Une RPCD (réaction périphérique comique et déprimée) que je suis en mesure de vous confier, l'anonymat conservé, on peut se marrer. D'abord des appels auxquels il ne faut pas répondre, puis des textos assez effrayants s'ils n'étaient pas de la pure comédie, on dirait qu'il y a un scénariste derrière tous ces envois, mais un débutant, pour des programmes du câble, la nuit. Et puis pas besoin de préciser que je n'avais vu la demoiselle en question que deux fois et qu'il semblait bien que j'avais trop de goût pour un troisième rendez vous. Mais il faut croire que, même si cela était évident pour moi, cela ne l'était pas pour elle. La preuve.
23h10 "Salut fils de pute, je suis au courant pour toi et xxx espèce de salaud." 23h59 "J'attends tes excuses développées demain dernier carrat. P.S : ne prends pas tout ceci à la légère car tu risquerais de le regretter. Bye connard. Une très bonne amie des skins de Jussieu."
Le premier est presque excitant, il peut être amusant au second degré (genre jalousie feinte, pur jeu). Mais le deuxième a une pointe menaçante, c'est comme s'il impliquait que je dois des excuses, ca devrait être automatique. C'est là qu'on apprécie dans un vertige l'étendue de moisissure qui sous tend le phrasé. L'incroyable ressentiment gratuit qu'elle lance autour d'elle.
Le jour suivant : "Salut. Voici le message quotidien de haine: je t'emmerde enculé. La prochaine fois que je vais au Truskel je ramène mes potes skins qui se feront un plaisir de te fracasser en deux. Fais de beaux rêves mister connard!"
Là on est vraiment dans un mauvais film, c'est presque des références à Happy Days (les bandes de loubards, retour en arrière total, les blousons noirs sont pas loin). Le "je t'emmerde enculé" est pas mal, rapide, efficace. Quand au terme "fracasser" il est bien lourd de sens, la jeune fille en question exprimant là un désir général, qui s'adresse au genre masculin, une RPCD holiste dans un sens.
"Triple salaud, tu t'en es dragué d'autres que xxx au Truskel. T'es un homme mort." Ca y est, elle visualise mon cadavre, c'est la jouissance, c'est le trou. Il y a d'autres filles ! Que je ne me contente pas de suivre les règles d'une tromperie qu'elle est en train de s'imaginer (on ne trompe que s'il y a une relation, même minime, même restreinte, ce n'est ici pas le cas, et il n'y a qu'une fille en face) c'est le pire que je puisse faire, le salaud que je suis n'est plus un simple salaud, il est triplé, on entend en écho un "triple buse" des plus comiques, le "t'es un homme mort" lui se retrouve dans les séries télé policières de l'après midi.