Me voilà confondu, le petit inspecteur de la sureté française m'a emmené au poste, pour vérification de vérification. Procédure compliquée car d'inspiration française. Avec l'aide de ce fou de Pump-Hurryman il a reconstitué un poste de police français, véritablement l'on se croirait dans l'un de ces pittoresques commissariat d'arrondissement parisien, j'en ai visité quelques uns l'été dernier lors de "relâches parisiennes", il ne manque rien pas plus le comptoir où l'on sert quelques spécialités maison à base de chaussures à clou, les pélerines qui séchent au dessus du poêle à charbon, les vélos dans un coin et les parfums mélangés de vin rouge, de soupe au chou et de chaussettes.
-... des jours que je le surveillais du coin de l'oeil ce pékin-là, je le reniflais eh ben ça a pas manqué!
-Vous êtes sûr chef que c'en est bien un? S'interroge l'un de ses subordonnés au front bas et à la moustache tombante en contemplant "mon" cadavre, le cher Bandonéon XXXVII que l'on a placé sur mon insistance auprés du poêle et où il se réchauffe lentement.
-Un quoi?
-Un assassiné, il est habillé bizarre... et puis ce qu'il peut puer!
-Ah ben ça les victîmes ça sent pas toujours la rose, on peut pas leur en vouloir,'font ce qu'elles peuvent, tu verras quand tu auras autant de métier que moi...
Quand même, l'inspecteur qui a quitté ses chaussures pour être mieux à l'aise, comme chez soi ,se léve pour venir renifler sa prise:
-Ben tiens don' sans doute il l'aura étranglé, avec la bande là qu'il a autour du cou... aides-moi Mouchot à lui retirer ça, c'est l'arme du crîme!
Et cet imbécile de commencer de dévider de la bandelette, aprés quelques kilométres, il a des doutes:
-Tiens il avait un louis dans la bouche. C'est vrai qu'il boucâne, avoue tu l'as tué avant le départ! 'y a combien de temps qu'il est comme ça?
-Une petite quarantaine de siécles inspecteur.
Quelque chose le parcourt, une onde de lucidité, comme celle qui traverse le poisson ferré en découvrant que la mouche espérée n'est qu'une plûme tortillée savamment, un piége à Scombre.
-Bon mets-celui-là en cage, Mouchot, et aprés tu feras entrer l'autre!
La cage est authentiquement une cage, grillagée sur tous ses côtés dans laquelle sont déjà enfermés deux supposés ivrôgnes dont l'un est l'héritier des conserveries Wilhem Sorrën de Stockolm et l'autre son excellence le ministre de Suéde à Londres accompagné de son épouse, sans doute l'inspecteur aura-t-il pris leur suédois de cour pour un signe manifeste d'ébriété.
Le douziéme officier Brian O'Brien a été dépêché par notre second pour venir me chercher et procéder aux formalités administratives, malheureusement il prend les choses de haut, trouve la procédure superflue, s'iirite, s'enflamme en bon irlandais qu'il est et se retrouve trés vite... dedans:
-Rebellion, outrage à agent, jetage d'inspecteur à la figure d'un subordonné, ton compte est bon!
-Le tien petit inspecteur de mes fesses n'est pas meilleur!
La voix vient d'au-dessus de nous, du plafond de notre cage, je léve la tête et reconnais l'homme masqué en collant noir, il nous surplombe, plus sardonique et retentissant que jamais:
-Fantaltomass! Crie l'Inspecteur.
-Lui même pour te servir et mieux encore te chier dans les bottes ah! Ah! Ah!
C'est étonnant il parle comme un sociétaire de l'Odéon qui jouerait Méphistophélés avec un peu trop d'intention et s'exécute avec aplomb dans les chaussures abandonnées de l'Inspecteur, rajuste son collant et commence à tournoyer dans la piéce et s'accrocher au lustre et tout ce genre de choses et les policiers français de lui courir aprés, de tirer des coups de feu et s'engueuler.
Pendant ce temps dégelé et réveillé par la chaleur bienfaisante du poêle, Bandonéon XXXVII, profitant du désordre insensé qui gouverne maintenant le poste et avec beaucoup de décision décroche les clefs du clou réglementaire et vient nous délivrer, bien entendu nous n'attendons point notre reste, c'est à dire le cher Brian O'Brien qui argumente à coups de poing, entre nous voilà un petit scandale qui pourrait me valoir une promotion plus rapide encore que je ne l'espérais et trés vite nous nous retrouvons avec les trois suédois et l'égyptien au bar du grill room des secondes, le seul encore ouvert à cette heure-ci.
Les suédois boivent sec pour se remettre de leurs émotions, Bando, il a insisté pour que je l'appelle ainsi, parce que Sir Samuel Pristie lui a appris que c'était souverain contre le spleen. Il me parle de ses gosses, il en a une cinquantaine au pays, il aimerait bien avoir des nouvelles de la 27 ° Dynastie, il pense à ses femmes répudiées, 42 siécles qu'il a pas payé les pensions alimentaires, ça doit commencer à chiffrer, je le rassure, il paye sa tournée sans se faire prier, nous chantons en éthylo-anglo-belgo-suédo-égyptien.
