Depuis le début du mois je collabore à une émission littéraire à la radio le soir. Oh pas de chronique, mon accent toulousain et mon amour des ombres ne me l'autorisant pas. Mais je vois évoluer des écrivains. Florian Zeller ce soir, il est plus jeune que moi, parle sur un ton autonome, il endort presque, noie le poisson. Pas méchant, prix inter allié en 2004, passionné de théâtre. Justifie l'idée du couple dans son roman "La fascination du pire". Beaucoup de bruit pour rien. Homme de réseaux assurément. Pourquoi pas.
La productrice et la réalisatrice ont de l'expérience, on échange des informations, je prends mes marques. Ont de terribles anecdotes, le dessous de l'affaire, le monde de l'édition, secret des secrets. Très gentilles avec moi. On parle chiffres, noms, sorties. J'avance Rimbaud, j'ose Sollers, les présocratiques, pas trop de réponse, pas grave, je suis pas là pour cela. J'observe.
Brigitte Giraud: aime la musique anglaise, parle comme un psychothérapeute, elle a envie de comprendre, de savoir, d'analyser. Toujours des histoires de papa et maman finalement, les livres se vendent par milliers, allez hop, plus d'un prix littéraire par jour en France, rendez vous compte !
Ils sont dedans. Manies plus ou moins honteuses. Le crayon a tel endroit, pas cette couleur sur le bureau, le chat qui dort. Vénus Khoury Gatah qui écrit dans son lit, avec ses chats. Passionnante femme...Figure de salons littéraires qui n'existent plus. Ment probablement sur son âge, elle a bien plus de 70 ans...grande princesse, oublie l'heure de l'émission, descend de Ranelagh en voiture. "Mes enfants excousez moi...". Libanaise de la grande heure, prend sans cesse la défense de la poésie...
Jean Rouaud, prix Goncourt pour son premier roman en 1990, "Les Champs d'honneur". Timide, réservé, étrange.
Duong Thu Huong, la vietnamienne réfugiée en France, sauvée de la prison communiste par Danielle Mitterand back in the eighties, on s'arrache les cheveux pour savoir si les auditeurs comprennent la dame...on comprend une phrase sur deux...et puis le lendemain les mails affluent, mais oui grand succès, bravo, je suis fan, je suis heureuse, les lotus devant les yeux, je cherche la librairie la plus proche de la plage...on prend des photos, on se congratule...
N'oublions pas que l'on est au midi de l'été. Et c'est une musique sombre, hivernale, sensation de brouillard sans gêne qui s'impose. Le nouvel album d'Interpol s'intitule "Our love to admire", peut être "Notre amour à admirer". C'est le premier enregistré dans la ville d'origine du groupe : New York. Imaginez l'hiver à New York, juste cela. Une sensation pesante et compacte, le béton, le verre, une guitare électrique.