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Glamorama and more

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Une statue et un appareil photo | 15 août 2006

J'ai trouvé la pointe de la médiocrité de l'univers. Le détail qui massacre, la scène scandaleuse (vous avez aussi remarqué que le mot "scandale" est très en vogue ?).

Place de la Nation un type se promène en poussant son vélo, il a un short blanc, certainement trente ans. Dans son IPOD blanc il y a certainement Cali, Dionysos, Vincent Delerm et Artic Monkeys (pour faire bien).
Quand il s'approche de la statue qui trône au centre du rond point il tombe en admiration, décoche un appareil photo avec un grand zoom (que ses parents lui ont certainement acheté pour fêter sa troisième décennie sur la terre). Il se met à longuement viser l'allégorie de la Nation, en bronze noir, qui flotte parmi des lions aux têtes surdimensionnées. Ce zoom dure cinq bonnes minutes, il faut bien faire la mise au point, le sujet est si parfait, si puuuuuuuuur que ca vaut bien le coup de se concentrer. Pourtant il est, au moment de sa pose, à trois mètres de la statue. Ca n'empêche pas les quelques fumeurs de joints accroupis parmi les fleurs blanches de l'admirer, de lui sourire d'un air entendu. Entre deux taffes, ils justifient le comportement de notre apprenti photographe. Comme il a l'approbation de son public, il shoote la grasse statue.
Car oui, il faut photographier, c'est important, c'est obligé. Il faut capter le modèle, c'est ce qu'il a appris. Il rajoute dans sa tête : "Capter oui, mais capter l'essence de ce que je photographie, ca, ca serait fort..."
Il enfourche son vélo, fait le tour de la statue trois fois, comme un signe de chamane, refuse doucement les quatre joints tendus, montre son appareil photo un instant aux types qui disent "Mortel ca déchire", il a un peu peur de se le faire voler tout de même, remonte son caleçon et son short jusqu'au nombril et s'en va manger au Quick de la Place des Antilles, à cent mètres.

Assis sur un banc, je reprends Nietzsche, qui se pose comme un papillon sur la tête de la Nation :
"L'homme qui n'est pas superflu n'existe que là où cesse l'état : là commence le chant du nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable."

Publié par arnaultglamorama à 01:47:10 dans Glamorama and more | Commentaires (0) |

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