Vrai c'est un charmant compagnon doublé d'un ami utile et dire qu'il n'y a pas deux heures je voulais le précipiter dans l'océan. Ah l'existence est quelques fois absurde et rarement prouvée.
Publié par duchnou à 04:25:22 dans Gardé à vue | Commentaires (0) | Permaliens
6.04.1911. J'ai passé une nuit difficile,il faut dire que j'étais de garde de 4 à 8, le cher Humpster-Dumpster ayant pris un repos bien mérité aprés 57 heures de veille ininterrompu, je l'ai dit ce garçon est un angoissé mais nous avons enfin pu le raisonner et le conduire jusqu'à sa couche. Bien que placé dans le nid de pie sur ordre du douziéme officier, Brian O'Brien, un garçon un peu trop énergique, exagérément irlandais que je ne devrais d'ailleurs pas tarder à supplanter selon les confidences de notre commandant qui ne l'apprécie guère et le tient pour "un rustaud, un paysan peut-être mais sans doute pas un marin!". Il faut dire que cet imbécile a proféré quelques commentaires désobligeants sur les tenues saumonnées de notre estimé commandant.
Me voilà donc perché à imaginer ce que serait ma vie de douziéme officier, mes émoluments évolueraient en conséquence et je pourrais sans dommages m'offrir quelques gratifications intîmes tels que... des freins sur mon vélocipéde. Certes la hauteur vous fait voir les choses et les êtres avec une certaine philosophie et malgré la température fort basse, bercé par de si douces espérances je me laisse aller à une légére somnolence qui ne dure guère plus d'une heure ou deux.
Quand je me réveille je découvre avec surprise que nous sômmes entrés dans les premières glaces, c'est un spectacle émouvant que ces blancheurs érigées par quoi nous naviguons avec adresse, car il est de la première prudence que de les éviter. Le second Hugh Uppontime m'a bien recommandé de lui signaler toute présence un peu trop considérable qui pourrait entraver notre route, ajoutant que son parfum préféré pour les glaces était la pistache, c'était un trait d'esprit aiguisé avec les moyens du bord qui chez lui sont assez limités. Passons.
Pendant un temps j'observe les icebergs, spectacle bien vite lassant, aussi trés vite je me tourne vers le bateau pour en contempler les restes de vie nocturne, la lune est pleine et elle éclaire notre marche aussi bien que les ponts du batîment. Je m'interroge quand même aprés la suite d'événements que j'ai vécu, faut-il accorder quelque crédit à tous ces passagers qui au Havre ont quitté notre bord en déclarant que le R.M.S. Terribeule était un vaisseau maudit. J'en suis là de mes réflexions lorsque j'ai la surprise de découvrir le Révérend Hooples au pied de mon nid de pie, je lui fais signe de monter. Il montre une belle agilité pour un homme de prière.
-Dieu comme l'air est bon à ces hauteurs!
Nous nous retrouvons un peu à l'étroit mais sa présence m'est bienvenue. Trés vite il commence à bénir les icebergs, on croirait un missionnaire dans la jungle, il convertit à tout de bras ces grandes masses hautaines.
-On ne prend jamais trop de précautions garçon. Si nous avons à vivre parmi eux quelque temps autant bien les disposer et les mettre de notre côté.
Serait-il à son tour pris par cette sorte de folie qui a saisi notre bord et qui fait des furieux de caractéres calmes. Inquiet je vais pour l'admonester et le rappeler à une certaine raison lorsque j'aperçois accoudé au bastingage le pharaon... mais si comment déjà? Le souvenir d'Egypte de Sir Samuel Pristie. Il fume tranquillement une cigarette en regardant les flôts. Je ne rêve point d'ailleurs le Révérend Hooples l'a remarqué lui aussi, il faut dire que sa coiffe et sa tiare dorées sont fort visibles:
-Dîtes-moi lieutenant voyez-vous ce que je vois?
-Euh ma foi... il me semble... une personne déguisée... oui, oui, je connais, en effet il y avait bal masquée dans la troisiéme classe...
-Ah c'est celà! J'ai croisé tout à l'heure un homme masqué en collant noir qui s'agitait furieusement avec un chalumeau dans l'une des câles tribords où j'étais allé chercher du matériel pour l'office.
Les câles tribord... oui celles de... droite donc... mais c'est là-dedans que l'on consigne dans les fers les personnes suspects! Mon Dieu il aura donc délivré nos prisonniers, voyons si je fais un rapide compte, qu'est-ce que nous avions en stock: quelques pickpockets, deux ou trois assassins, la réserve personnelle du Révérend Hooples... bah nous verrons bien, en bas les choses se gâtent, en me penchant à nouveau, je découvre avec stupeur ce... cette... cette chose... ce pharaon Bandonéon je ne sais combien qui s'agite au pied de "notre" nid de pie, il est évident qu'il souhaite venir nous rejoindre et contempler la vue. Je lui fais signe que non, mais le Révérend Hooples l'aperçoit à son tour et me dit:
-Je crois que votre ami voudrait nous rejoindre, lieutenant.
-Non, non... impossible... interdit aux civils... strictement... le réglement...
-Il ne va pas comprendre que je sois là alors, c'est du favoritisme... ah d'ailleurs il n'a point attendu votre accord... il monte...
