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Sincérité II

La sincérité est la perle qui se forme dans la coquille du coeur

Trois ans pour une vie | 14 novembre 2006

 1978-1980 : trois ans pour une vie (Suite de la vie de Pascal)



 


Cette rentrée avait quelque part un goût de déjà vu. Mais beaucoup de nouvelles têtes constituaient un paysage inattendu : c'était comme un matin où l'on se demande si la journée d'hier avait bien existé. La traversée de la ville, ces vingt minutes avec ce cyclomoteur vieillissant, que je devais supporter jusqu'à sa ruine! Il ne dépasserait jamais le quarante-cinq kilomètres à l'heure, laissé sur place par les Ciao des filles, ou les Bleues des durs, ceux qui saluaient les vrais motards en levant la main comme des indiens. J'allais vite apprendre à faire un arrêt sur le chemin, pour d'interminables parties de baby-foot. Rapidement, cela devenait une routine, le midi à la sortie du lycée, avant de partir déjeuner.

Je n'étais pas le meilleur, mais je permettais aux parties de durer. J'apprenais que le score n'était pas si important. Mais le fait que nous puissions jouer longtemps permettait au temps de se s'arrêter, et de me laisser savourer le bonheur d'avoir de nouveaux amis. Ils s'appelaient Frédéric et Hervé. Je crois que le baby a été notre ciment. Eux, ils étaient plutôt forts en maths et en physique, moi, plutôt en langues et en français. Ils tentaient de m'expliquer ce que je ne savais pas faire. Je me sentais l'air stupide de dire que je n'avais toujours pas compris ce qui leur paraissait simple. Il n'y avait rien à faire. J'étais hermétique. Les quelques centaines de mètres qui nous séparaient du café étaient un doux moment, où mes camarades marchaient au même rythme que moi.

Je pouvais être moi-même, me sentir accepté comme tel, malgré mon visage défiguré qui aurait mérité de me voir apparaître au musée des horreurs. Petit à petit, je sentais mon amitié pour Claude se dissiper. Il restait à l'écart, et n'était pas accepté par mes deux nouveaux partenaires de jeu. Nous nous asseyions ensemble dans des cours, mais je devenais un peu un modèle qu'il suivait de plus en plus loin. Je n'osais pas dire du mal de lui, mais je ne savais plus le défendre en parole auprès de ceux qui reprochaient son style, son manque de sociabilité. Je le délaissais, puisque j'avais trouvé moi-même à être enfin accepté par autrui. Mais, au fond, cela me faisait mal, et nous continuions à nous voir le samedi. Il avait redoublé, lui aussi, comme par hasard. Nous nous retrouvions dans la joie de l'étude des sciences naturelles. Nous potassions tellement que nous arrivions facilement à prendre en défaut le professeur. Il faut dire qu'elle notait au delà de 20, et nous aimions tester jusqu'où elle irait. J'étais toujours aussi féru de géologie. Mais je me trouvais ridiculisé le jour où je pris un cristal de sucre pour un gypse...
Mon univers était très scolaire. Même les avant ou après cours tournaient autour des formules de chimie ou des démonstrations de formules.

Je ne peux pas dire que cela me passionnait, mais j'avais compris, et pour toujours, qu'il convient de briller là où on est fort, pour parer à ses faiblesses ailleurs.
J'allais donc me sentir exploser dans le monde de l'imaginaire à travers les dissertations imposées par le professeur de français, Guy Cadoux. Ce serait mon second Bac français, 19 et 17 ! J'allais même explorer « Les Vieux » au delà du sens qu'aurait imaginé son artiste. Cadoux, c'était une révélation. Parfois, ses cours devenaient un échange entre nous deux, devant une classe inerte comme un banc de témoins. Sa remise des copies gardait la mienne pour le dernier carré. Mes mots étaient répétés devant mes camarades. Il n'y avait pas de « fayot » qui s'élevait, non, il semblait que mes pensées alimentaient un débat, donnaient un autre regard, comme le jour où devant tous mes camarades médusés, je lâchais « la vérité » à la question sur la recherche de l'Homme. Cette relation était passionnelle. Mon cœur battait, assoiffé de ce que j'allais apprendre à chaque heure.Un jour, nous nous étions même fâchés, car j'avais remballé mes affaires avant la fin.

