En ce moment, je prépare mes cartons pour Strasbourg. Je jette tout ce qui doit enfin être jeté, je mets dans les cartons ce dont je me vois mal me détacher.
Et je me retrouve à parcourir mon premier journal intime, qui date de 2007. Ce n'est pas très vieux. C'est même récent. Extraordinairement récent, en fait. Car tout ça est déjà très loin, franchement loin. Je veux dire, non seulement ce que j'étais en train de vivre, mais même mes souvenirs d'alors…
Je lis des lignes où je me remémore des choses qui sont enfouies très loin dans mes souvenirs. Je parle de petits "tableaux" précieux où je discute avec Roman de la différence entre "dire" et "énoncer", tandis que maman s'énerve sur l'ordi, et du petit tableau précieux où maman et moi somment tout gaga devant Bouh, la chatte de Gwen et Arthur, qui sont en train de lire des B.D. Et tout ça… C'était effectivement des instants précieux, d'autant plus qu'ils sont extraordinairement loin.
Paradoxalement, c'est infiniment plus éloigné que ce jour de l'année 1998 où la France marqua trois buts face au Brésil.
Je me fiche bien du football, mais quand je fais l'animateur dans une colo et que je rencontre des enfants nés en 1998, et qui n'ont donc aucun souvenir de la coupe du monde, qui n'ont aucun souvenir du passage dans le troisième millénaire, et ben, franchement, ça me fait bizarre. Me dire qu'ils sont nés à ce moment-là, voire une année après, que ces événements ne les ont pas marqué, ça me fait drôle.
Pourtant, nous n'avons que quelques années d'écart. Et, d'ailleurs, lorsque je vois que tels écrivains du XVIIIème sont nés, l'un en 1764, l'autre en 1776 (je balance au pif), je me dis : "ah, tiens, oui, ils étaient vraiment contemporains". En fait, je suis étonné qu'ils soient aussi proches. Et je me dis bien qu'ils ont partagé les même temps, la même époque.
Et, j'ai beau me dire que ces enfants n'ont pas connu les mêmes événements que moi, il est vrai que moi-même, je suis né en 1990. Alors, bon, quand t'es né en 90, je ne crois pas que tu sois bien placé pour parler… Je veux dire, je n'étais même pas né lorsque le mur de Berlin s'est effondré ! Je n'ai rien connu de la guerre froide !
Mais, voilà, cela ne m'empêche pas de connaître, d'apprendre. D'ailleurs, ce n'est pas parce que je n'ai pas traversé les années 80 que je ne suis pas fan du clip "thriller", que je n'adore pas "Billie Jean", que je n'écoute pas avec un délice sans comparaison Prince chanter "Kiss".
D'autre part, nous sommes bien obligés d'être nés à un moment donné. Ma propre grand-mère, voire mes deux grand-mères, ont raté des coches ! "Quoi ? Elles sont nées APRES la première guerre mondiale ?! Elles ont raté ça ?!" Eh oui.
Ce qui me fascine en fait, c'est le côté "nés aujourd'hui", ou presque (© LisaDawn). Ce côté où nous sommes les tout derniers, où ces gosses dont j'ai été l'animateur sont une des toutes dernières générations sur Terre. Je n'ai même pas dix ans de plus qu'eux, nous sommes peut-être de la même génération. Mince ! Presque la dernière génération sur Terre. Mais, là, le truc, c'est justement qu'il y a encore des gosses qui naissent, aujourd'hui même. Aujourd'hui, mercredi 5 Août 2009, à 19:59, combien de bébés viennent-ils de naître ? C'est un foutu truc permanent, et moi-même, je suis né lors d'un temps présent, à un moment qui était le dernier en date depuis l'aube des temps. Il y a même des gens qui vont naître dans le futur.
Le truc, c'est que tout cela n'a rien d'incroyable. En l'an 300 avant Jésus-Christ, depuis combien de temps l'humanité existait-elle ? Je crois que ça faisait déjà belle lurette. Eux aussi, ils ont raté un coche. Eux aussi, on peut dire qu'ils sont nés "tard". Eux aussi, ils sont nés à un moment qui étant le "dernier depuis l'aube des temps". Puisque nous naissons tous à un moment donné, tout cela est extraordinairement relatif.
