Cette semaine,
j'ai laissé ma place dans le métro à une dame âgée qui m'a regardé en écarquillant les yeux,
j'ai tenu la porte à une très jolie jeune femme qui n'est s'est pas départie de sa froide indifférence,
j'ai réconforté en pleine nuit des gens qui venaient de perdre un être cher,
j'ai arrêté ma voiture devant une maman et sa poussette pour la laisser traverser en dehors des clous,
j'ai glissé une pièce dans la main d'un sdf aviné,
j'ai payé le reliquat de mes impôts locaux,
j'ai changé l'eau des poissons rouges,
... et personne ne m'a glissé un « Merci ! »
(remarques, je n'en attendais pas vraiment de la part du Trésor Public ou des poissons...)
On vit dans un drôle de monde dans lequel on a l'impression de perdre son temps lorsqu'on est du genre « gentil ».
M'en fout !
J'ai beau avoir des journées de folie, je trouverai toujours le temps d'être moi.
J'suis vachement égoïste sur ce coup-là.
La rose la bouteille et la poignée de main
(Georges Brassens)
Cette rose avait glissé de
La gerbe qu'un héros gâteux
Portait au monument aux Morts.
Comme tous les gens levaient leurs
Yeux pour voir hisser les couleurs,
Je la recueillis sans remords.
Et je repris ma route et m'en allai quérir,
Au p'tit bonheur la chance, un corsage à fleurir.
Car c'est une des pires perversions qui soient
Que de garder une rose par-devers soi.
La première à qui je l'offris
Tourna la tête avec mépris,
La deuxième s'enfuit et court
Encore en criant "Au secours! "
Si la troisième m'a donné
Un coup d'ombrelle sur le nez,
La quatrième, c'est plus méchant,
Se mit en quête d'un agent.
Car, aujourd'hui, c'est saugrenu,
Sans être louche, on ne peut pas
Fleurir de belles inconnues.
On est tombé bien bas, bien bas...
Et ce pauvre petit bouton
De rose a fleuri le veston
D'un vague chien de commissaire,
Quelle misère!
Cette bouteille était tombée
De la soutane d'un abbé
Sortant de la messe ivre mort.
Une bouteille de vin fin
Millésimé, béni, divin,
Je la recueillis sans remords.
Et je repris ma route en cherchant, plein d'espoir,
Un brave gosier sec pour m'aider à la boire.
Car c'est une des pires perversions qui soient
Que de garder du vin béni par-devers soi.
Le premier refusa mon verre
En me lorgnant d'un œil sévère,
Le deuxième m'a dit, railleur,
De m'en aller cuver ailleurs.
Si le troisième, sans retard,
Au nez m'a jeté le nectar,
Le quatrième, c'est plus méchant,
Se mit en quête, d'un agent.
Car, aujourd'hui, c'est saugrenu,
Sans être louche, on ne peut pas
Trinquer avec des inconnus.
On est tombé bien bas, bien bas...
Avec la bouteille de vin
Millésimé, béni, divin,
Les flics se sont rincés la dalle,
Un vrai scandale!
Cette pauvre poignée de main
Gisait, oubliée en chemin,
Par deux amis fâchés à mort.
Quelque peu décontenancée,
Elle était là, dans le fossé.
Je la recueillis sans remords.
Et je repris ma route avec l'intention
De faire circuler la virile effusion,
Car c'est une des pires perversions qui soient
Que garder une poignée de main par-devers soi.
Le premier m'a dit: "Fous le camp !
J'aurais peur de salir mes gants."
Le deuxième, d'un air dévot,
Me donna cent sous, d'ailleurs faux.
Si le troisième, ours mal léché,
Dans ma main tendue a craché,
Le quatrième, c'est plus méchant,
Se mit en quête d'un agent.
Car, aujourd'hui, c'est saugrenu,
Sans être louche, on ne peut pas
Serrer la main des inconnus.
On est tombé bien bas, bien bas...
Et la pauvre poignée de main,
Victime d'un sort inhumain,
Alla terminer sa carrière
A la fourrière!
Publié par Spleen36 à 12:35:15 dans Charivari quarantenaire | Commentaires (5) | Permaliens
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