Mon Dieu! Il monte même avec un bel entrain et il a vite fait de nous rejoindre, et celui-là est autrement plus encombrant que le révérend et puis comment dire il sent, dame une mômie! Malgré tout l'apparat qui lui reste il faut bien avouer qu'il n'est plus trop présentable. Bien heureusement le révérend Hooples est homme bien élevé:
-Ah ah trés réussi le déguisement garçon! Le félicite le révérend.
Bandonéon XXXVIII ou XXXIX..., je ne sais plus tant le trouble me gagne, nous offre des cigarettes, des égyptiennes à bout doré bien sûr. Il est visible que lui aussi a reçu une fort bonne éducation convenons-en, si seulement il pouvait puer un peu moins.
Je ne sais trop à quoi nous ressemblons, tous trois ainsi serrés en haut du mât mais je préfére ne pas l'imaginer. Aprés quelques temps je me dois de constater l'inanité de sa conversation en même temps que la parfaite immobilité de mon compagnon, ces égyptiens anciens savent garder une certaine tenue, à preuve il pue moins, ce dont je lui sais gré, mais le Révérend Hooples me fait remarquer:
-Votre ami est en train de geler sur place.
C'était donc celà l'explication de son silence et de sa retenue olfactive, il faut dire qu'il est assez peu vêtu, sous ces latitudes il n'est pas trés raisonnable ni décent de sortir en... bandelettes, dans un sens sa rigidité pourrait être propice à mes projets, aprés tout nous étions tous bien décidés à nous en débarasser n'est-ce pas et je ne suis pas d'une nature à renoncer. J'ai un peu de mal à convaincre le Révérend Hooples de m'aider à descendre notre ami pour l'aller coucher.
-Mais lieutenant est-il bien décent de quitter votre guet alors que nous naviguons au milieu des glaces?
-Quelques minutes, un petit quart d'heure, elles ne vont pas fondre, ne vous inquiétez pas nous les retrouverons à notre retour.
Incroyable ce que ces terriens montrent de réticence et de prudence exagérée dés qu'ils se trouvent dessus un océan, nous autres marins savons estimer comme il convient ce qu'il peut y avoir d'emphatique trop souvent dans les humeurs de la mer et d'artificiel dans de supposés périls.
Nous transportons la mômie gelée sans grande difficulté, Bandonéon et quelques... a une condition physique de sportsman et fort peu de graisse, jusqu'à l'entrepont Z, tout à côté de la colonie irlandaise, l'endroit idéal pour une immersion, maintenant il me faut m'isoler. Je remercie le Révérend Hooples:
-Sa cabine est à quelques pas, je vais prévenir ses compagnons.
-Promettez-moi lieutenant de ne point vous attarder, n'oubliez pas que vous avez charge d'âmes et qu'une bonne part de notre destinée terrestre... ou maritîme est entre vos mains.
-Pas la plus grande part convenez-en Révérend.
-Certes, certes.
Il me quitte enfin, les choses se présentent au mieux, il ne me reste plus qu'à pousser cette... cette "chose" dans l'océan vaste et perpétuel, je me penche pour assurer la prise quand j'entends dans mon dos:
-Hep vous là-bas! Z'avez vos papiers!
Je me retourne et je découvre avec un sentîment d'horreur ce petit Inspecteur de la Sûreté Nationale française, Chipota Barcosy ou quelque chose comme ça, celui-là même que sir Sam m'a présenté l'autre soir, il était alors à la recherche de cet insaisissable assassin ce Fantaltomas, à la regrettable réputation, depuis lors il ne semble plus trop s'y intéresser puisqu'il le laisse évoluer tout à loisirs jusque dans nos câles. Il préfére la fréquentation de notre commissaire de bord, cet imbécile de Pump-Hurryman, qui montre chaque jour une exaltation et un déréglement renouvelés. A eux deux et sur l'instigation du français ils ont fait placarder des affîches invitant tous les étrangers du bord à se faire connaître dans les meilleurs délais. Le révérend Hooples en a informé notre commandant, celui-ci a fait la remarque :
-Celà risque de faire du monde et encore faut-il pour les reconnaître comme tels savoir de quel point de vue l'on se place, n'est-il pas vrai.
-Ne pourrions-nous mettre le commissaire de bord et ce policier français aux fers commandant, oh par simple mesure de précaution et sans intention vexatoire.
-Bah laissez-les donc s'amuser, s'ils veulent placarder, qu'ils placardent!
En attendant le petit policier s'apprôche, une lanterne sourde à la main:
-Je vous connais vous, où-est-ce que je vous ai déjà vu?
-Sur ce batîment même, il y a un couple de jours.
-Pas d'ironie ou je vous fous d'dans! Qu'est-ce vous transportez là? 'm'a tout l'air suspect...
Il éclaire le cher Bandonéon et le reconnait pour ce qu'il est indubitablement:
-Un cadavre!
Publié par duchnou à 05:19:33 dans Premières glaces | Commentaires (0) | Permaliens
-... l'esprit vient resserrons-nous! Nous commande Mademoiselle Shawartzgurd en me faisant un clin d'oeil qui me laisse à penser qu'elle ne croit qu'à moitié à ses talents médiumiques et à tout ce genre de manifestations.
