4 années hors du temps, hors de la "Bled-attitude", mon retour n'est plus qu'un songe lointain, une illusion floutée. Ma réalité est ici, le délice gagne enfin mon existence...
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je préfère être dans ma peau que dans la sienne...
la semaine dernière, comme à mon habitude, fatiguée d'une longue journée, je traîne mes doigts trankilou sur ma télécommande, en quête d'une berceuse vidéographique, un petit film, une petite sitcom, une petite émission,..
Mais ma main ne répond plus lorsque mes yeux en ont pris le pouvoir, abasourdis par ce qu'ils voyaient..
Le film venait à peine de commencer, et déjà il captait toute mon attention, je ne pouvais pas y échapper, fallait que je le regarde jusqu'au bout. Loin déjà était la vision idyllique de la berceuse, place à l'ouverture maximale de mes deux pupilles, devant un long métrage sublime..
Attention, je dois avant tout définir le vrai sens du mot "sublime". Il a été trop banalement utilisé, ou catégorifié parmi tous ces termes appartenant à l'échelle du beau.. si je vous posais la question.. "qu'est-ce que le sublime?"
oui, vous me répondez un truc sensiblement proche de "très beau, extrêmement beau,.."
eh bien il y a d ça de nombreux siècles les philosophes se sont disputés le monopole de la vérité. Mais le sublime définit pour moi (et pour Platon en l'occurence!! ;)) ce sentiment indéfinissable, cette sensation terriblement bizarre, mélangeant paradoxalement attraction et répulsion, envie et dégoût, adoration et mépris. Etre sublimée signifie être choqué, subir une commotion, un choc. C'est infiniment plus intense qu'une simple délectation esthétique.
"Dans ma peau" m'a sublimée..
Une femme, jeune et jolie, carriériste, en pleine ascension professionnelle, avec, en guise de compagnon de vie, un homme délicieux, attentionné, aimant, généreux.
Suite à une blessure accidentelle, cette femme se retrouve plongée dans le rite de l'automutilation.
"entrer dans la peau d'un personnage" , une expression si parfaitement appropriée à cette oeuvre.
Une écriture avec le corps sur le corps, plus qu'une peinture, où peut-être une peinture, l'écran se disperse entre palette et toile, le coup de couteau vaut bien le coup de pinceau.
La mutilation n'est que le point de départ d'une dépendance au sang, à la chair. Elle se mutile, oui, mais elle découvre le plaisir de se faire l'amour autrement que par le sexe. Elle se mange, se croque, se suce le sang. Elle fait de sa peau de vrais morceaux de souvenirs, tannant et séchant des fragments de sa peau.
C'est un corps vivant qui se déplace parmi des corps morts, purs simulacres, sans substance et sans poids. C'est une protestation contre la catastrophe esthétique, contre le marché qui nivelle, efface, formate.
Une protestation violente, marquante, perturbante.
Je ne sais pas si j'ai aimé voir ce film, je ne sais pas si je vous le recommande..
AINSI SOIT LE SUBLIME

Publié par saiga à 21:24:59 dans tout et rien | Commentaires (10) | Permaliens
".. d'écrire un peu, de vider cette panse, ces tripes, ce trop plein de graisse, de chair, de kilos lourds, pendants et collants.
Je sors de mon bain, éreintée, fatiguée, pesée, je me traîne jusqu'à ma chambre, et me hisse jusqu'à mon lit. J'ai pris la télécommande, difficilement, prudemment, et j'ai glissé, je me suis affalée, écroulée, éparpillée sur le carrelage. Je ne pouvais plus bouger, la nuit me paraissait satanique, infernale, cet instant épouvantable et pourtant si commun de solitude intense et de retrouvailles suicidaires avec soi. Juste ma voix intérieure qui me fredonne sèchement ces quelques mots, ces quelques syllabes crachées sur la table, elle me raconte que "tu n'es qu'une merde horrible et repoussante", elle me prend par le bras, me remue le ventre flasque, souffle dans mon oreille, je crie pour ne rien entendre, elle me parle à moi, à personne d'autre, elle est là, dans le lit, je ne la vois pas mais la sens enfoncer ce poignard dans mon corps, m'éventrer et faire de moi un amas de viande, faire partie de mon enfer.
J'en suis sûre, ce soir, comme beaucoup de soirs, je vis un cauchemar.."
Publié par saiga à 20:24:34 dans je vous raconte une histoire? | Commentaires (2) | Permaliens