« -Franchement toi
tu es condescendant et elle aussi. Je te parle, je vous demande si vous êtes
ensemble, je suis gentil et vous me regardez méchamment, je ne comprends pas.
-Mais tout va bien.
-Non tout ne va pas bien. »
Il veut se battre, il est perdu, il en a marre, il y a cette bile première dans
son sang, ca se voit, ca ressort, ca déborde, il est à bout, il pourrait tout
aussi bien pleurer, ce serait la même chose. Alors oui je suis condescendant,
hautain, dégagé de mille responsabilités et libre comme un cerf, comme un lion.
Mais qu'on ne compte pas sur moi pour prendre en charge une violence toute
contenue et qui ne demande qu'à exploser. Je préfère paraître idiot et faire
semblant de ne pas voir cela. On peut très bien choisir de ne pas rentrer dans
les scènes qui nous sont proposées. Il y a toujours une issue, une porte
dérobée. Faites vous oublier comme ca, « filez ici, filez là... »
Ce genre d'attitude est aussi dû à J. Elle provoque des comportements étranges.
Comme si tout se précipitait autour d'elle, tout va plus vite. On voit
directement les attitudes se préciser. Les filles sont bouche bée, les garçons
atomisés. Pouf.
L., fidèle à lui-même et à sa curiosité enquête, la googlise, m'envoit les
liens. Les filles que je connais la détestent par avance.
Quand à moi, je suis complètement neutre. A. est là à chaque instant, on n'est
pas du tout séparés, biffures de mon esprit qui face à la réalité s'esquive. Plus
que deux ou trois décennies et je l'oublierais.
Rue Princesse, tout au bout, facade rouge, attachées de presse au garde à vous,
on est chez Castel, il faut fêter l'ouverture du festival Jazz à Saint-Germain.
Bonjour bonjour, serrage de main sur fond silencieux d'étagères pleines de
livres et de moquette bordeaux. On est assis, sages et chuchotant.
« -To be honest, this is going to be an orgy.
-Fuck off »
Le serveur a des bras très courts, la vodka se mélange avec des liquides
colorés, j'ai une très grande pensée pour Proust sans que rien ne la justifie.
Elle me donne une information confidentielle qui a une portée internationale et
que je ne peux pas révéler. Et puis on est de vrais touristes, c'est amusant. Ils
ne sont pas là pour longtemps, week end tout au plus, mariage en vue, parlent
anglais et brésilien, beaucoup d'argent ? Possible. Doivent être avocats,
dans la pub, un truc comme ca. Quoi ? Mannequin et journaliste ? Oui
ok, why not. Crêpe au Nutella dans la rue, on est passablement saouls. Photo
devant Saint Germain des Près, café et bouteille de champagne au Flore.