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Délivrance | 04 avril 2007

J'ai plongé la main puis le bras, 
Mon corps tout entier a basculé
J'ai glissé contre les parois lisses
J'ai cherché bien au fond
Jusqu'à ce que je le sente
Jusqu'à ce que je l'agrippe
Jusqu'à ce que je l'arrache.

L'humanité retient son souffle
L'humanité suspend ses batailles
Depuis l'éternité l'humanité attend.

Je l'extirpe de ses souterrains  
Je le brandis en trophée
Je le fais naître au jour
Le voici sorti du néant.
Au premier jour du printemps
J'ai libéré
l'espoir affamé
Dedans la boîte de Pandora.

Publié par felixmartin à 21:50:27 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

La jeune calligraphe | 04 avril 2007


Campagne de Chine (à écouter)



Campagne de Chine : c'est la dernière des cartes postales que mon père m'a envoyée cette année. Je ne sais pas de quelle région il s'agit. Regardez, le gros rocher semble tombé du ciel depuis la veille, vous ne trouvez pas ? Voulez-vous boire un café ? Asseyez-vous, je vous le sers bien chaud. Mon métier ? Je suis calligraphe. Je recopie avec des plumes à bec d'anciens textes sacrés ou désuets. Je m'applique devant mon bureau tout le matin et tout l'après-midi, c'est un rituel indispensable. Je reste là des heures jusqu'à la tombée de la nuit. Lorsque la nuit tombe, je ne sais plus recopier. Je ne sais pas écrire non plus. Je me couche tôt sous les draps blancs de mon lit étroit. Mon père n'est pas venu ici depuis des mois. Il voyage. Pour ses affaires, dit-il. Je reçois ses cartes postales que je colle sur le mur de la cuisine au-dessus de la machine à café. Je bois beaucoup de cafés, je regarde souvent ses cartes. C'est un bout du monde qui arrive jusqu'ici.


Mon éditeur parfois me rend visite pour connaître l'avancée de mes travaux. Ce sont des visites courtes. Je crois que je l'ennuie. Souvent j'ennuie les gens. Je parle peu. Avec vous, je parle beaucoup, c'est inhabituel.
Mon père, lui, est capable d'amuser des inconnus tout au long d'une soirée. Ma mère était comme moi, dit-il, distraite et effacée, mais je n'ai pas connu ma mère. Longtemps mon père a gardé dans son portefeuille une photo de moi, prise à l'école maternelle, avec mes dessins d'enfant accrochés au mur, derrière mon bureau d'écolière. En ce temps-là j'avais les cheveux longs. Cela n'a pas duré. Mon père ne supportait pas mes cris chaque fois qu'il tentait de me coiffer. Je n'avais pas d'autres moyens pour communiquer avec lui que pousser des petits cris, enfin seulement quand il me coiffait.

Le matin, je bois mon café debout devant la machine à café, je regarde les cartes postales des pays que mon père traverse, voilà mes seuls lieux imaginaires. Mon père a rapporté de tous ses voyages des objets encombrants, poussiéreux qui me donnent tant de travail, des meubles en bois précieux, des peaux de tigre, des boîtes en corne d'éléphant. Ma tante, qui est une vieille dame, me traite de folle, jeter des objets aussi rares ! Pour moi, ce ne sont que des objets poussiéreux et ennuyeux, comme ma vie. Heureusement, mon père m'envoie des cartes postales.

Vos yeux sont tristes mais doux. J'aime bien vos yeux. Non, je vous assure dans mes copies calligraphiques, je me livre bien plus que je ne l'oserais avec un livre que j'écrirais. Surtout je n'ai rien à écrire d'important sur ma vie, elle manque de fantaisie, aucun fantasme non plus ne m'habite. Ah si, le jus de grenade. Parce que j'utilise la grenade, mon fruit préféré, pour mes encres. Vous savez dans la grenade ce qu'on mange ce sont les graines, pas la chair. Et avec la peau on fait de l'encre. Mais surtout, chut, écoutez, c'est lui le fruit défendu. Parce que, réfléchissez, si c'est la graine qu'on mange, ce fruit ne peut pas se reproduire, c'est pour ça qu'il est interdit, voyez-vous. Oui, je sais, c'est embrouillé dans ma tête. Il est préférable que je recopie les textes d'auteurs anciens, oubliés, ma tête reste en paix avec ses complications. Mais laissons ça. Je vous ai tout dit de ma vie.

Pourquoi prenez-vous ma main ? Oui, la nuit tombe, je veux bien que vous restiez ce soir chez moi. De toute façon je ne pourrais plus travailler, il fait nuit. Ne craignez-vous pas de vous ennuyer avec moi ?

Interprète :
Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de Corinne Jeanson
-
avec le concours du site Bonnes nouvelles
©  2007

Publié par felixmartin à 21:39:32 dans Musicales | Commentaires (0) |

Nouvelle vague | 04 avril 2007

Nouvelle vague  

 

L a nouvelle vague s'est plantée quelque part dans mon corps
et je ne saurais dire si le cœur a été touché.
Par surprise, elle m'a happée, quand, passante,
j'avançais dans l'air du temps, à la recherche,
je ne sais plus, de Proust ou de quelque Marcel.

Elle a délégué un de ses fils, cheveux d'écume, regard océan,
pour mieux me noyer dans son univers
qui mêle le fils de l'homme à l'homme loup.
La traîtresse par petites touches m'a d'abord baignée
de sa fraîcheur couleur menthe à l'eau.
Mon ventre le premier a chaviré.

Elle en voulait davantage.
Elle m'a roulée dans ses flancs,
chaleur retrouvée des premiers instants.
Quand je dormais paisiblement,
elle a lancé la dernière vague m'engloutissant sans un soupir.
Pêcheur, si tu navigues par ici, n'oublie pas :
bien au dessous de ta barque, dans le fonds marin,
survit, toute blanche, une statue de marbre.
 

Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de Corinne Jeanson
-
avec le concours du site Bonnes nouvelles
©  2007

Publié par felixmartin à 21:13:18 dans Musicales | Commentaires (0) |

Marguerite Yourcenar | 03 avril 2007

Feux

Les feux de Marguerite Yourcenar, en nouvelles, proses lyriques, poésies, pour parler d'une certaine manière de l'amour. Des feux de savane en sorte.

Obsession, abstraction, bel accident passager.

"L'alcool dégrise. Après quelques gorgéees de cognac, je ne pense plus à toi."
"Et tu t'en vas ? Tu t'en vas ?... Non, tu ne te t'en vas pas : je te garde... Tu me laisses dans les mains ton âme comme un manteau."

Publié par felixmartin à 19:21:37 dans Souvenirs d'en France | Commentaires (0) |

Supplique à Achille | 03 avril 2007

Version 1

J'aurais voulu être Patrocle.
Je ne suis que Penthésilée
D'aussi loin tu étreins
Mon cœur qui s'affole 
J'ai un souffle au cœur
A force de ton étreinte au loin
Viens jusqu'à ma couche
Etreindre mon corps
Redonner du sang à mon âme 

Version 2

O mon dieu, laissez-le moi encore un peu, mon amoureux
Ce n'est pas la mort qui l'emporte
C'est son ennui qui m'oublie 

Je reste là étendue sous les remparts de sa vie
Dans la poussière de ses jours
J'aurais voulu être Patrocle
Je ne suis qu'Hector 

O mon dieu laissez-le moi encore un peu mon amoureux
Je m'accroche à son talon léger
Et je me traîne derrière lui sous les remparts à Troie.

Publié par felixmartin à 19:08:29 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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