" - Mais je ne m'appelle pas Caroline !
- Je sais bien. Mais moi je t'appelle Caroline."
Johnny Hallyday, blouson en cuir brodé de têtes de mort, devant 60 000 personnes, la scène, vingt mètres de haut, a été spécialement crée pour lui à Carhaix. Il a cette tirade magique, éblouissante, pleine d'ironie :
"On m'a beaucoup parlé des bretons, je ne suis pas déçu. Bon anniversaire aux Vieilles Charrues, j'espère que le festival durera encore quinze ans, comme ca je pourrais revenir souvent."
En fait il s'ennuie, le public n'est pas à la hauteur, il les détruit. Et beaucoup disent que c'est sa dernière tournée. Il enchaîne les poncifs, les trucs de scène, plus c'est gros, plus ca marche :
"J'ai débuté dans un endroit qui s'appelait l'halambra à Paris. J'ouvrais pour Raymond Devos. Le directeur, au bout d'une semaine, voulait me virer. Raymond a dit : "Si vous virez le petit, je pars aussi." Alors Raymond si tu nous VOIS d'en haut-et-je-saaaaaaais que tu nous ENTENDS de là haut, cette chanson est pour tewwwa."
Et puis, on est en plein délire ringard, si-le-monde-c'est-ca-arretons-tout-sur-le-champ, on est en extérieur, c'est un festival d'été, en gros on voit le ciel, les étoiles qui se moquent en scintillant de la prestation du héros national qui vient d'adopter une petite Jade et qui tient à le faire savoir en diffusant ses photos et celles de Laetitia sur les quatre écrans géants, Johnny Hallyday dit dans son micro doré :
"J'aimerais que vous chantiez avec moi la prochaine chanson, on arrive à la partie euhneupleugd, et je voudrais que la technique allume les lumières DE LA SALLE s'il vous plait, pour que je vous vois, est ce que c'est possible d'éclairer LA SALLE."
La foule hurle, conquise. Lumières blanches sur assemblée compacte noire. Et là, tout apparaît.
Une poupée gonflable est empalée au bout d'un parasol et est brandie fièrement par des brestois qui boivent des carafes de bière chaude. Un autre groupe, vers la gauche de la scène, a crée un drapeau breton avec des strings noirs et blancs. Au bout d'un moment, il atterrit dans un attroupement de jeunes enfants. La graisse des stands de frites parfume les différentes scénettes. Des femmes de cinquante trois ans dans des shorts roses ou rouge délavé se félicitent en mangeant des chipolatas à la moutarde, au ketchup et à la mayonnaise de n'avoir pas mis de culotte "On a quand même plus frais au cul." disent-elles assises sur le sol qui suinte le vin blanc et la sueur, jambes écartées, pendant que leurs petits enfants déchiquettent le drapeau en string et que leurs maris chantent "Y'a quelque chose en nous de Tennessee, quelque chose en nous de Teneeeessiiiiiiiieeee" en se tenant par les épaules. Les adolescents ont tous un joint dans la main gauche et leur portable dans la droite. Quand le joint est fini, ils allument des cigarettes. Un homme immense et habillé d'un slip et d'une chemise en coton bleu pâle range un handicapé sur une motte de terre prés des rectangles de toilettes en plastique, il bloque le frein, sent l'odeur terrifiante qui émane du coin, appelle son chien : "Fiffiiiiiiiii, ouohohoh wouuuuu Fiffiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii vient voir Johnny, vient mon chien, monte sur mes épaules, bon chien."
A droite de la scène, par terre, sous une tente, des lueurs bougent, ce sont les comas éthyliques que l'on pose délicatement dans des sacs jaune et gris sur le sol, les gens de la Croix Rouge font des croix, oui des croix sur un petit tableau.