Il m'avait donc mis à la porte. J'en ai eu le cœur serré. Je venais donc m'excuser au début du cours suivant... mais c'est lui qui s ‘est excusé pour son emportement. Je compris donc la valeur d'une relation exceptionnelle entre un professeur et certains élèves.
Mes deux camarades étaient beaux. Ils s'habillaient avec soin. Leurs parents étaient des gens importants. Je ne connaissais que la profession d'instituteur, en observant mes parents corriger des copies le soir. Leurs pères respectifs semblaient être dans les affaires. Ils me parlaient d'une voix grave et assurée, comme celle des gens qui dirigent les autres. J'allais en garder pour toujours cette sensation de n'être qu'un petit garçon qui évolue dans un monde qui n'est pas le sien. Frédéric et Hervé avaient du succès auprès des filles. Je n'étais pas jaloux, car je n'étais rarement un cœur esseulé, mais je trouvais que les jeunes filles allaient plus facilement vers eux : ils avaient un sourire opportuniste, des mots impressionnants d'effet, et une attitude bien naturelle des gens qui ont l'air toujours à l'aise dans leur peau. Les samedis, c'était le temps des boums, dans des garages sentant l'huile, sous des boules-miroirs et des spots-cent-watts qui faisaient croire à une installation de discothèque à la mode. Ils « cartonnaient » ou bien décidaient des filles qu'ils se promettaient de « tomber ».

J'étais un peu en retrait, avec mon visage qui ne laissait même pas une aire plate pour permettre aux moustiques de se poser. Alors, quelque part, je les regardais, en m'imaginant un peu à leur place. Mais j'aimais tant les instants où ils venaient me retrouver pour me parler, ou bien quand nous partions , pour aller chez l'un ou chez l'autre, écouter un Dire Straits insipide, qu'il fallait trouver bien pour être dans le coup. Ou bien jouer d'une guitare imaginaire au son d'un ACDC, ou bien encore nous planter pendant deux heures devant Jimmy Connors. Nous en avons même essayé de jouer au tennis. Mais ma prédilection était plutôt pour le ping pong : depuis que j'avais battu mon frère à l'âge de treize ans, après un acharnement de vingt-cinq matches, je pensais que les jours de Secrétin étaient comptés. Mais je pense que le tennis signifiait un certain statut, un sport pas encore pour tous. Une distinction. Pas comme cette petite balle de celluloïd qui ne va jamais où l'on veut. C'était un peu dur pour moi.

L'amitié entre des gens de même sexe, pouvoir ressentir que l'on peut être soi-même parmi ses pairs, avait été ma première révélation de cette année.L'amitié entre gens d'un sexe différent, que l'on dit impossible allait aussi exister pour moi. Je ne sais pas comment les premiers échanges de mots ont pris place avec Véronique, mais je sais que nous nous sommes très vite trouvé un mutuel besoin, celui de nous écouter réciproquement. A cette époque, je dessinais des petits lions partout sur les tables de mes classes, et le stylo gravait dans le bois des dialogues avec des inconnus. Un jour, une petite coccinelle avait échangé des mots tendres, mais la rencontre qui advient fut finale... Véro, elle était toute petite et complexée. Son copain, lui était très grand. Mais, on osait tout se dire, à tout moment. Comme un « chat » des temps modernes. On parlait même de comment « faire la chose ». J'avais du mal à suivre la chronologie de ses amours, mais j'aimais cette atmosphère de confidence et de confiance. Nous n'avions aucune limite, avec un respect mutuel si profond. Cinquante fois, ma mère lui avait demandé si nous étions des petits amis, à nous enfermer des heures dans ma chambre. Nous rions d'une réponse commune. Nous étions notre Gonzague Saint Bris sans radio. Elle ne s'était jamais moquée de mes boutons, comme si nos échanges franchissaient directement la surface de note peau. Nous n'étions pas attirés physiquement l'un pour l'autre. Nous avions dit que si à cinquante ans, nous n'avions pas trouvé l'âme sœur, nous nous marierons.