Et puis, le fait de rater un coche ne nous prive pas de pouvoir nous rattraper. Apprendre. Je l'ai déjà dit plutôt d'ailleurs. Mais rien ne vaut l'expérience, et jamais nous ne pourrons être le fruit du XVIIIème siècle, ou du XIXème, ou du XIème siècle… Et les événements, eux, s'éloignent. L'influence est toujours là, mais la simple idée que personne ne soit plus vivant pour témoigner d'une époque, cela est troublant.
Le temps s'en va, nous échappe. On parle toujours de Jésus, mais ça fait belle lurette que l'ensemble de ses contemporains sont décédés. Pareil pour Socrate.
C'est étrange.
Mais dans mon propos initial, mon tout premier propos, au début de cette note, ce qui me paraissait étrange, c'était deux toutes petites années, de décalage. Je parlais de petits instants précieux que j'avais rapportés dans mon journal intime. La donne, c'est que je n'ai déjà presque plus de souvenirs de mon quotidien avec Roman. Je n'ai presque plus de souvenirs de Bouh. Maintenant que Chalomé est là, Bouh est extrêmement loin. Tout ça est vraiment très loin.
Les gens avec qui j'étais il y a deux ans ne sont plus là. Ils étaient ancrés dans mon quotidien, aujourd'hui j'ai peine à les repêcher dans ma mémoire. Ou, du moins, les moments partagés ensemble.
Ce qui est au présent est au présent. Mais, s'il n'est pas véritablement un événement marquant, alors il disparaît progressivement en devenant passé.
C'est normal : une année a beau passer extraordinairement vite, elle contient tout de même 365 jours. Mettons que je meure à 80 ans : combien de journées vais-je vivre ? Cinq fois huit, quarante. Six fois huit, quarante-huit. Trois fois huit, vingt-quatre. Quatre-vingt fois trois cent : vingt-quatre mille. Soixante fois quatre-vingt : quatre mille huit cent. Ça fait donc un total de vingt-neuf mille deux cent quarante-huit jours.
En chiffres : 29 248. Si ma durée de vie est correcte, je vivrai à peu près ce nombre-là de journées.
Le problème, c'est que c'est à peine si je me rappelle ce que j'ai fait il y a sept jours (et c'est à cause de ça que je tiens un journal intime), donc, vous imaginez si, à quatre-vingt ans, je me souviens ce que j'ai fait il y a vingt-mille jours !
Il y a un moment où je me disais que, si le passé m'était si vague, c'est parce que j'étais alors enfant et qu'une mémoire d'enfant n'est pas une mémoire d'adulte. C'est peut-être vrai, mais cela n'empêche pas, je crois, une mémoire adulte de ne pas forcément être si extraordinaire que ça. Une vie paraît courte, elle est pourtant extrêmement riche, de choses fort précieuses et d'instants futiles, de routines redondantes et d'événements exceptionnels. De dizaines de milliers de jours.
Alors on ne souvient pas très bien. On ne souvient pas très bien de ce qu'il s'est passé lundi dernier, on ne se souvient pas très bien d'il y a deux ans, et encore moins d'il y a vingt ans (dire que je n'ai même pas vingt ans !).
Alors, voilà, je me dis que moi vieux pépé, je serai bien obligé de vivre au présent, et je crois bien que ce qu'il se passera dans vingt ans, ce sera sacrément loin lorsque j'en aurai quatre-vingt. Le temps passe.
Il y a toujours des choses qui marquent. Je me souviendrai toujours assez bien de mon anniversaire de l'année dernière, je me souviendrai toujours assez bien du dix-sept (ou quinze ?…) Juin 2006. Etc. Mais, voilà. Tant de choses passent à la trappe !
A la fin de ma vie, combien d'années qui ne seront plus que souvenirs vagues et emmêlés ?
C'est terrible, la vanité des choses. Et à l'échelle de l'humanité, c'est encore plus terrible. Quoique ce qui disparaît continue d'être présent à l'esprit, malgré la distance extraordinaire.
Je n'arrive pas à poursuivre plus loin. Je viens de me relire. J'avais l'impression d'écrire depuis super longtemps mais ce texte ne me paraît pas si long que ça.
J'arrive pas à pousser plus loin. Simplement, voilà. Bientôt, je vais vivre à Strasbourg. L'année que je viens de passer dans ma CAAP passera dans la case "souvenirs de ma vie". Le lycée est encore plus loin. Le collège, n'en parlons pas. Mais mes cinq futures années d'études sont elles-mêmes destinées à trépasser, à devenir des souvenirs. Pas forcément si vagues que ça, en fait, mais voilà.