Nous sômmes une dizaine de personnes autour de la table, Dame Agnota Pristie, son époux somnolent, la baronne von Plombenheim, un comte italien barbu trés concentré qui lui masse le genou sous la table, sans doute pour aider à la venue de l'esprit, cet anglais original Lord Evil qui met son majordôme à sa table, deux sujets albanais qui pensent être là pour une partie de bridge, enfin un français à fine moustache que je soupçonne être celui-là même qui fournit Mademoiselle Shwartzgurd en ouvrages licencieux.
-Viens à nous, nous t'appelons!
A croire que ces suissesses ont une autorité naturelle car la table se met à trembler, pourtant la mer est d'huile.
-Esprit dis-nous quel est ton nom? Insiste-t-elle.
Et l'autre, j'entends l'esprit supposé, mais peut-être est-ce le comte italien manipulateur de genou? Mais non il a ses deux mains sur le meuble, et l'autre dis-je de commencer d'épeler son nom à coups brefs retranscrits par Mademoiselle Shwartzgurd:
-... B... A...N...D...O...N...E...O...N...X...X...X...V...I...I... Bandoneon XXXVII ? Deux coups pour oui!
-Pan! Pan!
-Profession? Précise-t-elle avec une autorité de douanier.
-P... H... A... R... A... O... N... pharaon c'est celà?
-Pan! Pan!
Nous voilà donc en ligne avec un pharaon, la farce est bonne mais je ne marche pas.
-Que veux-tu nous dire ô esprit?
Et alors là c'est un véritable déchainement, la table ne tient plus sur le sol tant l'esprit l'estoque, la libraire écrit sous sa dictée et nous livre enfin son recueil avec une réelle émotion:
-Il dit... il dit que ce putain de raffiot de... de merle va... va couler.
Le silence est unanîme.
-Deux piques hasarde l'un des albanais.
-Oh vous ça va hein, et toi je t'avais bien dit de ne pas emporter cette sâleté, oh mais tu vas me faire le plaisir de me foutre cette saloperie à la mer! C'est Dame Agnota Pristie trés emportée contre son mari soudain réveillé et quelque peu hébété.
L'explication vient vite, je l'ai dit Sir Samuel Pristie est archéologue à ses moments perdus et lors de l'une de ses campagnes de fouille il a mis a jour en terre d'Egypte la dépouille d'un pharaon dans sa boîte à l'état quasi de neuf, le sus mentionné Bandonéon XXXVII de la vingt-troisiéme dynastie.
Aprés l'avoir conservé quelque temps dans la cave de leur maison de campagne d'Highbury, à l'invitation d'une société savante américaine, il l'a embarqué à bord du R.M.S. Terribeule à fins de leur en faire don et ce sans en prévenir les autorités du bord, négligeant ainsi le paiement des taxes de bord et de douânes, qui en l'espéce pour un transport de pharaon en sarcophage et même en câle de quatorziéme classe sont fort élevées.
Consulté par ces dames, je fais la réponse suivante:
-Ma foi, mesdames, ce pharaon même retraité et en petite condition, n'en demeure pas moins un passager clandestin, je me vois dans l'obligation d'en informer notre commandant et vous encourrez pour de tels actes une amende assez importante.
Dame Agnota Pristie, malgré les plantureux revenus que lui fournissent ses romans policiers est d'un naturel pingre et la séance terminée, elle me prend à part pour me proposer une petite transaction:
-Ne pourrriez-Vous mon cher lieutenant et avec l'aide de mon imbécile de mari nous débarasser de ce personnage encombrant?
Je pése le pour et le contre, mon éducation m'oblige à déférer à la supplique de cette femme même si l'article 147 et 148 bis du réglement me commanderaient de dresser procés-verbal sur le champ.
Nous nous retrouvons donc avec sir Samuel Pristie dans les coulisses basses et ronflantes du batîment, incroyable ce que nous pouvons transporter: moissonneuse-batteuse aussi bien que pédalo tout celà est patiemment rangé et nous n'avons point trop de mal à mettre la main sur le sarcophage égyptien que sir Sam, il a insisté pour que je l'appelle ainsi dorénavant, en toute familiarité donc, a enfoui dans une énorme malle de théâtre. Sous la profusion des voiles, costûmes et accessoires nous mettons à jour le sarcophage funéraire et nous l'ouvrons, non sans diifficultés.
-Oooh! Nous exclamons-nous dans un unisson trés réussi.
La boîte est vide! Pas plus de pharaon que de jeune première.
-Quelqu'un vous l'aura barboté sir Sam? Hasardai-je sans plus de conviction.
-Celà m'étonnerait, il a emporté ses cigarettes.
Et cet homme qui m'a toujours semblé sensé jusque là de me détailler dans quelle intimité il a vécu ces dernières années prés de sa mômie:
-... en fait il s'est "réveillé" lors du voyage de retour depuis Alexandrie, il supporte mal le bateau, le mal de mer associé sans doute à l'expatriation, les anciens égyptiens l'ont noté, ont une influence certaine sur les mômies, d'ailleurs regardez, il a rendu plusieurs fois, ici et là... et encore...