Nous aimions nous appeler, avec le téléphone dont on tournait encore le cadran. Mes parents ne pouvaient comprendre qu'un appel à minuit où à deux heures puisse se faire sans désir. Et puis Véronique allait devenir la copine de Frédéric. J'allais devenir un confident des deux côtés, une situation inattendue qui attira mon attention sur les confessionnaux des églises.
Le temps passait, Nous avions donc trouvé notre quatrième pour jouer au baby foot. Une bonne humeur et une fraîcheur de vivre s'étaient emparées de nous, comme dans un vieux Jules et Jim. Le rythme des cours s'intensifiait, Notre esprit se reprenait. Nous nous retrouvions pour nous expliquer tel ou tel passage de cours incompris. Nous donnions de l'importance à nos notes, par rapport aux autres.Et comme une destinée qui allait prendre ancrage, l'émotion allait prendre une place primordiale dans ma vie. Un jour de pluie battante, un ange apparut dans ma vie.

Elle s'appelait Sandrine Robe. Deux visages remontèrent comme dans un plan de Doillon, deux regards se découvrirent. En face de moi, un sourire simple. Je n'étais plus un enfant, ni un simple ado, lequel avait été déclaré apte quelques temps plus tôt. Mais mon cœur s'est instantanément mis à battre et à se sentir inondé d'une vague rouge qui allait se propager à travers toute l'étendue de mon corps. Normalement, elle aurait dû se retrouver assise derrière une 125. J'en aurais eu honte de mon Flash rouillé. Pourquoi donner de l'importance à ces détails matériels ? Peu lui importait. Son cœur battait aussi pour moi. Sa beauté la suivait depuis longtemps. Ma mère aurait dit que ce n'était pas une première main. Mes semaines n'existaient plus que par les mercredi et samedi après-midi, où elle me rejoignait. Je n'avais pas de talent pour offrir un programme varié à celle qui m'honorait de son choix. Je pensais que nos retrouvailles seraient les moments les plus magiques qui pourraient se produire. Nous nous enfermions des heures  jusqu'à la nuit tombante. Ma mère avait tenté de mettre un frein, mais je pense qu'elle a fini par simplement se résoudre à lui parler de choses de femmes, ou bien elle comprenait que je ne devais plus être moi-même. Je manquais de maturité, mais mes sens allaient apprendre à s'éveiller dans ce corps magique, où je sentais mon cœur vibrer à chaque touche.
Je buvais ses paroles comme celle d'une fée qui ne pouvait que me donner le bien.Un autre jour de pluie, sous le portique d'entrée du lycée, elle me remit un poème.

Je n'avais rien senti venir. Ses mots de rupture, pour une différence de futur qu'elle n'aurait su imaginer en commun à cet âge, et que je n'avais pu sentir, enfermé dans mon être et mon petit monde scolaire. Quelques jours plus tard, elle quittait l'école. Elle quittait la ville. Elle disparaissait de mes jours à tout jamais, laissant mon être brisé et mon visage pleurant chaudement. J'essayais de faire bonne figure auprès de mes camarades, et je ne devrais certainement pas rester longtemps sans petite copine. Mais mon cœur ne l'oublierait jamais, personne ne la remplacerait. Je comprendrais que la vie peut comporter beaucoup de connaissances, mais le vrai amour a ses causes qui restent des mystères éternels. J'ai souvent rêvé de toi, comme si, même après de nombreuses années, ton souvenir était intact. Tes mots , tes douceurs, et l'initiation amoureuse que tu m'avais donné, allaient rester des émotions qui influenceraient ma personne à jamais, comme si je devais un jour te retrouver, mon si doux premier amour. La sensualité des baisers que je donnerai à d'autres serait toujours celle de ceux que tu avais laissé gravé à jamais en mon être.
Cet été là, j'allais être moniteur dans une colonie de garçons, à Villars de Lans.

