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Lune | 29 janvier 2006


Publié par felixmartin à 18:48:36 dans Souvenirs d'en France | Commentaires (0) |

Venise | 22 janvier 2006

Est-ce qu'on va reprendre la route,
Est-ce que nous sommes proches de la nuit
Est-ce que ce monde a le vertige
Est-ce qu'on sera un jour punis

Caravane

Raphaël

Exrait

Publié par felixmartin à 18:36:51 dans Venise | Commentaires (0) |

Venise | 22 janvier 2006

Publié par felixmartin à 18:35:44 dans Venise | Commentaires (0) |

Venise endormie | 22 janvier 2006


Au petit jour, dans Venise endormie où même les touristes s'effacent comme estompés par le pouce du peintre, une jeune fille en robe claire marche en souriant. Un instant, elle caresse le bras d'une déesse en marbre qui, en un geste gracieux et énigmatique, pointe sa main droite, index levé, vers le ciel. Brusquement, la jeune fille se retourne et à ce moment précis, les touristes s'éveillent et de leurs bouches s'échappe un flot de querelles tandis que les fiacres et les voitures entament leur manège bruyant et que les bateaux à moteur repeuplent les canaux.

Un adolescent en jeans a posé sa main sur le bras de la passante et ce geste a suffi pour que chavire le faible équilibre du matin. « Voulez-vous visiter Venise avec moi ? Je serai votre guide. » Convaincue par la pureté de son front et par sa jeunesse rieuse, elle lui prend la main sans hésiter et ensemble ils courent dans les avenues. Sous un porche le garçon lui échappe soudain et pour le rejoindre elle se laisse engloutir par la vieille ville. Le décor grandit à mesure qu'elle avance et quand l'obscurité peu à peu se dissipe, elle découvre tout un entrelacs d'escaliers qui s'enroulent autour de piliers, s'accrochent le long des murs de granit et s'élèvent jusqu'à de lourdes charpentes sur lesquelles reposent des plafonds lointains. Des chants graves se perdent en écho dans les ombres crayonnées des galeries, le long desquelles s'allongent des cages emplies de silhouettes dociles. Dans l'une, un couple enlacé balance son double corps. Les cheveux blonds de la femme glissent sur les reins de son amant alangui dont la tête inclinée est semblable à celle de l'adolescent et cette ressemblance fait rougir la jeune fille.

Sa course I'a essoufflée et si un sourire flotte toujours sur son visage, des plis se forment aux coins de sa bouche, signe d'une inquiétude naissante. Dans une cage précieuse se love un homme serpent, au corps d'écailles brunes, parcouru de frissons. Ces scènes muettes enivrent la jeune fille qui voudrait bien goûter les mêmes frissons avec son compagnon, quand une foule surgissant de: toute part l'éloigne de lui. Bientôt encerclée par des hommes et des femmes vêtus de noir, aux visages incertains, elle sent ses membres s'alourdir et une angoisse extrême l'envahir, tandis qu'adossé contre une porte, son guide la regarde avec cette attitude nonchalante des jeunes gens où se mêle du défi dans la nuque tendue et le genou replié. Elle voudrait le supplier pour qu'il lui vienne en aide mais ses cris s'étouffent dans sa bouche et la foule, resserrant son emprise l'emporte loin de son unique compagnon, à travers des couloirs humides.

C'est le soleil pénétrant par un étroit palier qui la délivre obligeant l'incessante procession à regagner les souterrains. Devant elle, s'étale alors un ciel Intensément bleu, barré par une digue rectiligne et blanche qui retient la mer. Sur la plage, baignée d'une mousse salée à chaque vague, deux petits vieux regardent le va-et-vient de l'eau. L'homme tenant une canne entre ses genoux s'appuie contre une barque retournée. A ses côtés, sa femme est assise et retient sa jupe grise que le vent gonfle sur ses jambes étendues. A quelques mètres du rivage, un chat se noie et c'est ce spectacle qui les captive. Comme la jeune fille s'élance dans l'eau pour sauver l'animal la vieille essaie de la retenir en lui jetant des galets. Au moment où elle prend le chat entre ses bras, un dogue à la tête effrayante jaillit d'un remous noir. Les yeux exorbités, rouges de sang, la langue pendante entre des mâchoires menaçantes, il se jette sur la jeune fille qui se débat horrifiée. Le chat, réfugié près des vieux, observe à son tour la scène. Le chien tente de mordre le ventre de sa victime qui sent déjà les dents se resserrer sur elle. Elle enfonce alors sauvagement ses doigts dans les orbites jusqu'à ce que le chien aveuglé lache prise. La jeune fille pleure à présent sur la plage. La morsure n'est pas profonde mais son ventre se gonfle de spasmes douloureux. Les vieillards lui reprochent de s'être mêlée de ce qui ne la regardait pas et s'éloignent, irrités, pour jouer ailleurs avec leur chat et leur chien.

Quand la jeune fille s'est un peu calmée et que la douleur a séché au soleil, elle reprend sa marche sur la digue. Le vent l'accompagne, apportant par bouffée de la musique et des voix d'enfants jouant sur une plage. Un nuage de sable se soulève et à la place de la mer s'étend le désert, avec à l'horizon deux tentes de nomades dressées, côte à côte, l'une blanche, l'autre noire et devant chaque entrée se tient un homme. Pareils aux couleurs des tentes, l'un est vêtu de blanc, l'autre de noir, Ils portent tous deux la robe des nomades, ample et solennelle. Ils invitent la jeune fille dans leur tente dont l'intérieur se parent de lueurs rouges, drainées par de lourds tapis. Elle devrait choisir l'un ou l'autre et elle hésite longuement. Le mirage n'attend pas et s'évanouit, ne lui laissant que le goût d'un baiser. Sa route se poursuit solitaire. Elle a soif et s'assoit à une table dressée dans le parc d'un hôtel.

