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Glamorama and more

la musique la nuit

Paris Paris et Ladurée | 01 novembre 2006

Je marche entre les arbres du Boulevard de Charonne, Massive Attack , Safe From Harm, Protection, Unfinished Sympathy. On dirait que ces trois morceaux ont été écrits pour moi absolument, pour cet instant. J'ai une capuche rouge, un pull rouge et c'est un premier novembre parfait, les Champs Elysées avec Kate, on se moque absolument de tout le monde. En 1746, Casanova traîne avec des amis : "Nous passions souvent les nuits en parcourant les différents quartiers de la ville inventant et exécutant toutes les impertinences imaginables." On croise une mère de famille qui ouvre devant les petits yeux de trois enfants une boîte de gâteaux Ladurée. "Qu'ils sont heureux, ils vont manger des Ladurée", ils sourient quand ils m'entendent. Deux mètres plus loin : "Qu'est ce que j'aimerais avoir moi aussi une mère qui m'offrirait des Ladurée, et que je pourrais baiser."

Au Paris Paris c'est la cohue, une cinquantaine de personnes attendent devant l'entrée des soirées du mardi de Sam. Le videur T. arbore un maquillage saisissant, un des méchants des derniers star wars. Il garde l'entrée du Temple. Comme j'attends A. j'observe avec délice le spectacle. "Comment ça il n'y a qu'une liste, mais moi je suis sur une deuxième liste !!!" "Viens avance toi, montre toi, hé ! Hé ! On est trois." "Bonsoir je suis sur la liste de Sam, j'ai plus sept normalement" (Ils rentrent, ils portent des masques au nez pointus comme dans Eyes Wide Shut) Beaucoup laissent tomber, trop de monde, trop d'attente, ils essayent de ne pas avoir l'air trop déçus, ils se cachent ou allument une cigarette pour essayer de penser qu'ils ne peuvent pas rentrer dans le club, quel connard celui là, quelle connasse celle là, il , elle m'avait dit qu'il, elle nous ferait rentrer, c'est l'horreur indicible, crash test de l'égo, taxi, métro.
C. qui me confie des trucs que j'ai promis de ne pas écrire ici et que je ne dirais donc pas mais qui valent leur pesant d'or.
J. à la recherche de la nouvelle star de son coeur.
Sam en pirate, présentant les groupes (titre de sa biographie, dans quarante ans : Un pirate à Paris)
Kate qui se demande si la fille qui danse devant elle est déguisée ou pas. Tête toute déformée, paraît être passée sous une brouette à plusieurs reprises, ou alors sous une voiture dont on n'aurait pas bien gonflé les pneus, sinon elle serait décédée, écrasée par le poids entier du véhicule. Elle se frotte les seins contre le velours noir du mur.

A. et son rouge à lèvre, son ex qui ne supporte pas qu'on se parle, qui vient la voir toutes les dix minutes, on est pas loin de la crise ouverte, c'est gênant, je détourne les yeux mais j'entends : "Pourquoi tu fais ça ? Hein, pourquoi ? Tu te prends pour qui ?" Elle le pousse, le repousse, hausse le ton, scène millénaire, la jalousie pure et haineuse, ça ce contracte, là où ça souffre ça jouit, hop hop hop, vérification de la possibilité de l'hystérie chez les hommes (on a longtemps cru que l'hystérie était seulement féminine, le terme trouvant d'ailleurs son origine dans le mot utérus). Elle s'excuse auprès de nous, est un peu honteuse, je lui offre un verre de vodka pomme. "Tu en as bien besoin." Ca fait plusieurs fois qu'on assiste à cette scène, c'est très étrange. Son texto un peu plus tôt dans la soirée: " Je veux bien venir mais mon traqueur me traque toujours."
On discute, on ne sait pas trop quoi se dire.

Casanova, à propos d'une fille, Christine, en 1747 :

"Sa physionomie paraissait me dire avec douceur : "Je suis bien contente que vous me trouviez jolie."

Huit ligne plus tard :

"Absorbé dans ces réflexions, et déterminé de tout mettre en oeuvre pour rendre à ma manière toute la justice qu'on devait à ce chef d'oeuvre de la nature, j'attendais avec impatience la fin de la messe." J'attendais avec impatience la fin du concert.

Concert. Charlotte qui accompagne J. me dit: "Je me souviens de toi à Toulouse..." Pas moi.

Quand il y a une situation de désir, il ne faut pas oublier la part de mal qui est nécessaire, qui travaille à la création de celui ci. Quand vous séduisez quelqu'un, vous avez aussi envie de faire du mal à quelqu'un d'autre, dans le tableau. (Votre ex que vous aimez encore et qu'il faut faire réagir, votre ex encore qui a regardé par dessus votre épaule, votre mère qui n'a jamais été libre comme vous l'êtes, votre père qui aurait dû baiser plus dans sa jeunesse, vos amis qui vous croient incapable de sortir avec ce canon, votre voisin ce putois pour qu'il puisse vous entendre jouir dans la nuit ou même dans l'après midi il va entendre ça ce connard...ajoutez à votre guise l'énumération).
C'est subversif dans votre esprit, vous transgressez, vous avez l'impression d'être libre et en effet vous l'êtes puisque vous supposez que la personne que vous blessez ne veut pas que vous le soyez. Ainsi de suite dans le diamant des amours. La lumière se réfléchit.
Tout est réductible à la psychanalyse et à l'économie de marché, voilà le raccourci définitif. Ajoutez à ce schéma une touche d'intrigue de Lost et vous avez là le résumé du monde. Pas très compliqué donc de comprendre l'univers. Là aussi, il faut encore une fois renverser l'opinion courante qui veut que le monde n'ait pas de sens. Offre et demande, désir ou pas désir, petite inconnue du scénario à la limite mais tout de même grande simplicité de l'affaire, en conviendrez vous ?

Reste à bien raconter l'aventure entière, à agrandir les détails.

Publié par arnaultglamorama à 19:17:46 dans Glamorama and more | Commentaires (0) |