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C., sous MDMA, il y a quelques jours :
" - Tu passes une bonne soirée ?
- Oui, il y a beaucoup de monde, c'est gentil de la part de J. de m'avoir invité, très bel appartement...
- Tu as remarqué les filles là qui ne font rien ?
- Camus appelle ce genre de personnes les "muets", mais pas parce qu'elles ne parlent pas...
- Pourquoi ?"
Je commence l'explication mais elle n'écoute plus. Son produit est en train de monter en elle, direct dans le cervelet depuis la base du dos, c'est le principe. Aprés avoir avalé du MDMA, on a l'impression qu'on s'est fait avoir, il ne se passe rien, l'univers est vide comme une boîte de nuit un lundi soir, c'est horrible, on est tenté d'en reprendre. Erreur à ne pas commettre ou vous ne dormirez pas de deux jours. Car quarante cinq minutes plus tard, la giclée est puissante, d'un coup, comme c'est le cas sous mes yeux. C. monte au ciel dans un ascenseur fou. Et il n'y a pas de toit.
" - Tu veux pas me faire un calin ?
- Viens là.
- Tu as besoin de rien ?
- Non merci je suis déjà sous coke, il ne faut pas mélanger.
- Mais je parlais pas de ca...tu sais mon produit est pas encore monté mais je t'aime déjà..."
Dans vingt quatre heures elle n'aura plus de sentiments. Le MDMA ouvre la bouteille pétillante du crâne mais elle oublie de refermer celle-ci aprés la soirée. Le champagne de l'esprit chauffe. Et plus de bulles. Plus de sensations, de jugement. Plus de sentiments.
Il y a quelques années j'avais un soir un peu abusé, trois petits triangles blancs en une heure et demi. Une "lesbienne" m'avait alors dit (meilleure phrase de la décennie en cours) : "Elle est bonne ta langue !" en me regardant entre ses jambes. Les quatres jours suivant j'allais à la radio, au supermarché, à la piscine comme une ombre. J'étais devenu un fantôme. Un truc un peu ridicule, exactement ce qu'est un fantôme, une entité qui passe, à laquelle on ne donne pas vraiment d'importance, qui n'a finalement pas de message-à-faire-passer-à-l'univers. Qui erre.
C'était une bonne expérience : pas de peur, pas d'exaltation, un Houellbecq en plastique. La seule pensée qui sautillait encore dans mon cerveau comme un moustique dans une boue qui s'assèche était douce et neutre, j'étais peut être devenu ce dont toute ma génération a entendu parler : un "scotch" suivant une prise de MDMA. Mais cette idée ne m'évoquait rien, je marchais, j'allais là et là et puis encore là, je me félicitais d'avoir des muscles, des os, même si j'avais perdu mon corps et j'acceptais tranquillement l'idée d'être transparent. Même à essayer de me concentrer pour mettre un peu plus de rapidité dans les mouvements des synapses, je ne recueillais qu'une résignation face à l'état de vide fade de ces jours. Et j'acceptais volontiers d'être ce spectre. J'ai donc été un fantôme.
Quatre jours plus tard et petit à petit, une érection en amenant une autre, je revenais habiter mon corps, je le remerciais de m'avoir attendu tout ce temps. Je me tapais amicalement sur l'épaule. Je me suis même offert un costume, de nouvelles chaussures pour fêter ce retour.
Publié par arnaultglamorama à 00:38:22 dans Glamorama and more | Commentaires (0) | Permaliens