J'allais appendre à comprendre les enfants. Et je pouvais réaliser le temps qui modèle les êtres. Puis, j'avais donné rendez-vous à Claude, pour passer des vacances à Leucate, sur les plages de mes souvenirs d'enfance. Nous allions pouvoir faire un point sur notre amitié, et ressentir que celle-ci tient parfois plus par son histoire que par son futur. Mais nous restions bons compères, à la veille de l'année de terminale.
Celle-ci était celle de mes dix-huit ans, la majorité de vote, celle où l'on se rend compte que nous ne faisons pas encore la société par nos pensées et nos mains, mais lui offrons plutôt notre ignorance. Cette année du Bac allait être studieuse. Nous préparions l'examen à plusieurs, à nous interroger et à combler nos lacunes. Nos cœurs étaient en berne : Frédéric avait rompu de sa Véro, Hervé avait été quitté par sa championne de France d'athlétisme, et je ne pouvais remplacer ce cœur qui n'avait pu imaginer m'accompagner pour toujours.

C'était comme la dernière partie d'un film, qui passe plus vite que le début, par épuisement du sujet et nécessité de trouver un épilogue..
Nous avions fait nos choix d'avenir : ils feraient Maths Sup. pour être ingénieurs. Moi, j'aurais bien aimé être géologue peut être, mais il faudrait suivre la même filière mathématique. Mes parents me conseillaient l'IUT : mon frère avait réussi, il était cheminot. Alors, me dis-je, pourquoi pas les affaires, et devenir un vagabond bourlingueur, faire du commerce international, pour pouvoir enfin voyager. J'allais prendre une grande décision, entre maths sup. et la classe préparatoire à HEC, qui me vaudrait également l'horreur de douze heures hebdomadaires de cette matière qui s'acharnait décidément contre moi. La pièce de monnaie s'envola dans l'espace, devant les yeux éberlués de mes camarades. Elle retomba sur face. Mon avenir était scellé. A moi le monde ! Tu n'y arriveras pas, me dit ma mère. Ma vie serait pour toujours celle des voies les moins simples. Toujours je devrais me battre...Mais à dix-huit ans, ma voie était tracée. Qu'est-ce qui pourrait bien la dévier ? Le monde des affaires est celui où l'on doit enterrer les émotions, où la sincérité ne fait pas toujours recette. J'avais décidé de rejoindre un monde tout nouveau pour ma famille, un monde qui ne me correspondait pas. Je repenserai souvent à ces enfants de colo, dont le destin se lisait parfois sur leur visageJe n'oublierai pas cette jeune fille trop belle pour moi, qui m'a laissé pour une destinée qui n'aurait sans doute pas pu être la sienne... Je rêverai pourtant souvent de ce futur qu'elle m'a refusé, ma main trop jeune dans la chaleur de la sienne.Je fixais mon regard sur cet horizon impalpable dont ma vie allait être faite.Oui, la vie commençait.

Publié par josee à 08:59:50 dans SINCERITE | Commentaires (4) |

Y a trop de gens qui t'aime | 09 novembre 2006

 Y a trop de gens qui t'aiment.....Chanson interprétée par H.Ségara.


