Une fanfaronnade et une deuxième naissance | 29 mai 2008
(The Cardigans / Rise and shine)
La seule question qu'il faille poser à un être
humain est celle de son enfance. Comment cela s'est-il produit ? Quels
lieux, quelles personnes ? Les premières images, les premières odeurs. Mon
père a toujours prétendu se souvenir de sa naissance. Une horreur selon ses
termes. Du bruit, du mouvement et le premier souffle. La tête des gens à qui il
disait cela ! C'est n'importe quoi ! Encore une blague !
Fanfaronnade, fanfaronnade ! J'aimerais me souvenir de ma naissance.
Chronologie sans faille, partant du point zéro : plus aucune erreur
possible.
Ensuite tout est très facile, premiers apprentissages, l'école, la lecture. La
très grande facilité à apprendre à lire et écrire, les récitations de La
Fontaine à trois ans (...jura mais un peu tard qu'on le l'y prendrait plus.).
La deuxième naissance, c'est les filles. Allons y, il y en a partout tout le
temps.
Comme j'habite à la campagne dans un village de 73 habitants et que notre
maison est la plus belle et la plus grande des alentours, il y a toujours
beaucoup de monde chez nous. Les voisines sont très jolies, je mène la danse à
huit, neuf ans dans les différentes chambres et greniers. Elles ont besoin d'un
garçon plus grand qu'elles qui leur dise ce qu'il faut faire. Elles seront donc souvent nues. Elles ont des
noms incroyables (déesses grecques, ou prénoms composés traditionnels). On s'amuse
beaucoup.
Mais là où cela devient sérieux, c'est avec les filles adultes. Mon père
travaille dans la course automobile et a toujours autour de lui son équipe, mécaniciens,
sponsors et surtout pilotes. Et ces pilotes sont accompagnés par des filles
plus belles les unes que les autres. Je vois passer ainsi devant mon nez des
filles de vingt cinq ans plusieurs fois par an, surtout l'été (nous avons une
piscine). Elles ont beaucoup de temps à perdre quand leur amoureux « fait
des essais au circuit». Elles se maquillent, font semblant de ne pas me
voir dans l'arbre en face de la fenêtre de la salle de bain du premier étage,
celui dédié aux invités. Elles sont vraiment jolies. La nuit je les entends
crier et rire sans trop comprendre, finalement ce doivent être des fées.
Voilà le deuxième vrai point de départ, le plus marquant. Ces grandes filles
riches et groupies à la fois, sensibles (elles se disputent avec les pilotes
par jalousie), coquettes (bonheur des valises, des sacs remplis de lingerie, de
vêtements colorés qui sont pour moi des drapeaux).