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Pendant que l'on s'évertue de toutes parts à trouver une justification à l'engouement pour le douanier Rousseau et qu'on continue à oublier Bonnard (les deux expos du moment), la ville est en feu. Evidemment je préfèrerais parler longuemment de Pierre Bonnard mais il s'avère que j'étais aujourd'hui dans la manifestation qui a dégeneré devant la Sorbonne vers 20 heures.
Dix ans que je n'avais pas manifesté ! Je n'en tire aucune gloire ni aucune conclusion. Je ne voulais pas rater celle là et j'ai bien eu raison. Avec L et L on arpente tranquillement de la place d'Italie jusqu'à Sevres Babylone, on commente tout ce que l'on voit et on peut nous entendre hurler "Soutien aérien!!! Non, soutien philosophique!!!!!" tout le long du parcours. (J'essaie vraiment de me concentrer et d'imaginer Jacques Lacan devant cette manifestation, je le vois même à un moment REELEMENT, fumant sa pipe au premier étage d'un immeuble du boulevard Raspail, il est là, il regarde et la fumée de sa pipe se mélange avec celle des lacrymogènes, je crois qu'il trouve ca ennuyeux, prévisible, sans fondement valable. Je crois qu'il a raison mais le cortège m'emporte doucement, je le laisse donc, je lui fais un signe, je veux lui dire bonjour, je veux le saluer mais je pense qu'il ne me voit pas.)
On décide sur le champ de créer un mouvement anti-mort dont les slogans seraient "Non à la mort, contre la mort, on veut pas mourir." On veut entrer en négociations avec les instances divines et mettre sur la table la revendication principale sur laquelle on ne faiblira pas : plus de mort, plus de mortalité, on est contre c'est tout. Et on lachera pas. En évoquant l'idée avec Force Ouvrière, je n'arrive même pas à tirer un sourire, je ne sais pas pourquoi.
C'est vrai que j'ai beaucoup de mal à dire "nous" mais il y a un beau soleil et les jets de bombe lacrymogène sont vraiment trop esthétiques. Sans compter les aller et venues des CRS et des lycéens qui sont bien contents d'être face à face, ils ont besoin les uns des autres, ils sont là pour s'amuser. Il y a ainsi une entente implicite tout à fait respectable entre casseurs et gendarmes, ils vont bien ensemble, ils ne le savent pas mais oui, ils sont ensemble. Ils s'aiment. Et je suis trop pudique pour les regarder s'aimer comme ca devant tout le monde (tout le monde c'est moi) donc j'influence un peu L et L et on est sur le chemin du retour quand, à Odéon on se retrouve nez à nez avec un groupe de fascistes : une cinquantaine de jeunes garçons minces et très regroupés qui cherchent à se battre avec des musulmans ou tout ce qui peut y ressembler, tous casqués, autant pour se protéger que pour se distinguer de la foule. Très vite, après quelques insultes et bagarres (métro Saint Michel, quartier Odéon), ils essaient de se disperser dans une petite rue où ils entrent par très petits groupes dans les cafés et les portes cochères. On essaie de prévenir les CRS mais sans résultat. Dès que l'information arrive à leur chefs, elle s'estompe, elle cesse d'être une information. Je pense beaucoup aux descriptions de batailles de Stendhal, toute la confusion engendrée et l'humour absurde de ces situations.
Devant la sorbonne et à vrai dire devant une voiture en feu cette phrase : "Le travail c'est le goulag avec la clim".
Publié par arnaultglamorama à 00:51:40 dans Glamorama and more | Commentaires (1) | Permaliens
17-03-2006 00:56
De Potache Sujet:
Bravo !