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Premiers brins de vie! La petite enfance: Pascal. Voir le post précédent.
1961-1971 : Un voile de douce brume en Champagne
Ce sont les années où l'on n'existe que pour une Maman. Elle peut nous modeler à sa façon. Nos réactions ne sont que des exclamations, mais nous ne désirons que lui plaire. Alors ce qui reste, c'est ce qui nous interpelle, ce qui déchire ce voile protecteur. Quelques fragments se gravent, domme des bouts de coquille que l'on casse pour sortir la tête.
Comme un jour, près de la 404, ce petit chat écrasé , dans sa mare de sang. Moi qui pleurait pour une éraflure. Pourquoi lui, il ne bougeait même pas dans un tel bain rouge ?
Comme ce jour où on m'arracha ce petit chien à bascule dont la paille crasseuse sortait des oreilles, mais sur lequel on me laissait sucer mon pouce. Pourquoi soudain m'oter ce plaisir qui n'avait aucune raison de s'arrêter ? J'en ai battu ma Maman.
Un jour, mon Papa était chargé de ma toilette. Il me faisait mal au museau avec ses gestes inhabitués. Maman devait être malade, ce jour ? Je découvrais alors que j'avais un Papa.
Et puis on devient intelligent, un peu...
Je m'enfermais en gémissant à l'heure du cours de piscine, pour ne pas voir cet abruti de Monsieur Blanchard. Lui, le maître nageur : premier cours, tu te tiens au bout de la barre, et je te fais toucher le fond des 2 mètres. Super. Mais pourquoi retirer la perche, et me laisser boire toute l'eau ? Tu sais bien qu'on ne remonte pas si vite quand on est tout au fond la toute toute première fois.. Le premier stress, la grande appréhension. Apprendre à ruser ? Les prétextes marchaient pour éviter l'épreuve, et les dix tickets de cours dépensés, je ne savais donc pas nager. Penser à la piscine me faisait remonter cette odeur de chlore du premier jour. J'en suis encore migraineux.
Mon Papa aimait faire son petit tour le Jeudi matin, en mission, voir la blanchisseuse et la boulangère. J'aimais lui donner la main, choisir les pains en chocolat. Et puis, en haut de la Haubette (le lieu au nom magique, tout au bout de la ville), à la petite librairie, acheter mon Mickey avec l'oncle Piscou. Mais bien plus que tout autre, mon Pif, avec ces pifitos qui n'ont jamais voulu sauter. J'inventais même qu'il y avait dans tous les numéros, mon héros favori, le Rhan, comme me disait mon Papa, avec son collier de crocs. Si je lui disais qu'il s'appelait Rahan, en fait, peut-être qu'il regarderait et qu'il verrait que c'est la semaine du Corto Maltese indigeste...Et, puis, pourquoi ne m'a-t-il donc jamais dit que Piscou était en fait Picsou ? Un Papa sait tout, non ?
Ma Maman, la ville , c'était l'expédition. Il fallait être tiré à quatre épingles. Il importait d'acheter au plus juste, la meilleure paire de chaussures en cuir, celle qui me lacérerait la cheville. Les pantalons classiques « mon fils il n'aime que du classique ». J'avais fini par la croire. Il faut dire qu'en jeans, je n'aurais pas fait « enfant du directeur de l'école» Cela ne m'a pas empêché de me faire tabasser par de sales gosses pour payer un zéro pointé... En rentrant, il fallait monter les trop hautes marches du bus. Le receveur faisait tourner la machine à rouleau de petits tickets qui se pliaient comme de petits accordéons, et j'apprenais par cœur ces mots insensés : Quatre sections s'il vous plait Monsieur, terminus. J'appréhendais de manquer ... le dernier arrêt.
Finalement, l'école primaire , ce ne sont que quelques bribes qui restent comme ma pauvre mémoire des leçons et des poèmes. Mais je me souviens qu'Henri IV fut un bon roi avec de la dentelle autour du cou. Et puis, quand je pus m'asseoir à côté de Marie Pierre Rochette, la meilleure de la classe, mon grand amour était né. Nathalie Mareigner, et Béatrice Nicolas pourraient jouer aux prétendantes. J'aimais aussi Yasmina Aït Yaya. Mais je ne sais pas pourquoi, elle n'avait pas la faveur chez moi. Moi, j'avais envie de la défendre. J'en ai toujours gardé l'esprit de soutien au plus malheureux. Je n'ai jamais compris pourquoi tant de gens aiment à encourager le plus fort. Ce n'est pas lui qui en a le plus besoin. Ce plus fort, il ne te remarquerait même pas du haut de sa splendeur.
Les filles, je les retrouvais déjà près du préau à six ans, car les voyous n'aimaient pas intégrer le petit garçon au pantalon aux plis droits. Je devais dépoussiérer les traces de semelles sur mes fesses. Les filles étaient douces avec moi. J'étais un petit peu leur petit roi. Elles, les fortes de la classe, elles étaient un peu ma petite cour. J'y développais mon côté féminin. Quelquefois, j'aurais aimé être comme elles, jouer aux poupées avec des mots doux, et nous parler à demi mots.