Il me désigne de petits tas de quoi se dégage un remugle infernal.
-... bien entendu je n' ai rien dit de cette "animation" soudaine à mon épouse, vous savez Bandonéon XXXVII est un trés brave garçon, nous avons tout de suite sympathisé, je lui ai offert des cigarettes, il y a pris goût, d'autant que celà calmait son mal de mer, arrivé à Highbury, je lui ai aménagé un entresol charmant chez nous, il est trés "plan-plan" comme vous dîtes en Belgique et tout se passait fort bien jusqu'au jour où Agnotha a décidé de mettre en vente Highbury Manor, il m'a fallu lui trouver un point de chute l'un de mes amis Howard Miller, un égyptologue réputé doublé d'un parfait gentleman m'a proposé de l'héberger dans sa propriété du New-Jersey. Ah comme je redoutais ce voyage...
De fait nous voilà avec un pharaon ingambe sur les bras, si j'ose dire.
-... d'autant qu'il est un peu dépressif...
-Ma foi on le serait à moins. Ricanai-je.
-... et quand il verse dans la dépression et le spleen il a tendance à user et abuser de ses pouvoirs qui sont redoutables et tout à fait exorbitants de notre pauvre loi commune d'humain. Alors vous imaginez sur un bateau, lieutenant ce que celà pourrait donner!
J'imagine trés bien le pharaon contre la fée à moustaches, ce serait joliment intéressant.
Publié par duchnou à 04:04:33 dans Vogue de nuit | Commentaires (0) | Permaliens
Le 5-4-1911. Aujourd'hui, aprés la nuit et la journée d'hier tellement trépides, rien à signaler... ah oui nous avons une nouvelle voie d'eau à bab... tribord cette fois, à droite quoi, oui c'est bien celà: "main droite qui torche et salut= tribord" petit procédé mnémotechnique appris au Collége Naval. C'est en manoeuvrant dans le port de Saouchamptonne lors de notre deuxiéme appareillage que nous avons heurté une baleinière, nous avions pourtant la priorité mais les usages se perdent. Informé l'ingénieur Carderond, aprés de savants calculs, nous a confirmé que celà n'aurait point de conséquences notables. Quand même dans l'aprés-midi je l'ai croisé à la coupée revenant de courses. Il avait acheté une quantité invraisemblable de ces bouées à tête de canard, quand je lui ai demandé s'il comptait en faire un usage prochain, il m'a répondu que c'était pour ses neveux Wilson en prévision de la Saint Nicholas et qu'il n'y a avait qu'ici qu'on en trouvait de semblables. Je m'interroge. Ah mon cher journal de bord quelle lumineuse idée a eu notre estimé commandant de m'en confier la rédaction, il m'est un fidéle compagnon que je prends plaisir à retrouver le soir à la chandelle: les plombes ont encore sauté.
La journée s'est passée en divertissements divers et spirituels, elle a commencé au quatriéme entrepont des première classe par un concours de divas de fort belle tenue entre la Callasmitas et la Castapiane, la Castapiane trop chargée, le commendatore Manguerinini a beaucoup grossi, et n'étant pas à son poids de forme a échoué de deux longueurs. J'ai perdu deux guinées.
Aprés quoi j'ai rendu visite à la colonie française des troisiéme classe, comme d'habitude ils me reçoivent courtoisement mais il m'est impossible d'aller plus loin et de pénétrer même à l'intérieur, à chaque fois je bute sur une espéce de délégué, leur représentant qui m'accueille en chaussettes et en remettant son slip, je les soupçonne d'organiser des parties fines, celà m'a tout l'air de forniquer dans tous les coins, recoins et couloirs derrière. J'en informe le commandant qui me répond:
-Mais laissez-les donc se divertir. Dîtes-moi lieutenant vous qui avez du goût, qu'est-ce que vous pensez de ce petit haut en panne de velours, celà ne fait pas trop habillé pour le souper?
J'en référe au Révérend Hooples qui est d'avis de mettre tout ce monde à fond de câle.
-Aux fers! Mon cher! Aux fers! Mais voilà aurons-nous assez de fers lieutenant pour la durée du voyage?
De fait l'on peut se demander pourquoi accepter des français en troisiéme classe quand ils seraient si bien en câle avec les animaux, dans leur élément donc.
Quelques messieurs des premiére classe tiennent absolument à organiser une chasse à cour. Le commandant consulté ne s'y oppose pas dans le principe:
-Ma foi il faut que tout le monde s'amuse. Mais une chasse à quoi? s'interroge-t-il avec un rude bon sens.
Pump-Hurryman propose une chasse au papiste, à l'irlandais quoi, comme il y en avait dans son enfance, il en parle avec une grave émotion, cet homme cache une réelle sensibilité sous des dehors un peu rustiques.
Ses dehors parlons-en, depuis qu'il porte des cartouchières, il est notable qu'il intimide les passagers, l'escopette et le sabre qu'il porte au côté ne sont pas là non plus pour mieux les rassurer. Avec le petit inspecteur de la Sureté Nationale française il organise des contrôle d'identité sur les ponts supérieurs, Mrs. Randolph Galways des briquetteries et cimenteries Galways a passé huit heures en garde à vue pour vérification approfondie d'identité et son valet de chambre a été notoirement battu.