 


Je te regarde parler avec les gens
Tu me sembles si léger même transparent
J'regarde passer les jours, la vie en me disant
Je n'cherche pas l'amour, je m'y attends
J'te regarde t'amuser et je fais semblant
Mais je n'peux pas t'empêcher d'être un enfant
Toi tu fais de grands gestes, tu as l'air si content
Tu vois des fois j'déteste ce que je ressens

Il y a trop de gens qui t'aiment
Et tu ne me vois pas
Je ne sortirai pas indemne
De cet amour avec toi
Il y a trop de gens qui t'aiment
Qui tournent autour de toi
Tous les mots d'amour
Que je sème tu ne les entends pas

J'me sens si loin de toi à des moments
Je n'voudrais pas qu'tu crois que je t'attends
J'me force à espérer, mais je me mens
Alors je te regarde t'éloigner tout doucement

Il y a trop de gens qui t'aiment
Et tu ne me vois pas
Je ne sortirai pas indemne
De cet amour avec toi
Il y a trop de gens qui t'aiment
Qui tournent autour de toi
Et moi évidemment,
Je t'aime à mes dépends

Il y a trop de gens qui t'aiment
Et tu ne me vois pas
Je ne sortirai pas indemne
D'cet amour avec toi
Il y a trop de gens qui t'aiment
Et tu ne vois même pas
Qu'c'est à cause de toi
Que je mène chaque jour ce drôle de combat

Il y a trop de gens qui t'aiment
Et tu ne vois même pas
Qu'c'est à cause de toi
que je mène chaque jour ce drôle de combat

Publié par josee à 19:17:35 dans SINCERITE | Commentaires (6) |

Les Années Lycée | 30 octobre 2006


1980-1982 Au lycée de Provence
 
Septembre 1980, je fais mon entrée au LEP. Je vais y suivre pendant deux ans un BEP de secrétariat et comptabilité. Je ne suis pas très enchantée de me retrouver là, mais je me promets de tout faire pour avoir mon BEP.


Je viens d'avoir 17 ans, mes problèmes de dos sont derrière moi, et j'ai encore beaucoup changé physiquement. Je ne suis plus la petite chenille gauche et peu sûre d'elle. J'étais devenu un papillon qui ne demandait qu'à déployer ses ailes pour s'envoler. Je me sentais bien dans mon corps, je me trouvais enfin jolie, et je remarquais que les garçons se retournaient enfin sur mon passage. J'étais enfin comme les autres, une jeune fille qu'on remarquait. Mais le petit papillon que j'étais ne savait pas encore qu'au jeu de l'amour il allait se brûler les ailes...


 Je me faisais tout de suite des amis, aussi bien filles que garçons, mais curieusement j'oubliais la plupart de leurs prénoms, sauf ma chère Martine, qui m'avait suivie, et Véronique, avec qui je suis toujours en contact aujourd'hui. Il y avait aussi Marie-Thérèse, Pascal, et Alexandre. Nous étions toujours ensemble, à nous raconter nos petites histoires, à refaire le monde. Le matin, avant d'aller au lycée, nous nous rejoignions au petit bar du coin pour boire un café, les autres fumaient déjà, moi pas encore. Je n'ai commencé que l'année d'après, si mes souvenirs sont bons. J'attendais mes dix-huit ans. Nos discussions portaient aussi sur les histoires entre filles et les garçons, bien entendu, et que de larmes et de chagrins d'amour nous nous sommes consolés mutuellement. Moi je n'ai pas été amoureuse cette année, là, toujours aussi peu intéressée par les garçons de mon âge, même si mes rapports avec eux avaient beaucoup changé.
                                                    
Les cours se passaient relativement bien, sauf en compta ou il régnait un chahut presque permanent et la pauvre prof de compta, qui n'arrivait pas à se faire entendre, était souvent obligée d'aller chercher l'aide du proviseur, pour que le calme règne de nouveau dans sa classe. Je dois avouer, que je n'ai jamais compris grand-chose à là comptabilité, aux bilans et aux balances. Plus tard j'ai du en refaire en même temps qu'une formation et j'ai vraiment apprécié de pouvoir enfin y comprendre quelque chose.

