Des dents de lait et des dents de loup | 16 juin 2008
(Serge Gainsbourg et France Gall / Dents de lait, dents de loup)
Rendez-vous au magazine, il faut aller en proche
banlieue, le petit pigiste devant l'immeuble du grand groupe de presse, vous
voyez la scène. J'ai une vraie passion pour les grands espaces architecturaux, vitres teintées et pourtant froides, on n'est
pas à la Défense mais c'est tout de même un grand building et il y a de vraies
fleurs dans un coin du hall.
Cela fait un an et demi que je travaille pour eux et je n'ai jamais mis les
pieds ici, cela prouve que je rends les papiers dans les temps. Je pourrais
très bien être vénézuélien, indien apache, pêcheur tout droit venu d'Alaska et
envoyer des mails correctement, passer quelques coups de fils, tout inventer en
respectant les plus basiques informations que je transmets.
Deux mannequins blondes entrent en même temps que moi. J. qui les envoie me
surveiller ? Non, elles viennent pour un casting qui va être un des
plus rapides de leur carrière. Elles ne passent pas plus de trois minutes
derrière la porte qui s'ouvre et se ferme et s'ouvre dans la pièce à côté.
Vengeance des filles qui n'ont pas pu rentrer dans le métier et qui ont un peu
de pouvoir dans les magazines. Elles sont aussi sèches que possible. Ah la Russie
natale, si maman savait comme on me traite. Et les copines...si elles voyaient
comme ce n'est pas marrant.
Présentations. Oui le type qui écrit des papiers sur la musique, l'itw de .... c'est
lui. Notre crédibilité rock. Sourire. Elles sont dans leur monde, agréables,
coquettes, lunettes. On les imagine comme elles sont, affairées, précises,
méticuleuses. Et angoissées, énervées, soucieuses. Et puis douces, représentantes
et fières. Bien conscientes de leur influence et des ramifications de chaque
décision prise ici pour la lectrice. Il y a des biberons sur les bureaux, il y
a des parfums, des échantillons de mille produits, des disques, des
photographies, des plantes et des photos d'enfants, des bouteilles d'eau
minérales au calcium dans des emballages dorés, des anciens numéros rangés et
consignés. Il faut parler de tout et de rien (je sais très bien faire), puis
très vite, de ce qu'il faut prévoir pour la rentrée (je sais faire aussi).
Alternance rapide dans les dialogues, j'aime bien cela, tout est question de
rythme bien sûr. Des papiers sur l'opéra ? Pourquoi pas. Cinéma ?
Pourquoi pas. Musique ? Toujours.
Je les fais rire (anecdotes vraies sur Carla Bruni après un concert il y a deux
ans), beaucoup rire (en essayant de lire les noms de produits, maquillages, qui
trônent ça et là), réfléchir (affaire de Radiohead), frissonner (le sang de
Pete Doherty). Voilà je suis accepté, je suis rigolo et « avec mon charme »
je peux décrocher une interview de Vanessa Paradis.