…
C'est drôle. Et dire qu'on meurt dans un "instant présent".
Oui enfin bref. Jvais arrêter là.
Cet article est ptêt pas si génial que ça en fin de compte. Mais c'est ce que j'avais envie d'écrire.
Bye !
(en cherchant une photo qui pourrait illustrer l'article, j'ai parcouru des photos qui datent de 2007. Elles me paraissent extraordinairement récentes, c'est à peine si je n'ai pas l'impression de les avoir prises il y a deux mois. Tout ça est donc très disparate. Il y a des trucs déjà très vieux parce que n'appartenant plus à notre présent, il y a les événements marquants… et les vieilles photos qu'on croit avoir prises hier. Ah là là !)
p-s : la photo finalement choisie est relativement récente, mais comme c'est un chaton, elle est d'une génération très récente. C'est presque un enfant né en 1999 voire en 2009. Ça me paraissait approprié.
Publié par boiseime à 21:10:16 dans textes | Commentaires (0) | Permaliens
| " | Définition |
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Voilà ce que je trouve sur le net à propos du mot "bazar".
A ce moment-là, que serait un bazar corporel ?…
Car, comprenez-vous, l'expression "bazar corporel" m'a traversé le cerveau l'autre jour, et j'ai décidé de la garder dans mes filets.
On pourrait penser qu'un bazar coporel ce serait une partouze. Je ne suis pas d'accord. Ça pourrait, hein, mais moi, jvois pas ça comme ça.
Je vois le bazar corporel à deux. Je vois deux corps qui seraient des bazars mutuels et qui iraient fouiner le bric-à-brac en détail pour voir si le souk ne recèle pas quelque-part quelque pièce merveilleuse.
Je veux faire un jeu. Je veux essayer de parler du "bazar corporel" à partir du système déjà opté lors de ma note précédente.
Bazar : bas, art, bassesse, Basse, Zob, Ras, Rasage, lézard, hasard, Anar', Base, Blizzard.
Corporel : Corps, peau, pore, râle, reine, cor, oreille, corail, roc, roche, elle, coeur, encore …
Corps peau râle. Corps pour elle. Ah ah ! C'est drôle.
Il y a ton corps ta peau tes pores nos râles tes oreilles et mon roc et il y a l'art de lézarder la roche l'art anar et hasardeux de raser la base pour embrasser le blizzard.
Mon corps pour elle, nos corps nos peaux nos râles qui collent, scotchent s'engluent dans nos pores, la fusion des corps ça s'appelle.
Ton corps contre le mien tes râles contre les miens tes pores contre les miennes, ton cor à mes oreilles et le hasard qui s'immisce pour baser nos rapports, il y a la roche contre laquelle nos bas se laissent aller et le lézard qui s'échappe pour nous laisser, il y a ta peau contre la mienne. Mon zob embrasse ton abricot. Là mon coco, tu vas très loin…
Je plonge dans l'impudique. Je me défendrai en avançant que je ne parle pas de moi, je ne fais qu'écrire des mots que je tâche de faire sonner. Et je ne fais que tutoyer personne.
Sur le corail et la roche se basent nos corps pour hasarder leurs peaux l'une contre l'autre, nos râles en choeur font battre nos corps et nos pores et font transpirer mes oreilles, tandis qu'encore tu es ma reine et qu'encore et en corps mon art de l'anarchie base le blizzard chaud de nos rapports.
Pour moi le bazar c'est du désordre, du bordel, du mouvement. La danse peut donc aussi être du "bazar corporel".
D'ailleurs le bazar corporel c'est carrément de la danse.
(d'où l'illustration de cette note)
Publié par boiseime à 16:50:35 dans textes | Commentaires (4) | Permaliens
La chose est complexe.
Je suis né, je vis, et un jour je meurs.
Naître, c'est naître dans un lieu donné et à un moment donné.
La vie se remplit tellement d'événements et d'habitudes que l'on oublie d'avoir peur de la mort.
