L'amour c'est aussi après. Quand c'est fini, c'est
aussi bien. La ville ne cesse de me rappeler cela. Place du Trocadéro, c'est A. :
soirs d'hivers, après la radio, son travail à ce moment là, on ne faisait que
passer mais finalement je me rends compte que nous y sommes restés, que l'on
est toujours là bas.
Il y a eu aussi bien ce moment incroyable, cette sorte d'évènement absolument
immobile dans le temps. On est là où on s'amuse le plus à chaque fois, soirée
pour le doc Paris sans pitié nous appartient. On ne se parle pas, on ne se
regarde pas, elle ne se doute pas du tout que je vois ce qu'elle fait, que je l'observe
discrètement. La projection vient de commencer, on boit un verre, tout le monde
est rivé sur l'écran, c'est plutôt intéressant et A. est en train de picorer
dans de petites assiettes, elle sourit comme un enfant sourit à une idée. Elle
se satisfait elle-même, elle se gausse doucement, sans trop bouger. Elle a une
sensation assurée, posée, candide. Je crois qu'elle est tout simplement
heureuse d'être là, elle est merveilleusement sans avis à cet instant. Et d'une
beauté ahurissante. Quelque chose passe à travers elle sans qu'elle s'en doute,
un miracle absolu et invisible aux autres yeux. J'ai envie de la coller contre
le mur, de la déshabiller, de dire au gens de se prosterner devant elle. Il
faut qu'il y ait une conscience de la stupéfiante merveille qu'elle est, il
faut que cela se sache. Mais bien sûr je ne fais rien, je suis absolument
incapable de faire le moindre mouvement sinon je vais me mettre à pleurer. Directement.
Alors que faire ? Garder le silence ou essayer de lui dire ce qu'il est en
train de se dérouler. Ou bien même faire les deux choses en même temps.