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l'Afghane | 12 avril 2007

Dimanche après-midi au parc. La foule du dimanche après-midi, en fin d'après-midi, au parc. Les manèges éclairés, le soir descendant. Au faîte des arbres, le soleil s'affaiblit, large cercle rouge et orange, paternel comme un vieux paysan en hiver pressant ses oies jusqu'au hangar. Les enfants roulent très vite, arcboutés sur des tricycles, pour monter jusqu'aux cieux. Un couple de corbeaux, très haut perché sur le plus haut des arbres de la pelouse centrale, se tient immobile, fixant un point d'horizon qui pourrait tout aussi bien se trouver figer dans leur cervelle d'oiseau. Un vieil homme assis sur un banc les fixe tout autant. Voix rythmée par le vent de janvier, il énoncerait l'oracle des corbeaux.

Les allées sont humides et grasses. Les enfants piétinent le sable et s'éclaboussent de boue. Je reste debout au centre de la grande pelouse, caméra sans mémoire je visionne les branches dénudées, cristallisées sous janvier, les voix de la foule qui n'en finit pas de parcourir les allées grasses et humides du parc, un dimanche en fin d'après-midi. Un homme et une femme, sourires, se cachent derrière le tronc d'un arbre pour jouer avec leur enfant. Deux hommes marchent côte à côte, l'un écoute, l'autre parle et ils se tiennent ensemble, parcourant la même idée.

Au centre de la roseraie, l'ancienne roseraie, la statue au puits s'est encore polie : les formes des seins et de la bouche sont atténuées et l'index, hier dressé vers le ciel, est aujourd'hui brisé. L'avant-bras est fracturé et la statue au puits, muette, regarde les passants dans les allées grasses et humides. Elle a gardé le même visage paisible avec une certaine trace de mélancolie que la caresse de la pluie, après tant de jours, a déposé sur ses joues.

J'ai dans la tête l'idée d'un paradis. L'idée seulement. Avancer solitaire et emplie d'un monde qui se passerait bien de la foule des allées grasses et humides. Le soir descendant me guide vers l'apaisement final jusqu'à ce pigeon blanc qui s'envole devant moi. Les Afghans croient que les pigeons blancs sont habités par des esprits. Dans le moment de ce crépuscule, j'aimerais être afghane.

Publié par felixmartin à 17:36:10 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Le vieil Arita | 11 avril 2007

Comme lui, je n'ai pas été sevré et chaque nuit la longue marche reprend jusqu'à l'apaisement qui ne vient pas. Dans ces jours de lumière et de vent, l'apaisement vient d'une bouche inconnue, d'une main étendue sur la natte tressée. En ces jours dans l'ailleurs, l'apaisement vient de ce sourire sans ombre jeté par-dessus les foules envieuses. En ces jours suspendus entre l'horizon africain et la pesanteur de l'Europe, je parcours cet espace plein de ses pas et de ses longues jambes porteuses d'apaisement.

En ces jours, courts de quiétude, que l'arrivée de la nuit avec son cortège de désirs inassouvis efface, je ressemble au vieil Arita, étendu sur la couche de sa jeune épouse et criant de toute sa déraison, plongeant la maison dans l'effroi des ses cauchemars insatiables.

Tout autour, le groupe d'enfants noirs abandonne sa curiosité à cette page écrite. Leur mère ou petite mère porte sur la tête la hachette qui coupera les pousses de bambou dans le champ où son époux sera porté jusqu'à sa dernière demeure.

Publié par felixmartin à 21:17:34 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Le rire et le propre de l'homme | 11 avril 2007

Rire. C'est l'ultime arme des hommes. Rire à l'univers.
L'univers ne rit pas. Il est sérieux, face à son devoir.
L'homme n'a aucun devoir, il est né d'une force suprême qui a nié la liberté.
Ce mot d'ailleurs n'existait pas.
L'instance suprême avait tout simplement oublié de programmer la notion de liberté.
Quand l'homme l'a découverte, elle a refait ses calculs, trop tard.
L'homme en rit encore.
 

Publié par felixmartin à 20:47:50 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Courtisane - 4 | 09 avril 2007

Courtisane - suite 4

Wen-K'i se leva sans bruit, ouvrit la porte de la véranda. Le lac, au petit matin, s'estompait sous les brumes blanches. Silence. Suspension. Les arbres frileux plongeaient leurs chevelures rousses dans les eaux arrêtées. Le châle de Wen-K'i ne suffisait pas à la réchauffer et elle goûtait au froid du matin comme elle avait jadis goûté aux blessures de l'amour. Une main serra son coude. Je l'avais vue, tremblante, se pencher au-dessus de la balustrade, sans bruit, je m'étais approché, vibrant à ses pensées. Nos yeux étaient sans mélancolie, sans regret, sans espoir non plus. Nous attendions le moment où les existences glissaient, où la vie apparaissait en ultime vainqueur. Il y a longtemps, nous aurions pu nous comporter en maîtres des jours et des nuits. Ce matin d'automne, nous nous dressions au-dessus des eaux endormies et nous réalisions, après tant d'années, que le vertige nous avait toujours habités. Sans que nous ayons besoin de parler, nous savions, l'un et l'autre, que notre route aboutissait à ce même plan, douloureusement insensé, et qu'au même instant nos pensées renonçaient. Nous nous tenions debout, surplombant le lac, ma main pressant le coude de Wen-K'i.