J'y mettrais volontiers bon ordre mais en tant que treiziéme officier, mes responsabilités sont plutôt relatives selon moi, mais pour le second Hugh Ponetime elles sont importantes:
-Treiziéme officier mais mon petit vieux vous êtes là pour nous porter chance et croyez-moi nous en aurons rudement besoin pendant cette traversée!
De fait je me console en pensant que Humpster-Dumpster un camarade de promotion n'est lui que quatorziéme officier et je peux témoigner qu'il ne s'est jamais tellement porté bonheur au long de sa scolarité au Collége Naval.
Souvent je passe quelque temps au salon de lecture, la bibliothécaire Mademoiselle Shwartzgurd, une demoiselle suisse charmante quoique un peu trop demoiselle me conseille dans mes lectures, je concéde que ma culture générale est comme en jachêre mais depuis quelque temps les livres qu'elle me destine me semblent quelque peu olé! olé! Je cite deux titres au hasard : La feuille à l'envers et Souvenirs d'un garçon de bain. Ils sont d'autant plus choquants qu' l'on n'y comprend rien et sont d'une complication désarmante. Je décide de m'en ouvrir à elle:
-Je suis surpris Mademoiselle, je n'imaginais pas que de tels ouvrages fussent en dotation sur un batiment de la Red Star Line
-Oh ils sont bien innocents lieutenant, tenez je viens d'en recevoir un trés bien illustré qui vous...
-Puis-je vous demander quelle est leur provenance mademoiselle?
-C'est un passager français de la troisiéme classe qui me les prête, un homme charmant.
-Un français de troisiéme classe! J'aurais du m'en douter.
-Allons lieutenant ne soyez pas si rigide... enfin pas maintenant, pas tout de suite j'ai encore du monde. Tenez voulez-vous que nous nous voyions ce soir chez Madame la baronne von Plombenheim, j'y organise une séance de spiritisme.
-Vous... vous êtes médium Mademoiselle?
-J'ai quelques dons savez-vous et puis une demoiselle de bonne éducation mais sans fortune doit savoir se débrouiller.
Elle rit mais avec un accent anversois qui me surprend chez une suisse, surtout demoiselle.
-Dame Agnota Pristie m'a promis de venir, ces choses-là la passionnent en ce moment presqu'autant que l'étude de la langue espagnole qu'elle a entreprise. Vous viendrez lieutenant?
-Je... je ne sais pas... pas encore Mademoiselle, le service commande.
Au moment où je la quitte elle me glisse un petit livre dans la poche, je parierais qu'il est lui aussi illustré.
Je profite de quelque répit pour aller visiter les entrailles pour ne pas dire les intestins de ce batîment étonnant.
La construction en fut confiée aux chantiers écossais Mac Duff & Mac Duff qui ont pour particularité d'être situés un peu en altitude, trés exactement sur l'une des collines au dessus de la Tyre que l'on nomme là-bas avec un peu de préténtion le Mont MacDonuts et qui n'a guère plus de 50 pieds de haut, malgré tout le lancement des paquebots est rien moins que spectaculaire, d'autant que parti d'en haut, il doit pour arriver en bas, soit dans l'embouchure de La Tyre avec un brin d'éclaboussures , on l'imaginera, traverser la ville avec un réel entrain dévastateur, coutûme calédonienne immémorialement reconduite dans une bonne humeur entretenue à l'alcool de grains mais qui a quand même fait une cinquantaine de morts la fois dernière, il faut dire que ces braves gens avaient oublié qu'il n'y avait pas une seule mais deux mise à flôt le même jour puisque le sistership du R.M.S. Terribeule, le R.M.S. Alsolotofpipeule recevait lui aussi le baptême champagnisée.
Il faut avoir vu ces chaudières, chacune plus haute qu'une locomotive, coiffées de cheminées qui valent monument et ces hommes qui alimentent le foyer du progrés, progrés qui ne les a point oublié dans sa marche, à preuve ces douches permanentes qui les lavent du poussier et de la fumée... Renseignements pris auprés de l'un des chauffeurs, ce ne sont point des douches permanentes mais des fissures occasionnelles, bien entendu celà n'enléve rien aux mérites de tels travailleurs, oups ce qu'il fait chaud là-dedans! Je ne parle point des hélices qui étaient au nombre de cinq au départ, nous en avons perdu une on ne sait trop où mais il en reste quatre fidéles au poste et d'une vélocité prouvée à la mer. Les rats crevés eux-mêmes sont issus des meilleures élevages industriels et reçoivent une formation soignée m'a assuré Carderond l'autre soir. J'écourte ma visite officieuse auprés de tous ces gens industrieux non sans les avoir chaudement félicité, tous et chacun.
-'d rien mon 'tit pôte... t'seras t'jours le bienvenu si tu viens a'c une boteille comme ça!
Ce que ces gens peuvent boire c'est étonnant!
Je me dépêche car je n'ai que le temps de passer un unifôrme propre pour me rendre à l'invitation de Mrs. Shwartzgurd, j'ai hâte de rencontrer à nouveau Sir Samuel Pristie et son épouse. En me déshabillant je découvre que l'opuscule illustré que m'avait offert la libraire a disparu au cours de mon périple ouvrier.