Je rentrais souvent le midi à la maison pour le déjeuner! Sinon avec ma copine Véro, on allait déjeuner ensemble dans le petit café d'à coté. On discutait souvent de ce que serait notre avenir de futur secrétaire, comment ça se passerait, et si on tomberait avec un "gentil" patron! Toutes ces questions sur l'avenir me faisaient peur et surtout me faisaient comprendre que j'avais raté quelque chose. Je m'en rendrais compte bien plus tard, trop tard malheureusement.
 
La Prof de Français était géniale, et comme c'était toujours la matière dans laquelle j'avais le plus de facilité, j'eus de bons résultats. Et je me remis à écrire des poèmes, sauf que je les écrivais pendant les cours, soit d'économie, soit de dessin. Heureusement pour moi je ne me suis jamais faite attraper. La première année s'acheva, et j'en gardais un très bon souvenir. On se fit les adieux jusqu'à  l'année prochaine, se promettant de se voir pendant les vacances d'été...Ces vacances là furent pour moi, inoubliables. Je passais beaucoup de temps à la plage, avec mes amies et on étaient super bien bronzées. On rencontrait de beaux garçons et des histoires d'amour sont nées. Moi il s'appelait, Romain, il était plus âgé que moi, 22 ans, et il sortait en boite, régulièrement. Mes parents, ne voulaient pas que j'y aille, et à 17 ans je n'étais pas majeure. Alors j'ai du mentir à mes parents et j'allais danser avec Romain.  Nous vécûmes une très belle histoire d'été, mais il me quitta pour une fille plus âgée que moi, qui pouvait lui donner ce que moi je ne pouvais pas, ou plutôt que je ne voulais pas. Mon cœur en fut brisé une fois de plus.
 
Ma deuxième année, fut stressante parce que le BEP était à la clé. Mais je n'avais pas la motivation nécessaire, cette année là. J'étais ailleurs pendant les cours, continuant d'écrire des poèmes et des histoires pour enfants ! Et puis j'étais triste car mon amie Martine nous avait quitté pour aller passer un concours pour l'école d'auxiliaire puéricultrice. Elle l'a réussi et est partie deux ans à Nice loin de moi. La séparation pour moi fut difficile, on était amies depuis la  5eme, et elle allait beaucoup me manquer. Heureusement Véro était la, et on passait de bon moment ensemble. Puis avec mon autre amie, une autre Martine, celle de ma petite enfance, que je continuais à voir en dehors du lycée, on sortait pas mal ensemble et on se racontait nos rêves, nos espoirs pour l'avenir. Et moi je rêvais toujours de contes de fées, de prince et de cheval blanc. Je voulais me marier et avoir beaucoup d'enfants!  J'allais avoir mes dix huit ans ce 31 décembre 1981. Et comptais bien fêter ça dignement. Ce fut un anniversaire important puisque je devenais majeure ! J'allais pouvoir voter, et apprendre à conduire ! Mes parents ne me considéreraient plus comme une petite fille !et utopiquement c'est ce que je croyais. Mais nous restons très longtemps un enfant dans le cœur de nos parents n'est-ce pas ? J'abordais donc avec sérénité cette majorité tant attendue, qui au final n'allait pas changer ma vie. Mais j'appréhendais malgré moi de quitter le lycée, et de devoir affronter le monde des adultes, moi la petite fille que j'étais encore, qui inconsciemment refusais de grandir.
 
Je fus par contre entièrement libre de sortir quand je le voulais, et j'en ai bien profité, ça je dois le dire. Les sorties en boite, le bowling, les soirées chez mon amie Martine (de la petite enfance) quand ses parents partaient en vacances. On avait la maison pour nous toutes seules et que de bons moments on y a passé. C'est cette année la que j'ai fumé ma première cigarette en cachette bien évidement de mes parents ! J'ai continué pendant presque 8 ans, mais je fumais très peu, et j'ai arête pendant plusieurs mois, et même pendant plus d'un an si mes souvenirs sont bons. Mais j'ai stoppé définitivement l'année de mes trente ans.

