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"c'est alors qu'une chaise vivante arriva" :

bazar intérieur extériorisé ici-même, récréation intellectuelle, cabane virtuelle, laboratoire à tout, espace de jeux bien personnel

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Éviter ça | 17 juin 2009

La chose est complexe.

 

Je suis né, je vis, et un jour je meurs.

Naître, c'est naître dans un lieu donné et à un moment donné.

La vie se remplit tellement d'événements et d'habitudes que l'on oublie d'avoir peur de la mort.

Mais il y a toujours un moment où tu y penses et où, en te projetant dans cette situation d'avoir à ne plus exister (au moins en tant que corps humain, après ça dépend des croyances), tu te dis que merde, c'est quand même drôlement chiant et viscéralement effrayant. Même si ton cerveau t'ordonne de ne pas avoir peur étant donné que tant que tu es vivant tu n'es pas mort et que lorsque tu es mort tu n'es plus vivant. C'est très très simple, extraordinairement simple, voire correct, pourtant rien à faire, quand on y pense ça rend quand même un peu dingue.

Et c'est à ce moment-là que je me dis : les enfants que j'aurai peut-être un jour n'existent pas. D'une certaine manière, ils sont morts. Ils ne sont nulle part, ils ne sont même pas des embryons, même pas des spermatozoïdes. Ils ne font juste pas partie du monde.

J'ai dix-neuf ans. Mon père, au cours de sa vie, au lui-même, durant une année, eu dix-neuf ans. Oui, je sais, je viens d'annoncer quelque-chose de profondément étonnant. Eh bien, lorsque mon père avait l'âge que j'ai actuellement, je n'existais pas. Je n'étais même pas un embryon, même pas un spermatozoïde. J'étais comme mort.

Je n'introduirais pas les histoires d' "âmes" dans mon discours car ça compliquerait les choses et j'ai aussi beaucoup de mal à y voir un phénomène plausible.

Donc j'étais mort et j'ai été fait et j'ai été un petit enfant sans mémoire pleurnichard et aussi sage comme une image et puis un jour j'ai eu une voix grave, plein de barbe, un visage plus affiné, bref j'étais un jeune homme et maintenant j'en suis là. Puis un jour j'aurai l'âge de mon père et encore plus tard je serai mort comme au bon vieux temps, comme lorsque mon père avait dix-neuf ans.

Donc je suis dans la vie, et comme je suis dans la vie, je suis dans un temps et un lieu donné.

J'ai un temps extrêmement limité pour vivre. Je n'ai pas un millénaire, je n'ai même pas un siècle. Qu'est-ce que je dois en faire ?…

Puisque je vis, j'appartiens à un monde.

Je pourrais prendre la décision de passer ma vie à étudier dans quel monde je suis né. Je pourrais parcourir le monde en faisant du couchsurfing.

C'est un fantasme assez cool, de passer plusieurs années de sa vie à traverser le monde dans tout un tas de pays. 

Non parce que l'idée, c'est que je suis né en 1990. Mettons que je meurs en 2070, par là. Je serai donc un homme du XXIème siècle, de toutes évidences. Ce qui signifie que le monde de la guerre froide ne m'appartient pas. Que la Première guerre mondiale ne m'appartient pas. Que la révolution française ne m'appartient pas. Ou plutôt si, tout cela m'appartient. Mais en tant qu'héritage, et non en tant que situation contemporaine intégrant, temporellement, le monde dans lequel je vis. 

Mais si l'on peut dire que je ne traverserai et vivrai jamais la révolution française, ni même les années 60 qui peut-être m'auraient plû (?), au moins pouvons-nous dire que ce XXIème siècle m'appartient. Ce XXIème siècle, c'est mon monde, c'est mon temps, c'est que je vis, traverse. Et quel siècle !… 

Ce siècle où la civilisation humaine oublie de s'accorder à la nature, quitte à risquer une quasi-fin du monde… Ce siècle de télécommunications, de mondialisation, de consommation, de services, soit la domination du secteur tertiaire. Cette société dominée par l'IMAGE, la publicité, le marketing, ce siècle où je n'ai aucune connaissance des objets qui m'entourent. Je ne me rends pas bien compte de ce que la languette de mon yaourt devient lorsque je la jette à la poubelle, je ne sais pas bien comme a été fabriquée la tarte au chèvre "Marie" que j'achète à Leclerc, et je ne me rends pas compte non plus du parcours des boeufs qui ont produit les steak-hachés conservés dans mon congélateur. Je ne me rends même pas compte du parcours interplanétaire qu'a nécessité la fabrication de mes jeans, et je ne sais jamais vraiment dans quelles conditions ont été fabriquées les chaussures que j'achète. JE NE CONTRÔLE RIEN.

C'est terriblement effrayant, embarrassant. On se presse pour me servir, pour rendre mon existence aisée et facile, et j'ignore à quel prix.

Toujours est-il que c'est à cette époque-là, à la fois si terrible, si embarrassante, mais aussi si technologique et aisée, que j'appartiens.

Heureusement, il existe une chose qui s'appelle le lycée, dans lequel sont dispensés des cours d'histoire-géographique. Si vous avez la chance d'avoir une professeure aussi passionnante et passionnée que madame Skakalski, alors vous aurez la chance de pouvoir mieux analyser et comprendre ce monde dans lequel nous sommes, et de mieux comprendre aussi COMMENT NOUS EN SOMMES ARRIVÉS LÀ. 

Nous pouvons vivre en nous soumettant à cette société sans chercher à la comprendre.