Publié par duchnou à 04:01:04 dans Divertimentos | Commentaires (0) | Permaliens
Il était écrit que cette soirée n'en finirait pas, je pris mon vélo pour regagner ma cabine, le cher Humpster qui est insomniaque ayant accepté d'effectuer mon quart, il faut dire que ce garçon est un inquiet qui passe son temps à guetter de ses jumelles, pont, entrepont, sous-pont, sur-pont, passerelles, entours et alentours et ainsi qu'il le dit en paquebot quand il ne conduit pas il a peur, ma foi nous profitons tous de ces dispositions, y compris le second Hugh Ponatime qui lui fait toute confiance .
-De toutes les façons mon cher Humpster, vous ne pouvez pas vous tromper New-York c'est toujours tout droit, en 20 ans de carrière je ne l'ai raté que deux fois et encore de fort peu!
Sans le vouloir, je me retrouvais à fumer un dernier panatella à l'endroit même où nous étions la veille avec sir Samuel Pristie. Je souriais, mentalement, à l'évocation de ses propos, auxquels j'accordais peu de foi.
Aussi 'pristi quelle ne fut pas ma surprise, lorsqu'en levant la tête au moment où j'allais quitter les lieux, rassuré, j'aperçus une ombre bedonnante qui se déplaçait avec une adresse de chat paresseux ou trop nourri entre les cheminées, à sa première volte je vis avec horreur qu'il avait une piéce de tissu écossais au cul de son collant noir.
Sir Samuel Pristie n'avait donc rien inventé. L'homme se retourna tout à fait et m'aperçut, suprême défi, misant sur la distance et la hauteur qui nous séparaient, il releva son masque et me fixa de son regard, que je n'hésiterais pas à qualifier de magnétique, aimanté, une telle intensité oculaire que je fus pris d'une sorte de vertige psychique suivi trés vite d'un désordre intestinal tout à fait vérifiable.
J'enjambai aussitôt ma bicyclette et pédalais avec une inspiration que je ne me connaissais pas et qui me propulsa vitement à l'autre bout du pont, j'avais oublié que l'engin était démuni de freins, une économie faite lors de la commande que je regrettais maintenant, et je basculais par dessus la rambarde du passavant et tombais.
Celà dura quelque temps, par miracle quand je me réveillai de ma chute, je n'étais point entre les vagues mais dans les bras d'un épouvantail, j'avais atterri dans le champ de patates des irlandais, je levai les yeux, ils venaient à moi, en foule chantante, buvante et trinquante, accompagnée d'accordéon, sans doute avaient-ils eux aussi organisé quelque fête vôtive, n'oublions pas que c'est, ainsi que le dit le Révérend Hooples: "un peuple tout embarassé de saints", et je m'écriai, mentalement:
-Mais merde personne ne dort donc à bord de ce foutu bateau!
-Eh ben mon gars il y a mieux à faire ce soir que de peloter l'épouvantail! S'exclama un aimable géant roux qui m'aida à me relever. Oh mais tu t'es fait dessus mon gars! On va te trouver des chausses propres.
Les pantalons étaient trop grands et les bretelles sans élasticité aucune, sans compter que ces pantalons de jardiniers juraient avec mon joli spencer blanc mais enfin ils se montrèrent tous charmants. Ils n'avaient pas souvent la visite d'officier et quand Pump-Hurryman qui n'était que commissaire de bord se déplaçait jusqu'à eux il se faisait toujour précéder de quelques salves et coups de crosse.
Ils me firent les honneurs de leur installation, ils étaient certes étroitement pourvus mais ma foi fort ingénieusement organisés. Surtout ils vouaient un cûlte quelque peu barbare à leurs traditions.
J'avisai dans un recoin de la calle une espéce de comptoir fait d'une longue traverse en bois en équilibre sur deux tonneaux, trois vieilles femmes trônaient de l'autre côté.
-Je prendrais bien quelque rafraîchissement, dis-je avec entrain, altéré et gagné par la chaleur ambiante. Quelque pinte de votre bonne bière Madame, s'il vous plaît.
Le géant roux me prit par le col et me ramena vivement en arrière tandis que la vieille femme marmonnait:
-On ne passe pas derrière le comptoir!
-Vous êtes fou on ne dérange pas les fées l'ami sans quoi elle vous jette un sort et vous pourriez bien remplacer l'épouvantail. Au départ c'était un marchand de lard de Dublin, mais il cherchait toujours à faire de trop bonnes affaires!
Non, je ne rêvais pas, j'avais correctement entendu, d'ailleurs il prit le temps de me faire servir une pinte de bière chaude par l'une de ses accortes cousines et de m'expliquer que les irlandais, race nomade, ne s'embarquaient jamais, quelque soit la destination, sans une délégation de fées dûment assermentées.
-Méfiez-vous surtout de la plus vieille, c'est une bretonne, elle était en visite chez sa belle-soeur, et elle a absolument voulu embarquer, elle est trés réglement-réglement!