Mais il y a toujours un moment où tu y penses et où, en te projetant dans cette situation d'avoir à ne plus exister (au moins en tant que corps humain, après ça dépend des croyances), tu te dis que merde, c'est quand même drôlement chiant et viscéralement effrayant. Même si ton cerveau t'ordonne de ne pas avoir peur étant donné que tant que tu es vivant tu n'es pas mort et que lorsque tu es mort tu n'es plus vivant. C'est très très simple, extraordinairement simple, voire correct, pourtant rien à faire, quand on y pense ça rend quand même un peu dingue.
Et c'est à ce moment-là que je me dis : les enfants que j'aurai peut-être un jour n'existent pas. D'une certaine manière, ils sont morts. Ils ne sont nulle part, ils ne sont même pas des embryons, même pas des spermatozoïdes. Ils ne font juste pas partie du monde.
J'ai dix-neuf ans. Mon père, au cours de sa vie, au lui-même, durant une année, eu dix-neuf ans. Oui, je sais, je viens d'annoncer quelque-chose de profondément étonnant. Eh bien, lorsque mon père avait l'âge que j'ai actuellement, je n'existais pas. Je n'étais même pas un embryon, même pas un spermatozoïde. J'étais comme mort.
Je n'introduirais pas les histoires d' "âmes" dans mon discours car ça compliquerait les choses et j'ai aussi beaucoup de mal à y voir un phénomène plausible.
Donc j'étais mort et j'ai été fait et j'ai été un petit enfant sans mémoire pleurnichard et aussi sage comme une image et puis un jour j'ai eu une voix grave, plein de barbe, un visage plus affiné, bref j'étais un jeune homme et maintenant j'en suis là. Puis un jour j'aurai l'âge de mon père et encore plus tard je serai mort comme au bon vieux temps, comme lorsque mon père avait dix-neuf ans.
Donc je suis dans la vie, et comme je suis dans la vie, je suis dans un temps et un lieu donné.
J'ai un temps extrêmement limité pour vivre. Je n'ai pas un millénaire, je n'ai même pas un siècle. Qu'est-ce que je dois en faire ?…
Puisque je vis, j'appartiens à un monde.
Je pourrais prendre la décision de passer ma vie à étudier dans quel monde je suis né. Je pourrais parcourir le monde en faisant du couchsurfing.
C'est un fantasme assez cool, de passer plusieurs années de sa vie à traverser le monde dans tout un tas de pays.
Non parce que l'idée, c'est que je suis né en 1990. Mettons que je meurs en 2070, par là. Je serai donc un homme du XXIème siècle, de toutes évidences. Ce qui signifie que le monde de la guerre froide ne m'appartient pas. Que la Première guerre mondiale ne m'appartient pas. Que la révolution française ne m'appartient pas. Ou plutôt si, tout cela m'appartient. Mais en tant qu'héritage, et non en tant que situation contemporaine intégrant, temporellement, le monde dans lequel je vis.
Mais si l'on peut dire que je ne traverserai et vivrai jamais la révolution française, ni même les années 60 qui peut-être m'auraient plû (?), au moins pouvons-nous dire que ce XXIème siècle m'appartient. Ce XXIème siècle, c'est mon monde, c'est mon temps, c'est que je vis, traverse. Et quel siècle !…
Ce siècle où la civilisation humaine oublie de s'accorder à la nature, quitte à risquer une quasi-fin du monde… Ce siècle de télécommunications, de mondialisation, de consommation, de services, soit la domination du secteur tertiaire. Cette société dominée par l'IMAGE, la publicité, le marketing, ce siècle où je n'ai aucune connaissance des objets qui m'entourent. Je ne me rends pas bien compte de ce que la languette de mon yaourt devient lorsque je la jette à la poubelle, je ne sais pas bien comme a été fabriquée la tarte au chèvre "Marie" que j'achète à Leclerc, et je ne me rends pas compte non plus du parcours des boeufs qui ont produit les steak-hachés conservés dans mon congélateur. Je ne me rends même pas compte du parcours interplanétaire qu'a nécessité la fabrication de mes jeans, et je ne sais jamais vraiment dans quelles conditions ont été fabriquées les chaussures que j'achète. JE NE CONTRÔLE RIEN.
C'est terriblement effrayant, embarrassant. On se presse pour me servir, pour rendre mon existence aisée et facile, et j'ignore à quel prix.
Toujours est-il que c'est à cette époque-là, à la fois si terrible, si embarrassante, mais aussi si technologique et aisée, que j'appartiens.