 

Une servante nous aperçut. Je lâchais le bras de Wen-k'i. Elle porta une table basse sous le prunier et nous servit du thé. Elle s'éloigna aussi vite qu'elle avait fait tous ces gestes. Nous demeurions, seuls, sur la terrasse, les brumes se dissipaient et la lumière chassait le fond de la nuit. Nous nous taisions. Je pensais que demain je partirais. Je savais que derrière les monts de la Belle Endormie se nichait un ermitage où vivait un vieil homme. Une ferme entourée d'un jardin était abandonnée près de là. J'y resterais le temps qu'il conviendrait à lire et à écrire. C'était ce que je finis par expliquer à Wen-K'i, d'un air détaché et persuasif. Elle sourit et avoua que le pavillon du lac était en quelque sorte sa ferme. Bientôt, elle y resterait seule, elle aussi, avec ses servantes, renonçant à recevoir quiconque. Elle rectifia : ce n'était pas un renoncement. Ses désirs, qui l'avaient protégée jusque là, s'effaceraient et un apaisement nouveau s'installerait. Elle n'en était pas encore très sûre mais elle le sentait.
 

Les jeunes filles se levèrent et l'une d'elles plongea nue dans le lac. Elle nagea calmement et bientôt se hissa de nouveau sur le ponton de la terrasse. Le jeune homme qui sortait de la chambre de Wen-K'i s'approcha et l'enveloppa pour la sécher dans un linge blanc. Ils riaient tous les deux, oublieux. Lorsque Wen-K'i porta à ses lèvres la tasse de thé, je remarquai une ride nouvelle au coin de sa bouche. Sur la Belle Endormie, les cyprès et les pins fixaient le monde dans une pause éternelle et contemplative. Demain, je serais là-bas. J'ai oublié ce que fut le reste de la journée : la peau douce comme le jade de Wen-K'i, le parfum de ses cheveux et la hardiesse de sa nuque. Rien d'autre n'avait d'importance.

 Le matin de mon départ, Wen-K'i m'avait tendu un rouleau calligraphié retenu par un lien de soie : « Tu le liras lorsque tu seras arrivé dans ton monastère. » J'attendis trois soirs avant de me décider à dénouer le lien. Je tentai de calmer mes émotions en faisant brûler de l'encens. Je déroulai lentement le rouleau, retenant encore l'instant de la découverte. Je commençai ma lecture. « A mon aimé». Je me souvins d'une question qu'elle m'avait posée il y avait bien longtemps : « As-tu déjà livré toute ton âme à quelqu'un ? » Je n'avais pas su répondre. Avec ses textes, calligraphiés de sa main, Wen-K'i me livrait toute son âme.

 Depuis, je vis dans cette ferme au bord d'un plateau enlacé aux monts de la Belle Endormie. Je contemple le paysage, le vide empli de ce décor. Peut-être une vieille Chinoise fardée se penche-t-elle encore sur le miroir du lac, celui-là même qui a emporté son dernier amant. Le jeune homme aux cheveux courts, debout dans la barque, venait d'enlever la nièce adorée aux longs cheveux de soie. La vieille courtisane dormait dans sa chambre close quand les jeunes gens se sont éloignés, silencieux et criant dans leur tête des mots insensés, des aveux spontanés. N'était-ce pas d'ailleurs le battement strident de leur trahison qui l'avait éveillée ? Elle s‘était glissée sur la natte, avait tiré la baie opaque et là-bas, sur le miroir gris, la barque les emportait au loin. Wen-K'i n'avait pas gémi. Sa vieillesse, en rides arrondies, pareilles aux vagues frangées sur le lac, apprivoisait ce sentiment étrange : le renoncement que certains nomment sagesse. Aux portes de la vie, aux dernières bornes, elle allongeait le bras pour dessiner dans le vide de l'air -pas tout à fait le vide- le visage de son aimé. 

Retournerai-je un jour à la maison du lac ?
 

Fin
 
à écouter sur Bonnes Nouvelles : http://www.bonnesnouvelles.net/

Publié par felixmartin à 20:07:01 dans Chine (La courtisane) | Commentaires (0) |

Bashung | 09 avril 2007

 

Madame rêve... 

Ce qui me gène le plus avec Bashung,
c'est que la ménagère de 50 ans ne doit pas le faire fantasmer.
L'inverse n'est pas vrai. Clin d'oeil
 

La nuit je mens
Je prends des trains
A travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains.

Angora
Montre-moi d'où vient la vie
Où vont les vaisseaux maudits
Angora
Sois la soie, sois encore à moi...

Publié par felixmartin à 14:31:27 dans Si on chantait | Commentaires (0) |

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