A dire le vrai ces trois fées à moustache ne m'impressionnaient guère, peut-être avais-je trop bu, je profitais de l'absence du géant roux pour m'apprôcher d'elles, elles avaient repris leurs tricot, chose étrange elles tricotaient sans aiguilles le même ouvrage, une espéce de poule-over jaune et brillant d'une bonne dizaine de mètres de long:
-Alors Mesdames le voyage vous plaît-il?
La bretonne sans lever la tête de leur ouvrage commun répéta son antienne:
-On ne passe pas derrière le comptoir!
-Vous tricotez mesdames un tricot pour un géant hum! hum!
-C'est pas un tricot c'est un canot pneumatique double paroi! J'ai dit pas derrière le comptoir, il nous emmerde ce con-là! Chabada ouah les bretelles en bas et le cul sur la cheminée là-bas!
De fait, et je peux en témoigner, je me retrouvais derechef perché tout au haut de l'une des cheminées, les pieds battant l'air et les bretelles en bas tout à fait comme prophétisé par la fée à moustaches.
Un fort désagréable moment dans une aussi détestable postûre. Maintenent il s'agissait de trouver le moyen de descendre sans trop perdre en dignité et contrôle de soi. J'inspectais, d'un regard adroit et curieux et même pressant les alentours immédiats, je levais la tête enfin au moment où nous passions sous un pont, un trés grand, trés haut heureusement, pont de fer. Les plus observateurs marqueront qu'un tel monument malgré toute son utilité n'avait rien à faire en plein océan et je m'en fis trés vite l'observation. Se pouvait-il que cet imbécile d'Humpster plutôt que d'éxécuter la plus rectiligne des routes possibles telle que préconisée dans tous les manuels de navigation maritîme, nous eut pour ainsi dire "mené en bateau" en une circumnavigation autour du port de Saouchamptonne tout à fait hors de propos. Trés vite me parvinrent les échos d'un branle-bas sur le pont haut qui confirma ma conclusion, j'entendis la voix de notre commandant qui semblait avoir recouvré tout son impérium. Oh là la celà chantait et je commençais de me réjouir de ma position dominante quand j'avisai deux minuscules bonshommes trés en dessous de moi qui me prirent à parti.
-Dîtes don' vous là qu'est-ce v'us foutez là-haut! Descendez tout de suite!
Le petit bonhomme ridicule s'exprimait en français parisien avec des accents autoritaires de gendarme corrézien.
Je levais les mains en l'air en signe d'incapacité.
-'futez de moi, 'voyez pas l'échelle su' le côté!
Il avait raison notre bateau était quand même joliment équipé.
J'éxécutais la manoeuvre et me retrouvais assez vite en face des deux bonshommes, l'un n'était autre que sir Samuel Pristie en robe de chambre à brandebourgs et la moustache sous résille, bref encore en tenue de nuit, l'autre, je ne le connaissais pas. Il était court sur pattes, portait Cronstadt et bacchantes. Il profitait de l'autorité que lui donnait mon allure quelque peu ridicule, il me fallait en effet retenir le pantalon trop large qui me tombait aux genoux.
-Oh mais c'est vous Lieutenant, mais qu'est ce que vous faisiez donc là-haut me demanda Pristie amical.
-Visite d'inspection.
-Vous avez une drôle de tenue d'inspection dîtes voir. Ricana le petit français détestable. 'longtemps que vous faîtes le perroquet là-haut?
-Une petite dizaine de minutes sans compter le temps du vol.
-Le vol? Quel vol? Et v'z'avez rien vu?
-Il y avait à voir?
Le petit français se présenta, il était inspecteur à la Sureté Nationale française et s'appelait quelque chose comme: Pipola Narcosie! Avec un point d'exclamation précisa-t-il comme dans "Halte!" "circulez!" ou "vos papiers!"
-A propos vous avez vos papiers!
Sir Samuel intervint vivement en voyant les mauvaises dispositions de son compagnon à mon endroit:
-Mais enfin le lieutenant est honorablement connu à bord, le commandant pourrait en témoigner même...
-Les logeuses on les achéte avec le rond, je connais ça, papiers et vite!
Je lui montrais ma carte de membre du Club des anciens farceurs du collége ancien d'Abburton qui supportait pour principal ornement ma photographie en barbe et portant fés qui lui sembla tout à fait réglementaire car il ne lisait point l'anglais.
Ces formalités satisfaites Sir Samuel Pristie poursuivit les présentations:
-Vous n'êtes pas sans savoir que l'inspecteur, qui est l'un des meilleurs policiers français, traque depuis des années, sans pouvoir le saisir, le fameux Fantaltomas l'insaisissable assassin , or il existe selon lui de fortes présomptions pour que cet être désolant soit à notre bord, j'ajoute que Mrs. Pristie a reçu ce matin une lettre de menace circonstanciée signé de ce monsieur et dans laquelle il se proposait rien moins que de la violenter avec force détails évocateurs, depuis ce matin elle ne me parle que de celà et ne cesse de m'envoyer en course aux quatre coins du batîment, il m'a même fallu me barriccader dans ma salle de bains une partie de la soirée, sans ce bienvenu steward bolivien je crois bien que j'y passais toute la nuit.
Publié par duchnou à 03:34:28 dans Le bureau des fées | Commentaires (0) | Permaliens