Et puis avec cette même  Martine on s'était inscrites dans un club de randonnée, et tous les dimanches, nous partions rejoindre le groupe pour des journées de marche dans la nature ! C'était génial, l'ambiance super bonne. On a à fait des kilomètres à pieds, sous le soleil, sous la pluie. Je n'oublierai jamais les calanques, les parcours épuisants parfois, mais si riches en émotions et en amitié. J'ai connu un homme plus âgé que moi, pendant ses randonnées. On s'est plus, on s'est fréquentés, mais je ne me doutais pas combien il allait bouleverser ma vie...
 
L'année se termina et malgré toute ma bonne volonté pour réussir mon examen, j'échouais, à très peu de choses prés. J'en ai été déçue, mais en même temps je savais que je n'avais pas suffisamment travaillé pour. Je quittais donc le monde de l'enseignement, et celui du travail me réserverait bien des soucis à venir.

Publié par josee à 08:47:05 dans SINCERITE | Commentaires (8) |

Les Années Lycee | 21 octobre 2006

Les années Lycee: Pascal


1976-1977 Coeur insensible



La grande rentrée arrivait. L'orientation de ma vie : une seconde A, B ou C, quel aiguillage pour l'avenir ? Mon esprit vagabond se serait bien vu en A, parmi ces gens qui peignent ou aiment disserter sur tout, et qui n'ont pas à faire tant de maths. Mon frère avait fait A. Et puis il serait instituteur. Il avait toujours l'air d'être l'esprit tranquille, peu d'heures de cours, et beaucoup de rédactions intéressantes à faire. Mais on me disait que les meilleurs étaient en C.



J'étais motivé, certainement trop sérieux déjà. Mon voyage linguistique, que mes parents m'offraient encore une fois avec tant d'encouragements sincères, j'allais cette fois le faire à Londres. Il devrait me donner des forces sur une matière que j'aimais, car je ne me faisais pas d'illusion sur les inéquations qui me donneraient des cauchemars. Les cours étaient intéressants, et on essayait même de nous expliquer les vertus de la monarchie constitutionnelle. Les rencontres que je faisais n'émouvaient pas mes sens. Terre à terre, je développais cette passion pour la minéralogie et les multiples facettes des jolis cristaux colorés. Je commençais aussi à m'intéresser à l'accroche mystérieuse des peintures impressionnistes et surréalistes. Je visitais les galeries et le musée de géologie, avec un même goût pour la diversité. J'allais ratisser la toile complexe du métro, pour découvrir des quartiers inconnus. Je repassais à l'encre bleue mon parcours sur le plan de la ville, éliminant petit à petit toute zone inconnue. C'était la première fois que j'avais ainsi organisé mon temps pour satisfaire ma soif de curiosité.


Mais j'entrais dans un esprit que je n'avais pas auparavant, un cerveau qui se remplissait de savoir, et où le naturel de l'émotion disparaissait. Je devenais plus éloigné de la vie sociale, de plus en plus narcissique.Mes sorties allaient tourner autour de la minéralogie, pioche et massue à l'épaule, pour taper au dessus de mes forces. Mais je me constituais une petite collection, que j'imposais à mes visiteurs, comme un trésor magnifique, qu'ils devaient trouver bien inerte et éloigné de la vie des adolescents qu'ils étaient.Je rejoignais une association de ma ville, dirigé par un passionné de la première heure, Marc, et je prenais un plaisir immense à partager ma découverte avec des gens qui l'aimaient aussi.


