Le jeudi quinze juillet 1920, Kafka, comme presque tous les jours durant cette période, écrit à Milena Jesenska. Elle est sa traductrice en tchèque de quelques textes. Il doit aller ce jour là au mariage de sa plus jeune soeur Ottla.
"Pourquoi faut-il que je sois un être humain avec tous les tourments attachés à cette condition (la moins claire de toutes), et l'effroyable responsabilité qu'elle comporte ? Pourquoi ne suis-je pas, par exemple, l'heureuse armoire de ta chambre, qui te voit toute entière quand tu es assise dans ton fauteuil ou installée à ton secrétaire, quand tu t'étends ou quand tu dors (béni soit mille fois ton sommeil), pourquoi ne suis-je pas cette armoire ?"
Vous pardonnez les citations n'est ce pas ?
Celle-ci de Nietzsche, sans rapport apparent avec la précédente.
"Comme si une femme sans religion n'était pas pour un homme profond et athée quelque chose de profondément repoussant et ridicule."
Et puis voici Casanova en 1753.
Il prend un café sous les procuraties de la place Saint Marc à Venise "quand un beau masque femelle qui passait me donna galamment un coup d'éventail sur l'épaule." Quelques instants plus tard, elle se présente, c'est une jeune fille qu'il a sauvé d'une chute dans la Brenta le jour précédent (il est furtif et rapide) :
"Je lui ai d'abord dit que je l'aimais, que j'avais une loge à l'Opéra, que je la lui offrais, et que je la servirais pendant toute la foire, si elle voulait m'assurer que je ne perdais pas mon temps.
-Si vous avez donc, lui dis-je, intention de m'être cruelle, je vous prie de me parler franchement.
-Je vous prie de me dire avec qui vous croyez d'être.
-Avec une femme toute aimable ou qu'elle soit une princesse, ou de la plus basse de toutes les conditions. Vous me donnerez aujourd'hui des marques de bonté, ou après dîner je vous tirerais ma révérence.
-Vous ferez ce que vous voudrez; mais j'espère qu'après dîner vous changerez de langage, car le ton que vous prenez est fait pour vous faire haïr. Il me semble qu'une explication pareille ne peut aller qu'au moins avoir fait connaissance. Sentez-vous bien cela ?
-Oui : mais j'ai peur d'être attrapé.
-Pauvre homme ! Et par cette raison vous voulez commencer par où on finit.
-Je ne demande que de bons arrhez aujourd'hui; et après vous me trouverez modeste, soumis, et discret.
-Je vous crois très plaisant; je vous conseille de vous modérer."