Heureusement, il existe une chose qui s'appelle le lycée, dans lequel sont dispensés des cours d'histoire-géographique. Si vous avez la chance d'avoir une professeure aussi passionnante et passionnée que madame Skakalski, alors vous aurez la chance de pouvoir mieux analyser et comprendre ce monde dans lequel nous sommes, et de mieux comprendre aussi COMMENT NOUS EN SOMMES ARRIVÉS LÀ.
Nous pouvons vivre en nous soumettant à cette société sans chercher à la comprendre.
Quand je regarde autour de moi, je vois des gens avec les écouteurs dans les oreilles, je vois des gens au téléphone. Vous vous rendez compte ?… Des gens qui écoutent de la musique que nous n'entendons pas (quoique…). Des gens qui discutent avec d'autres personnes qui ne sont pas auprès d'eux. On écrit des messages instantanés à des gens qui peuvent être à l'autre bout du monde. C'est formidable. C'est une révolution. Mais c'est aussi un peu effrayant dans les transports en commun. C'est un moment qui peut être perçu d'une façon ennuyeuse, barbante. D'où peut-être les téléphones et la musique. Mais je suis trs impressionné de voir tous ces gens qui se déconnectent de leur environnement. Qui ne font pas acte de présence, d'une certaine façon, là où ils se trouvent.
Mais voilà. On est dans une société de consommation.
Par ailleurs. On est donc dans une société complexe, sophistiquée, où le profit de l'économie et des entreprises se conjuguent avec notre aisance, notre facilité de vie.
Et parfois quand je regarde autour de moi, voir tous ces gens, non seulement accrochés à leur téléphones, mais aussi simplement tous ces gugusses en costars cravates, tous ces banlieusards en survêts, mais aussi toutes ces femmes et ces hommes parfois un peu laids et avec des gros bidons, je sais pas, ça me façonne pas une bonne image.
Je vais à Leclerc. Tout m'est servi directement. Je n'ai pas besoin de produire ce qui me nourrit. Pas besoin de cultiver des terres. Car je suis un privilégié sur la planète Terre. Moi, je peux aller à Leclerc. Donc je vais à Leclerc où tout m'est servi, et je vois des familles avec leurs caddies qui achètent de la charcuterie, qui achètent du pain industriel avec des tranches de mies moelleuses et sans croûtes, qui achètent tout un tas de bouteilles de coca-cola, et qui paraissent laids, gros, et sans le moindre rayonnement intérieur. C'est le monde qui m'environne. C'est les gens qui m'environnent.
Mais ce sont des gens adaptés à notre monde, qui n'ont pas forcément trop suivis leurs cours d'Histoire, qui ne sont pas forcément remplis d'esprit critique et qui n'ont pas forcément eu l'occasion de prendre de la distance.
Mais je vois ces gens, et je me dis que voilà, il y a vraiment des gens MOULÉS pour vivre dans ce monde, ce monde aisé où l'on ignore ce que deviennent les choses passant entre nos mains.
Je ne veux pas être ça. Je ne veux pas faire partie de cet espèce de bétail. Je suis né, je vais mourir un de ces quatre, et je suis un enfant du XXIème siècle. Puisque je suis du XXIème siècle, j'aimerai mieux ne pas trop entrer dans le moule de ces gens bizarres, un peu laids, gros et pas trop pourvus d'intérêt.
Je ne pense pas vraiment que je ferai un jour le tour du monde. Mais ce serait bien si j'évitais de subir le monde où je suis et si j'essayai de l'étudier un peu plus en profondeur, de me rendre un peu plus compte de là où je suis.
J'habite dans une ville qui s'appelle Villeneuve-le-roi. Je pense qu'il y a des gens dans cette ville dont les parents et les grands-parents étaient déjà à villeneuve-le-roi. Qui vivront leur vie à villeneuve-le-roi. Et qui iront simplement en Tunisie et en Grèce durant des vacances.
Eh bien, voilà, je voudrais juste éviter ça. C'est tout.
(Je vais sûrement pas mourir en me disant : je suis un homme du XXIème siècle, et le monde dans lequel j'ai vécu, c'était ça et ça. Mais si à ce moment-là je pouvais au moins dire que j'ai tenté de jeter un coup d'oeil en dehors de ma grotte, ce serait pas trop mal.)
Publié par boiseime à 23:47:17 dans textes | Commentaires (1) | Permaliens
Peut-être pas ce soir, au fond.
Il y a plusieurs choses.
