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Glamorama and more

la musique la nuit

Gaucher et contrarié | 01 septembre 2006

Cette blessure au poignet me fait écrire de la main gauche. Les lettres sont plus grandes, plus lisibles. Je suis en effet ce qu'on appelle un gaucher contrarié. Quelqu'un qui était ambidextre et que la société a décidé de décider quelle main il utiliserait en priorité. C'est la main droite bien sûr qui doit toujours l'emporter.
J'ai quatre ans et une femme entre dans la classe sombre où nous sommes tous en train de suivre une lecture. Elle demande à l'oreille de la maîtresse où se trouve l'élève qui ne sait pas encore s'il est gaucher ou droitier. Je suis désigné, il me faut me lever, suivre cette grande femme dans une salle au fond de la cour de l'école. On passe sous de grands platanes, j'ai envie de jouer au rugby sous ces arbres, je regarde le ciel au dessus des feuilles rectangulaires en ne sachant pas pourquoi on m'a fait sortir. Je prends la main gauche de la femme mais cela ne dure pas longtemps car je sens mon bras retomber entre nos corps quand on arrive dans une salle qui jouxte le bureau d'une assistante sociale, elle me demande de me déshabiller. "Garde ta culotte."
La femme est partie quand la porte s'ouvre sur cette nouvelle femme, plus vieille, et qui porte des lunettes immenses. Je dois m'asseoir sur le fauteuil en face d'elle, pratiquement nu.
"On m'a dit que tu écrivais avec les deux mains c'est vrai?"
Je pense que je réponds oui. Je suis un petit hérisson, un petit renard avec qui on veut jouer, j'ai l'impression d'être chez le docteur.
"Tu vas prendre cette feuille est écrire ton nom avec la main droite, puis avec la main gauche."
Je m'exécute.
"Tu vas maintenant couper ta feuille en deux avec la main droite en utilisant ces ciseaux."
J'ai autant de mal à tenir la lourde paire de ciseaux en métal qui pèsent autant que ma jambe qu'à effectuer la coupure avec la main droite dont je me sers peu.
"Tu t'en sors très bien."
Et puis quelques secondes après un regard que je devine menaçant et enrobant derrière les lunettes épaisses :
"Je veux que tu utilises toujours ta main droite pour écrire et pour couper avec des ciseaux."
Elle doit penser que ces deux gestes vont généraliser dans le garçon de quatre ans qu'elle a en face d'elle les choix de son cerveau. A partir de ce moment je dois être droitier. Comme je n'ai pas encore choisit, il faut me forcer la main.
J'ai l'air un peu étourdi, je repose les ciseaux devant elle, j'ai envie qu'elle enlève ses lunettes avant de lui répondre mais comme elle répète la même phrase en commençant par "Il faut que tu te serves de ta main droite toujours maintenant..." je fais un signe de la tête pour qu'elle ne redise plus ces mots.
Elle me demande de me rhabiller, m'accompagne à la porte, la ferme derrière moi, puis réapparaît à mes côtés quand je suis prêt à retourner à ma place dans la classe où la lecture doit être finie. Elle entre et dit quand je suis assis à mon voisin de gauche : "Si jamais tu le vois écrire de la main gauche dis le à la maîtresse, d'accord?"

Publié par arnaultglamorama à 13:33:28 dans Glamorama and more | Commentaires (2) |