Quand je regarde autour de moi, je vois des gens avec les écouteurs dans les oreilles, je vois des gens au téléphone. Vous vous rendez compte ?… Des gens qui écoutent de la musique que nous n'entendons pas (quoique…). Des gens qui discutent avec d'autres personnes qui ne sont pas auprès d'eux. On écrit des messages instantanés à des gens qui peuvent être à l'autre bout du monde. C'est formidable. C'est une révolution. Mais c'est aussi un peu effrayant dans les transports en commun. C'est un moment qui peut être perçu d'une façon ennuyeuse, barbante. D'où peut-être les téléphones et la musique. Mais je suis trs impressionné de voir tous ces gens qui se déconnectent de leur environnement. Qui ne font pas acte de présence, d'une certaine façon, là où ils se trouvent.

Mais voilà. On est dans une société de consommation.

Par ailleurs. On est donc dans une société complexe, sophistiquée, où le profit de l'économie et des entreprises se conjuguent avec notre aisance, notre facilité de vie.

Et parfois quand je regarde autour de moi, voir tous ces gens, non seulement accrochés à leur téléphones, mais aussi simplement tous ces gugusses en costars cravates, tous ces banlieusards en survêts, mais aussi toutes ces femmes et ces hommes parfois un peu laids et avec des gros bidons, je sais pas, ça me façonne pas une bonne image.

Je vais à Leclerc. Tout m'est servi directement. Je n'ai pas besoin de produire ce qui me nourrit. Pas besoin de cultiver des terres. Car je suis un privilégié sur la planète Terre. Moi, je peux aller à Leclerc. Donc je vais à Leclerc où tout m'est servi, et je vois des familles avec leurs caddies qui achètent de la charcuterie, qui achètent du pain industriel avec des tranches de mies moelleuses et sans croûtes, qui achètent tout un tas de bouteilles de coca-cola, et qui paraissent laids, gros, et sans le moindre rayonnement intérieur. C'est le monde qui m'environne. C'est les gens qui m'environnent.

Mais ce sont des gens adaptés à notre monde, qui n'ont pas forcément trop suivis leurs cours d'Histoire, qui ne sont pas forcément remplis d'esprit critique et qui n'ont pas forcément eu l'occasion de prendre de la distance.

Mais je vois ces gens, et je me dis que voilà, il y a vraiment des gens MOULÉS pour vivre dans ce monde, ce monde aisé où l'on ignore ce que deviennent les choses passant entre nos mains.

Je ne veux pas être ça. Je ne veux pas faire partie de cet espèce de bétail. Je suis né, je vais mourir un de ces quatre, et je suis un enfant du XXIème siècle. Puisque je suis du XXIème siècle, j'aimerai mieux ne pas trop entrer dans le moule de ces gens bizarres, un peu laids, gros et pas trop pourvus d'intérêt.

Je ne pense pas vraiment que je ferai un jour le tour du monde. Mais ce serait bien si j'évitais de subir le monde où je suis et si j'essayai de l'étudier un peu plus en profondeur, de me rendre un peu plus compte de là où je suis. 

J'habite dans une ville qui s'appelle Villeneuve-le-roi. Je pense qu'il y a des gens dans cette ville dont les parents et les grands-parents étaient déjà à villeneuve-le-roi. Qui vivront leur vie à villeneuve-le-roi. Et qui iront simplement en Tunisie et en Grèce durant des vacances.

Eh bien, voilà, je voudrais juste éviter ça. C'est tout.

 

(Je vais sûrement pas mourir en me disant : je suis un homme du XXIème siècle, et le monde dans lequel j'ai vécu, c'était ça et ça. Mais si à ce moment-là je pouvais au moins dire que j'ai tenté de jeter un coup d'oeil en dehors de ma grotte, ce serait pas trop mal.)

Publié par boiseime à 23:47:17 dans textes | Commentaires (1) |

19-06-2009  19:44  19-06-2009 19:44
Post  De  LisaDawn  Sujet:  Post Url: [Liens]
Ce post est à mon avis l'un de tes meilleurs. En fait c'est le meilleur parmi ceux que j'ai actuellement en mémoire, mais j'en ai oublié, bien sûr. Mes partiels finissent mardi, je te donne + de nouvelles juste après. A bientôt sûrement !°

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Présentation



Adolescent de sexe masculin, j'ai eu 18 ans le 6 Juin. Le reste est dit dans mon blog, qui peut peut-être être considéré comme une grande rubrique "moi"...

J'en sais rien. Je m'en fous. Je vais vous laisser lire mon blog et puis voilà.

Bonne lecture.

Ah non, attendez...
Tant que j'y suis, autant présenter mon blog aussi. "C'est alors qu'une chaise vivante arriva", c'est une ombre dont le soleil est mon esprit fertile, c'est le reflet de ma personnalité et des méandres de ma personne, "c'est alors qu'une chaise vivante arriva", c'est des textes absolument relatifs à TOUT et à RIEN; c'est des notes sans le moindre intérêt, des notes curieuses et expérimentales, des notes profondes et denses (sans prétention aucune...), c'est des dessins, plein de portraits, parfois j'essaie de changer; c'est aussi des choses tout à fait inclassables, dans la catégorie "c'est alors qu'une chaise vivante arriva", où mes notes y mélangent dessin, photographie et textes de deux lignes seulement.

Mon blog, c'est mon point de vue humain, mes réflexions à deux balles, mes vagabondages littéraires qui ne m'amènent nulle part, c'est ma merde et c'est aussi un moyen de diffuser mes travaux, c'est une cabane virtuelle où je peux toujours m'occuper, c'est un abri, c'est un refuge où s'accueille et se recueille mon cerveau fatigué ou hyperactif, selon les moments, c'est un espace de jeux bien à moi, et puis surtout, c'est un énorme bazar.

 

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