Il y a la beauté éphémère et discrète.
Et il y a l'immuable solitude.
Croiser d'autres existences, c'est une aventure.
J'aime beaucoup l'aventure.
J'aime croiser des existences.
Si bien que la solitude me paraît anti-aventurière.
Elle ne l'est pourtant pas nécessairement (anti-aventurière). Mais il est difficile de la percevoir comme une aventure pour moi et pour l'instant.
Alors, sans nouvelles des gens qui me sont des aventures, je m'ennuie.
Ou pas. Car en ce moment je n'ai plus trop de boulot et je relis tous les Thorgal qu'on a à la maison. Alors ce serait faux de dire que je m'ennuie, parce que se retaper les Thorgal c'est assez chouette en fait.
Mais voilà, l'idée est là : échanger avec des gens, c'est cool. Écrire des mails à des gens, c'est cool. Planifier des trucs avec des gens, c'est cool. Recevoir des nouvelles des gens et devoir répondre, c'est cool. Mais comme tu n'as pas non plus trente millions d'amis, ce n'est pas cool à chaque fois que tu ouvres tes mails (trente fois par jour, en hyperbolant un peu…)
Je voulais aussi parler de la beauté.
Je suis dans le rer et il fait très beau. Alors, si je regarde le plafond du rer, j'y vois le reflet d'une vitre : différentes couleurs, vertes, bleues ou ce que vous voulez, défilent à toutes vitesse dans le rectangle exposé au plafond. Et puis il y a la lumière qui traverse le wagon.
Il y a les reflets des gens contre les vitres qui se superposent sur les paysages qui défilent. Ça aussi, c'est beau.
Leur reflets à tous sur le plafond (oui, encore le plafond).
Dans la ligne 14 , au démarrage et à l'arrivée du train, à chaque station, les vitres du métro s'additionnent à celles des portes. J'ai deux reflets qui se superposent et dont les tailles varient à toute allure, de façons saccadée. Ça aussi ça me plaît.
Les reflets, où qu'ils soient, me passionnent.
Cette beauté de l'infime, d'éléments ordinaires et quotidiens qui se trouvent alors transfigurés, me fascinent, et je les remarque, les relève, y suis attentif et les contemple.
Ces transfigurations font partie de ce qui m'intéresse, à ce titre, je ne me vois pas les laisser m'échapper de ce que je pourrais faire.
Prenons une fiction.
Il est très facile de se satisfaire, dans une fiction, de faire avancer la narration.
Et il est évident que la narration doit avancer.
Mais une intrigue est pauvre si elle n'est qu'une intrigue.
Elle doit contenir ce qui vous intéresse. Ce qui vous fascine, ce qui vous fait réfléchir. Ce que vous admirez. Elle doit contenir une forme de vérité, de réalité, d'authenticité. Que cela fasse "avancer l'intrigue", ou non.
Mais, voilà : encore une fois, il est difficile d'être attentif à ces détails essentiels.
Mais j'aimerai véritablement écrire ou dessiner, un de ces quatres, ces reflets, ces faits devant mes yeux, qui me fascinent tant.
Mais comment voulez-vous dessiner ça ?… Je ne m'appelle pas "meilleur dessinateur du monde"…
Publié par boiseime à 18:58:01 dans textes | Commentaires (4) | Permaliens
J'aime partir d'aliments.
Alors il y a une banane, un baba-au-rhum, un milk-shake, une tomate farcie, un poulet rôti, un canard laqué, une glace à la fraise, une tablette de chocolat, une tarte au chèvre et aux épinards.
Si je m'étais arrêté après "une banane", il n'y aurait eu qu'une banane. Mais j'ai continué. Ce qui fait que banane se confond avec les autres. Banane est sur un pied d'égalité avec les autres aliments, et son importance en est sans doute minimisée. Disons que banane se retrouve fondue dans la masse.
Mais le fait que j'ai continué ma liste ne fait pas que rendre banane plus anonyme. Cela la relie à d'autres.
Banane peut être seule, elle est cependant en contact avec d'autres. Banane peut entrer en contact avec le baba-au-rhum, avec la tablette de chocolat, avec la tomate farcie, avec le poulet rôti. Elle a la possibilité de le faire.
Créer des contacts a des incidences. Ces contacts portent leur poids, leur importance. Ils peuvent être plus au moins lourds.