Je n'avais pas d'ami. J'étais toujours assis à côté d'une fille. Je n'étais pas vraiment à l'école : j'arrivais plus tôt que les autres, restait dans la remise qui sentait l'encre et les buvards avec Hélène Boucher, ces buvards que je couvrais de baisers, pour cette fée disparue sans que je la connaisse, mystérieuse légende que j'aimais secrètement plus que ma maman..
Puis, l'école , c'était tout pour moi. Le jour où je finis premier ex æquo avec Marie Pierre, avant de la dépasser pour toujours, je poussai un cri, gagnais le droit de choisir le premier manuel des castors juniors, dont le premier lance-pierre allait rapidement avoir raison du carreau du voisin. Je crois que mon amour n'était soudainement déjà plus qu'un premier amour d'enfant, la première pierre mystérieuse de ma vie, ma première Marie.
Le soir, il y avait l'étude. Je voyais Maman, puis Papa corriger les copies. Je les admirais, eux qui savaient tant de choses, et qui avaient tous ces enfants qui les écoutaient. Ma Maman, c'est la maitresse, mon Papa c'est le maitre. J'étais fier.
Ils y ont donné leur vie et leur passion, ont refusé les maths modernes, y ont laissé leur droit aux palmes. Le jour du centenaire de l'école, ils étaient en grandes pompes. Tout ce monde venant voir l'école de mon Papa, donc mon école.
Aujourd'hui, l'école est rasée. Une nouvelle en est née un peu plus loin. Ils n'ont même pas été invités. Orgueil et lâcheté du temps qui passe, enterrant dans l'oubli les batisseurs de ce que nous sommes devenus. Ils doivent pleurer au fond d'eux-mêmes, derrière la façade des vieux, attendant leur heure paisiblement comme dans une chanson belge au rythme d'un oui et d'un non.
Mais l'aventure (et peut-être ce qui m'a amené aux affaires), ce fut le Radar. Le Radar, ce serait une supérette, mais on appelait cela le supermarché, bien avant la naissance de son grand concurrent, le GEM. Cela était pour mes parents la grande sortie hebdomadaire, de longues minutes à choisir entre des boites de conserve de même taille, mais où un « vingt pour cent gratuit » allait emporter la décision. Le jour de l'ouverture, il y avait un charriot gratuit toutes les dix minutes. Les gens se croyaient aux autos tamponneuses. C'était une grande fête, une grande effervescence. Moi, je restai émerveillé par les boîtes de toutes formes, les marques et les mots. Alors je me perdais toujours. Il fallait m'organiser, faire les douze allées une par une, pour retrouver ceux qui m'avaient oublié. Un jour, ils l'ont vraiment fait. Et ils n'ont jamais accepté de le reconnaître. Les larmes m'en piquent encore les yeux. Et pourtant, on a prononcé le nom de mon Papa au haut parleur, comme à la kermesse. Ce jour je compris que l'avenir ne serait pas toujours avec quelqu'un derrière moi.
L'amour de l'enfant, on l'oublie car l'adolescence dresse des murs tenaces. On ne s'en rend compte quand il est déjà trop tard, quand on s'aperçoit qu'on ne rattrappera plus le temps perdu. Alors, on est soi-même devenu un Papa, et on se souvient à travers les regards de son propre enfant.
On n'ose plus dire merci, on ne sait pas comment prendre un Papa ou une Maman dans ses bras. Et pourtant, mon père est passé si près de la mort, que le miracle d'avoir pu le tenir serré dans mes bras encore une fois m'a gravé une empreinte pour toujours. Je sens à tout moment sa peau ridée, son souffle fatigué, et sa voix qui n'a pas bougé. Comme s'il était né à nouveau, à quatre-vingt quatre ans. Comme si j'avais tenu mon bébé dans mes bras, ému comme un tout petit con.
Je me souviens des vacances que chaque année à Pâques et en Eté, vous nous offriez, à tous les cinq. Le départ à une heure trente du matin, après une courte nuit d'excitation, les yeux comme deux soucoupes dans le noir. Les valises dans le coffre, un dernier coup d'aspirateur pour retrouver une maison propre au retour, puis le demi tour pour le parapluie oublié, et enfin le ronronnement régulier de la Fidèle Peugeot familiale. L'arrêt en sursaut, dans l'odeur de l'essence d'une station service, refuge de la nuit, où les gens se montraient leurs yeux cernés devant un café, puis le pipi obligatoire. En fait, neuf-cent-soixante-et-un kilomètres se faisaient d'une traite, et après les bagarres entre frères, la fessée et les pleurs, le silence devenait de rigueur. Il fallait dire merci Papa.
