Un fauteuil sombre et un chèque de 185 000 livres | 08 mai 2008
(Eckoleg / bof Viva la muerte)
La semaine prochaine à la même heure ce sera la
fournaise de Cannes, le flot de folie, la furie. Pour l'instant c'est le grand
calme du soleil, juste derrière les grands rideaux verts et noirs. Rimbaud tout
de suite : « Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la
pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque. »
J'aime deviner la lumière, à un mètre de mon bras. Surtout rester caché dans la
pénombre, leur échapper. Je comprends
que l'on ne puisse pas me comprendre, c'est tout de même un drôle de style de
vie. Au final, vous pouvez me définir par la négative. Aucune responsabilité
(no child, no animals, quelques amis habitués à mes mises au vert), famille
mise à l'écart (là par contre ca coincera toujours, elle ne peut accepter cela
la famille, pas possible de concevoir qu'on puisse lui échapper en un clin d'œil),
pouvoir réduit (travail à la radio sans conséquences, travail au magazine et sa
portée modérée). Le strict minimum donc. En apparence.Sun Tzu immédiatement : « C'est
selon les formes que j'établis des plans pour la victoire, mais la multitude ne
le comprend guère. Bien que tous puissent voir les aspects extérieurs, personne
ne peut comprendre la voie selon laquelle j'ai crée la victoire. »
Il y a cinq filles qui mesurent toutes plus d'un mètre quatre vingt et je me
demande par quel arrangement leurs corps prennent place dans la topologie des
chambres de cet appartement. Je suis le seul garçon, l'agence ne serait pas
contente. Il y a des mails éparpillés qui donnent des endroits et des chiffres
et des indications précises sur des modèles de vêtements pour des fittings et
des castings. Des chaussures à talons sur le sol par dizaines, autant de bas.
Elles mangent des citrons. Ca parle peu, ce qui est très intéressant. On est
dans un salon moderne, suite des salons littéraires du dix huitième siècle
finalement. De l'esprit européen à l'esprit mondial (Russie en force, Brésil
valeur sûre, Angleterre belle surprise). Et la nouvelle littérature est la mode :
Il y a des milliers de magazines sur le canapé et sur des étagères blanches qui
mettent en scène par exemple des gens qui se masturbent dans des forêts. Ou qui
jouent à être Dracula. Ou encore qui posent au bas d'immenses immeubles
cubiques.
« Non mais non non, Tokyo c'est clair, ils ne te payent pas. Vraiment
gênant d'être aussi grande dans la rue là-bas, non mais non vraiment non. »
Elles sont jalouses de la fille d'Abramowitch, le patron milliardaire du club
de football de Chelsea, parce que je leur raconte que papa a fait un chèque de
185 000 livres à CSS et un autre de 185 000 livres aux Klaxons pour
qu'ils jouent à la soirée d'anniversaire de ses seize ans.