Déroulé d'impressions de A., comme une guerre
civile dans ma tête. Je crois bien que mon cerveau n'est pas libre, horrible
confession. Il y a bien ce défilé des ex et des nouvelles prétendantes ces
derniers temps, mais tout cela est bâclé comme si la recette d'un plat que l'on
s'apprête à préparer était fausse. Je n'ai pas les ingrédients demandés, le
temps de cuisson n'est pas le bon, c'est sûr. Yolande Moreau cette après midi
raconte qu'elle s'adressait à son personnage, Séraphine, sur le tournage de son
dernier film, lui disant « Reste avec moi ». Ma tête, reste avec moi.
Le lecteur commence sérieusement à saturer, les amis sont essoufflés, personne
n'est content.
De plus en plus conscience d'avoir à faire à des situations plutôt qu'à des
êtres.
Debord est éclairant (cité par Zagdanski).
« Si quelqu'un peut mettre dix mois de réflexion pour juger son amante -
mince problème où il ne donne, en vitesse et en profondeur, que sa propre
mesure -, il existe au contraire des journées de conflits historiques où il
faut savoir juger des facteurs mille fois plus complexes en une heure. Il n'y a pas de progrès
cumulatif garanti dans la conscience, les connaissances, les œuvres, d'un
révolutionnaire - on peut dire aussi : d'un homme, d'une femme. Il y a des
embranchements de la vie où il faut tout de suite choisir telle voie, des sauts
qualitatifs, des occasions manquées et des retombées. Il ne faut pas craindre
les erreurs - qui sont forcément, un jour ou l'autre, inévitables - mais la
mauvaise manière de les reconnaître. Certaines erreurs ne sont qu'une perte de
temps : le temps qu'elles ont duré. D'autres vous ferment, pour longtemps
ou définitivement, des possibilités théoriques et pratiques qui étaient à un
moment saisissables. On n'a pas reconnu à l'heure qu'il fallait, par exemple,
un moment révolutionnaire, ou une personne, tout un côté virtuel et proche de
la réalisation de soi-même. »