Il y a les contacts qui se tissent au quotidien. Ils sont légers à porter car se tissent jour après jour. On apprend à connaître l'autre très progressivement, et peut-être même que ce n'est qu'après un certain temps qu'on se sentira à l'aise avec une personne, que l'on se mettra à apprécier particulièrement.
Il n'y a pas que ces contacts-là. Si la banane est rangée au même endroit que la tomate (pas encore farcie), elle peut par contre être davantage éloignée du baba-au-rhum, du milk-shake, du canard laqué… La rencontre est alors plus fortuite, amenée par la chance, le destin. Elle n'en est que plus précieuse. Si banane n'apprécie pas le canard laqué, alors elle aura peut-être simplement la chance de ne pas le revoir. Peut-être la banane appréciera davantage baba-au-rhum. Et, malgré la distance, peut-être la banane et le baba-au-rhum essaieront-ils de se revoir. S'ils se revoient, c'est alors dans l'appréciation de leurs concordances. Ils sentent qu'ils sont en accord sur certaines choses, qu'ils sont prêts à s'apprécier. Qu'ils veulent se connaître. La différence est immense par rapport à une relation se tissant de façon obligée. Il y a des amitiés qui se créent entre des personnes qui se côtoient jour après jour parce que le hasard les réunit ensemble dans leurs vies. Il y a des amitiés qui se créent entre des personnes qui se côtoient une fois, qui auraient pu ne jamais se revoir de leur vie, mais qui décident de traîner ensemble. Il y a alors une véritable décision. Un vrai effort, à influer sur le cours des événements. C'est quelque-chose qui est absent dans un rapport se tissant au quotidien, où l'on n'a pas le choix, où l'on ne décide pas (de revoir ou non une personne).
Si la banane a donc véritablement la volonté de tisser une amitié avec le baba-au-rhum, ce n'est pourtant pas pour ça que son amitié avec la tomate (qui doit devenir farcie) en a moins d'importance.
Car il est assez difficile de créer une relation profonde avec une personne que l'on ne peut côtoyer au quotidien. La tomate partage les joies et les peines de la banane, supporte l'ensemble de ses humeurs. Elle est là quand banane est bizarre, excentrique, lorsqu'elle est triste, lorsqu'elle est heureuse… Ils se connaissent, éventuellement par coeur.
Mais la banane ne connaîtra jamais le baba-au-rhum, ou le canard laqué, ou le milk-shake, par coeur. Leur relation pourra rester superficielle, car ne se voyant qu'occasionnellement, ils ne pourront se connaître véritablement l'un l'autre.
Il existe donc des relations sans rapprochements.
Des relations entre individus intéressés pour connaître leurs existences respectives, mais qui ne sauront les partager ensemble.
Baba-au-rhum ne connaîtra jamais banane comme tomate la connaît.
{À part ça, je n'ai pas travaillé mon projet pour Saint-Denis ce week-end, et donc demain je vais mourir (mais pas seul)}
Publié par boiseime à 23:34:21 dans textes | Commentaires (0) | Permaliens
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J'en sais rien. Je m'en fous. Je vais vous laisser lire mon blog et puis voilà.
Bonne lecture.
Ah non, attendez...
Tant que j'y suis, autant présenter mon blog aussi. "C'est alors qu'une chaise vivante arriva", c'est une ombre dont le soleil est mon esprit fertile, c'est le reflet de ma personnalité et des méandres de ma personne, "c'est alors qu'une chaise vivante arriva", c'est des textes absolument relatifs à TOUT et à RIEN; c'est des notes sans le moindre intérêt, des notes curieuses et expérimentales, des notes profondes et denses (sans prétention aucune...), c'est des dessins, plein de portraits, parfois j'essaie de changer; c'est aussi des choses tout à fait inclassables, dans la catégorie "c'est alors qu'une chaise vivante arriva", où mes notes y mélangent dessin, photographie et textes de deux lignes seulement.
Mon blog, c'est mon point de vue humain, mes réflexions à deux balles, mes vagabondages littéraires qui ne m'amènent nulle part, c'est ma merde et c'est aussi un moyen de diffuser mes travaux, c'est une cabane virtuelle où je peux toujours m'occuper, c'est un abri, c'est un refuge où s'accueille et se recueille mon cerveau fatigué ou hyperactif, selon les moments, c'est un espace de jeux bien à moi, et puis surtout, c'est un énorme bazar.
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