dernière est seulement chargée d'un flacon scellé, contenant l'huile bénite. Quand elles découvrent le corps de la morte, elles déposent en cercle les jarres et les paniers. De derrière les buissons mauves, elles tirent une litière de roseau tressé. Elles posent leurs mains sur la lisière de la robe en lin que la vieille a revêtue avant son départ. Elles pleurent toutes sans larmes, ni gémissements et la jeune fille au flacon dépose l'huile en gouttes d'or dans la paume des mains, sur les chevilles et sur le front lisse. Après l'onction, l'une après l'autre dépose une fleur de mousse, une goulée du fleuve ou un galet plat sur le corps de la gisante.

Les jeunes filles transportent alors jusqu'au village la litière. Les vieilles, les voyant passer, couvrent leur visage d'un voile blanc, seul signe de deuil. Les portes du temple s'ouvrent et la morte est couchée sur un lit d'herbe séchée au pied de l'autel jusqu'à la tombée de la nuit. Les prêtresses préparent la morte pour sa longue traversée. Elles la revêtent de la large robe qu'elle avait tissé pour le jour des ses noces.

A la tombée de la nuit, le fils, ou le plus souvent le petit-fils de la défunte, surgit dans le village. Hormis le temps des épousailles, c'est l'unique jour où un homme a le droit de franchir l'enceinte. Il soulève le corps dans ses bras, comme celui d'une épousée, et précède  la procession de femmes qui serpente jusqu'au fleuve. Il dépose le corps dans une barque noire. Une prêtresse esquisse un geste de bénédiction et couche aux côtés de la vieille le diptyque peint le jour de ses noces anciennes par le peintre des siècles.

La procession reste en prière jusqu'à ce que la barque, poussée dans le lit du fleuve, disparaisse. Le lendemain matin, la barque noire est amarrée de nouveau sur la berge fleurie sans que personne ne sache, ni cherche à savoir, qui l'a reconduite et qui l'a déchargée de son secret.

Au solstice d'été, les hommes descendent des montagnes, pleins de fureur et de chants puissants. Pour quelques jours, ils envahissent le village de leur vacarme, de leur langue fleurie. Toutes les femmes les accueillent comme une délivrance et reconnaissent les visages aimés. Les épousées se tiennent dans les ruelles à attendre leurs embrassements. Les enfants, en bandes désordonnées, les assaillent de leurs cris maladroits. A l'ombre des seuils, les jeunes filles à la voix fraîche restent à les regarder en retrait. Les jeunes gens, à la traîne des aînés, laissent passer le tumulte et attendent sur la place pavée qu'on leur apporte des boissons fraîches et des galettes dorées. Les jeunes filles s'affairent autour d'eux et laissent flotter leurs robes contre les jambes nues des jeunes gens. Les yeux se cherchent, les mains se frôlent.

Toute la nuit, le village est en fête. Les jeunes filles sont tenues à l'écart. Les épousées du dernier an veillent à ce que personne ne manque ni de nourriture, ni de boissons. A la nuit tombée, les hommes mariés rejoignent leurs maisonnées. Les autres s'endorment dans la vaste maison des hôtes. La coutume veut que les jeunes gens passent la nuit d'avant leur mariage dans le lit des veuves encore en âge. Le village s'endort sous les rires, les râles et les frémissements.

Quand le soleil se lève, les prêtresses annoncent le jour béni des épousailles venues. Le peintre des siècles, arrivé de la plaine, installe ses couleurs éclatantes au centre de la place et dispose les panneaux de bois.

Cette année, trois jeunes filles ont revêtu les robes de noce. Jusqu'au champ sacré, elles s'avancent, suivies des villageois. Autour de l'autel de plein air, tous prient ou discourent sur les saisons et les souvenirs. Les jeunes filles attendent leurs promis qui sont les derniers à pénétrer le cercle sacré. La cérémonie débute dans les chants et l'allégresse.

Une fois par an, les hommes du village s'unissent à leurs épouses. Une fois par an, le village sort de la monotonie des jours. Tout le reste de l'année, les jours et les siècles ont le même éclat. Le village, comme endormi, chevauche le coursier du temps immobile.

Cette histoire m'a été contée au cours de l'été 1994, par une chamane qui habite près du mont Khangaï, à l'ouest de la Mongolie. Je n'ai jamais découvert le chemin qui mène à l'entrée de ce village.

Publié par felixmartin à 22:58:40 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Automne (poème grec) | 01 mai 2007

AUTOMNE

Plus rien ne t'appartient
tu n'entends plus le vent
tu ne verras plus
Œdipe aveugle.
les feux te mangent la cervelle
sans merci.
La mer basilic frisé.
Un sourire jadis effleuré
nous glisse entre les doigts.
Reste la pluie qui fait l'amour avec les pierres
et les vieilles maisons en secret qui dansent.

Auteur inconnu
Traduction Michel Volkovitch (remerciements)

Publié par felixmartin à 19:19:17 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

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