Autour d'elle, d'autres personnes sirotent des boissons fraîches. Des hommes et des femmes en blouse blanche s'activent. Tant d'agitation parfaitement ordonnée et de propreté méticuleuse lui rappellent les jardins d'une clinique de luxe. Ses nouveaux compagnons ont un étrange accent traînant et nasillard. Soudain l'un d'eux se lève, désignant du doigt une balle de tennis qui rebondit sans bruit dans les allées du parc. Elle se rapproche du groupe, poussée par une main invisible. Une infirmière prend des notes sans s'émouvoir, et explique en peu de mots que l'expérience va commencer. La jeune fille apprend que des médecins sont parvenus à matérialiser la mort et que les patients, incrédules, ont consenti à servir de cobayes. La balle rebondit au milieu des bousculades et des cris inutiles : à chaque bond, elle touche au but. Un homme avant de s'effondrer tend la main vers les boissons comme pour prévenir d'un danger.

La jeune fille laisse tomber le verre de ses mains et la boisson rose se répand sur le sol. La balle l'évite et avant de disparaître absorbe sur son passage les médecins et les Infirmières victimes de leur propre jeu. Ont-ils par mégarde bu une boisson interdite ou la balle mortelle a-t-elle changé la règle du jeu ? Quand elle reprend ses esprits, deux femmes vêtues de peaux de bêtes se tiennent près d'elle. Elles appellent leurs compagnes dispersées dans la forêt qui a remplacé le parc de l'hôtel. Toutes l'entourent, amicales et joyeuses mais leurs yeux troublés évitent son regard. Le bourdonnement d'une cymbale dans les bosquets rythme leur cortège qui entraîne la jeune fille jusqu'à la colline. Là est dressée une estrade sur laquelle est agenouillé un homme dénudé le visage tourné vers le soleil. Les femmes chantent des litanies et se balancent captivées par la musique lancinante. L'une d'elles portant un masque d'écorce dépose aux pieds de l'estrade un revolver d'argent.

L'homme alors se relève et la jeune fille à demi consciente reconnaît son guide de Venise dont le visage a perdu toute insouciance. Son regard plein de douceur s'emplit de lumière et cette clarté baigne tout son corps. Il s'est mis à danser lentement et, alors que la musique s'accélère et que les voix s'amplifient ses mouvements paraissent irréels et fascinent la jeune fille. Elle réalise soudain ce que signifie le chant des femmes mais son esprit s'engourdit. Elle parvient à s'emparer du revolver et toute la scène flotte douloureusement. Elle pointe alors son arme d'argent face au torse du danseur et la musique vibrante à l'extrême étouffe sa détonation. Sur le côté gauche de l'homme, une blessure s'ouvre. Goutte à goutte le sang tombe sur l'estrade. A son front des perles de souffrance rougissent ses mèches blondes. Il continue sa danse de la: mort, les bras écartés à hauteur des épaules, les paumes entaillés, par ses doigts crispés. Dans un dernier effort, il tourne son visage vers le soleil mais personne n'entend son ultime prière. Au moment où la musique s'éteint, il s'agenouille à nouveau sur l'estrade et sa tête glisse sur son épaule. L'écran se noircit et deux adolescents courent dans les rues de Venise, main dans la main.

Publié par felixmartin à 18:29:28 dans Venise | Commentaires (0) |

Tisseur d'amour | 21 janvier 2006

Tes mains de jeune homme tissent des couleurs à mes joues ; je reprends mon souffle, mes yeux s'étirent, mes paupières se soulèvent tandis que tes mains assemblent les fils de la vie. Je peux rester des heures à tes côtés, sans bouger, sans oser troubler le mouvement de tes mains et je vis de ton sourire apaisé au-dessus du métier à tisser. Es-tu Pénélope pleurant son époux ? Ou bien es-tu l'enfant qui attend le retour de la mère qui ne reviendra pas, perdue sur les flots noirs du vide ?

Mais dehors, les hommes nous montrent du doigt, nous n'avons pas le droit à ce bonheur puisque nous ne respirons pas la même culture. Partir, nous crient-ils. A notre émoi balbutié, ils répondent en crachant sur notre passage. Depuis que l'humanité est sortie de l‘enfance et s'est lancée à la conquête de la lucidité, le jeu est terminé. Si dieu est mort, l'amour aussi. La réalité des pierres, qu'aucun souffle jamais n'a engendrées, bouscule notre passage et les passants à qui la vérité appartient peuvent bien les jeter contre nous. Dans la salle noire, les projecteurs d'un coup nous ont révélés : deux enfants au milieu de l'espace, encerclés par des hommes et des femmes, ivres, livides, qui nous injurient.

Nous nous protégeons avec nos mains trop petites.
Nous aurions voulu fuir mais la foule autour crépite.
Nous aurions voulu courir mais nous ne savons pas encore marcher.
Nous aurions voulu dire mais nous ne savons pas encore parler.
Nous avons crié et tout s'est éteint.

La lune orange bascule derrière les volets et inonde le lit défait pour pénétrer jusqu' à nos corps nus, et révéler nos cheveux collés à notre peau siamoise.

Publié par felixmartin à 21:39:18 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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