Mais le bonheur de la Mer Méditerranée, les crissements des insectes invisibles dans les arbres, le sable fin et la chaleur cuisante éveillaient mes sens. Les parties de manille, ou de belotte, où je finissais par gagner sans que l'on me laisse le deviner. Les devoirs de vacances, mon rejet instantané en période estivale. Mais apprendre à lire, avant de rentrer à la grande école, ce grand jour où le directeur, Papa, allait prononcer mon nom qui est le sien, et je rejoindrais alors ma rangée pour rentrer dans ma classe.
Pour changer, c'était Menton, avec des petits déjeuner au pain blond et aux petits carrés frais. Ce fut aussi Nozeroy, ou les cloches des troupeaux de vaches parcourant le village se mélaient au son de celles de l'église voisine.
Les instituteurs ont les vacances, ces chanceux, et n'ont pas l'argent à dépenser pendant celles-ci. Ils sont sujets à polémique pour tous ceux qui ont la langue bien pendue. Mais mon souvenir, c'était mes Papa et Maman. Leur métier m'était indifférent. L'école, ce lieu ailleurs, pour moi, c'était le prolongement de ma maison. Comme ça, ils pouvaient se sentir toujours proche de moi.
J'étais né un quinze Septembre, le jour de la rentrée, pour mieux les accompagner.
A dix ans, mon Papa a été opéré. J'étais alors dans sa classe. Un remplaçant est venu. Il nous a fait faire une maquette d'avion. J'appris alors à apprendre tout seul, et à faire tout moi-même. Ma première création. Il n'a jamais volé, mon avion, mais je pouvais y mettre quelque chose dedans, et y jouer encore et encore. Mes camarades avaient compris le modélisme, et leurs avions faisaient même des figures, mais le mien avait un cœur. Je pouvais y glisser dedans les personnages de mes rêves, et les faire dominer le monde, tenant l'engin dans ma main, avec le ronronnement de ma voix, si loin des glissements dans l'air de leurs avions-fantômes.
Publié par josee à 11:17:38 dans SINCERITE | Commentaires (8) | Permaliens
Pascal du blog THOUGHTS FROM THE HEART qui a connu Sincerité par hasard m'a fait une proposition sur son blog que j'ai accepté avec plaisir. Donc aprés vous avoir expliqué le principe nous posterons nos premiers brins de vie de la petite enfance. Merci à toi PASCAL.
(Ce qu'a posté Pascal chez lui.)
Les Temps Modernes.
Publié par josee à 21:50:16 dans SINCERITE | Commentaires (7) | Permaliens
Le droit d'exister
Le temps n'est pas rempli de ce qu'on y met. Mon temps se remplit par l'attention que je lui porte... par le goût que j'en prends parce que je le considère parce que je me considère parce que je me suis restitué LE DROIT D'EXISTER.
Publié par josee à 13:48:42 dans SINCERITE | Commentaires (4) | Permaliens
Quelque part ailleurs a des milliers de Kilometres de France....
La distance est-elle un obstacle pour connaitre une personne, l'apprécier et qui sait devenir amis et confidents? Non je ne pense pas, que se soit un probleme! Les coeurs qui se reconnaissent ne se laisseront pas géner par la distance pour communiquer, et exprimer ce qu'ils ressentent. Pascal je suis d'accord avec toi : il était une fois deux personnes qui ne se connaissaient pas... et un jour au détour d'un clic de souris, elles se rencontrent et quelque chose se passe! On se rend compte qu'on ressent certaines chose de la même façon que l'autre, en lisant ce qu'il a écrit. Et tu me disais dans ton billet, : par quel hasard et par quelle magie deux êtres vont se rencontrer...En fait je ne crois pas au hasard Pascal, mais aux rencontres déjà écrites. Combien il est important de faire des rencontres, non seulement virtuelles mais réelles bien sûr. Mais lorsqu'elles sont virtuelles,en sont-elles moins authentiques, et sinceres, que celles de la réalités? Non je suis certaine que non! Les mots ne peuvent-ils pas être aussi vrais et remplis d' émotions lorsqu'ils sont écrits, autant que lorsqu'ils sont prononcés de vive voix? Moi je pense plutôt que les mots écrits peuvent être non seulement aussi sinceres mais encore plus forts que des mots prononcés. Parce qu'écrire c'est aussi se dévoiler davantage même inconsciement. Je remercie Pascal, de ton post et je sais qu'on trouveras le temps et le moment de mieux se connaitre, pour une belle amitié, si loin mais si proches en meme temps! Je t'embrasse...
Publié par josee à 21:00:30 dans SINCERITE | Commentaires (14) | Permaliens
Toi et moi c'est comme le volcan et la lave en fusion
Comme les éclairs et le tonnerre
Comme la tempête et l'ouragan
C'est comme le vertige qu'on ressent au bord du vide.
Toi et moi c'est comme l'écume des vagues
Comme la tiédeur d'un soir doré d'été
Comme la source d'eau pure qui doucement s'écoule
C'est comme l'arc-en-ciel après le mauvais temps.
Publié par josee à 10:13:43 dans SINCERITE | Commentaires (14) | Permaliens
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