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Tisseur d'amour | 21 janvier 2006

Tes mains de jeune homme tissent des couleurs à mes joues ; je reprends mon souffle, mes yeux s'étirent, mes paupières se soulèvent tandis que tes mains assemblent les fils de la vie. Je peux rester des heures à tes côtés, sans bouger, sans oser troubler le mouvement de tes mains et je vis de ton sourire apaisé au-dessus du métier à tisser. Es-tu Pénélope pleurant son époux ? Ou bien es-tu l'enfant qui attend le retour de la mère qui ne reviendra pas, perdue sur les flots noirs du vide ?

Mais dehors, les hommes nous montrent du doigt, nous n'avons pas le droit à ce bonheur puisque nous ne respirons pas la même culture. Partir, nous crient-ils. A notre émoi balbutié, ils répondent en crachant sur notre passage. Depuis que l'humanité est sortie de l‘enfance et s'est lancée à la conquête de la lucidité, le jeu est terminé. Si dieu est mort, l'amour aussi. La réalité des pierres, qu'aucun souffle jamais n'a engendrées, bouscule notre passage et les passants à qui la vérité appartient peuvent bien les jeter contre nous. Dans la salle noire, les projecteurs d'un coup nous ont révélés : deux enfants au milieu de l'espace, encerclés par des hommes et des femmes, ivres, livides, qui nous injurient.

Nous nous protégeons avec nos mains trop petites.
Nous aurions voulu fuir mais la foule autour crépite.
Nous aurions voulu courir mais nous ne savons pas encore marcher.
Nous aurions voulu dire mais nous ne savons pas encore parler.
Nous avons crié et tout s'est éteint.

La lune orange bascule derrière les volets et inonde le lit défait pour pénétrer jusqu' à nos corps nus, et révéler nos cheveux collés à notre peau siamoise.

Publié par felixmartin à 21:39:18 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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