Je me sentais petit, mais j'étais dans la bonne roue, et je commençais à me documenter et à me spécialiser. Tout le monde me voyait devenir géologue. Mais je ne comprenais pas pourquoi les géologues devaient souvent travailler pour les sociétés qui sentent l'essence. Je n'avais qu'une envie : découvrir le monde. Le faire pour de jolis cristaux, cela devrait en valoir la peine. Je ne pouvais comprendre le plaisir de travailler sur un forage. Mais j'aimais ces sorties dans la DS du président, qui me parlait comme à un enfant. Sa femme était toujours malade de le voir conduire comme un ressort trop dur. Mais une fois qu'il était engagé à parler du racisme, alors il devait oublier qu'il avait un volant entre les mains, tellement ses mains s'envolaient...La période scolaire était sans relief.


Quelque part, j'enviais ces garçons de seize ans sur leur Twin Honda, qui avaient l'air si libres dans un monde de paysages d'Easy Rider, avec ces jeunes filles s'aimantant à eux, ou bien ces couples d'ados matures enlacés à la sortie du lycée, à essayer de se piquer leur chewing-gum. Je crois que je n'étais qu'un potache solitaire. Je souffrais déjà en mathématiques. J'irais en D, puisque les sciences me plaisaient. Tant mieux. J'étais isolé, à la recherche d'un style, d'une cigarette, pour ressembler au cow boy de la publicité. J'avais même la langue des Rolling Stones en médaille.


La morosité des jours déteignait sur ma joie de partir en vacances. Mes parents s'efforçaient toujours de m'offrir vacances au printemps et en été. Je ne remarquais même pas ces gestes. Retourner à Rosas, au Risech, mais la nostalgie d'une rencontre qui ne se referait pas ajouterait à mon spleen. Retourner chez Hilary et Malcolm, moi l'adolescent déjà boutonneux, pour « m'enfermer à la campagne », et me sentir encore plus solitaire. J'allais faire mon premier journal. Mon mal d'être, je ne le sentais pas, je le vivais. Mes hôtes ont tout essayé, m'emmener dans des carrières du Durham, ou sur les plages de Whitby. Je m'ennuyais ; je me lassais des toasts, des framboises bouillies à la crème. Et de la mousse gélatine fraise... J'allais ramener dix kilos de minéraux dans ma valise, les pesant dans la crainte d'un surpoids de bagages, qui me créerait un souci démesuré pour mon inexpérience du monde adulte.Deux semaines plus tard, mon frère me dit, à dix heures du soir : « demain, on part en douce, à quatre heures du matin, en Ecosse; on en dit rien aux parents, tu viens ? » Une invitation à l'aventure, un voyage dans l'inconnu, j'ai naturellement dit tout de suite oui. Mais je ne pensais pas que le réveil allait vraiment sonner, et que je m'habillerais alors à la hâte. Ce frère, le plus proche de moi, par l'âge, celui à qui, petit, je donnais la main dans les bois qui me faisaient peur à cause du loup, il m'offrait la fugue et le kidnapping en même temps. Mes parents en ont été inquiets, car nous avions dit à nos autres frères et sœur que nous allions en Espagne, ou bien en Normandie, ou bien en Belgique...


Mais mes parents n'ont pas fait trop de reproches, ou bien ils faisaient confiance à mon frère. Nous remontions la côte Est de l'Angleterre, par Norwich, avant de rejoindre l'Ecosse, ses châteaux, ses pluies battantes et ses lacs gris. Nous campions, les pieds souvent bien humides. Et puis, mon frère, il était content de sa voiture. Une GS, celle qui avait le devant qui montait avant de démarrer. La tenue de route exemplaire des Citroën... En Ecosse, pour refaire une route, on dépose les gravillons, et en roulant, les voitures le font rentrer dans le sol. Mon frère, il aimait les virages en quatrième, mais avec le volant à gauche, on a tendance à rouler très à gauche aussi. Alors, lorsque la voiture s'est retrouvée dans le fossé sur le toit, mon frère, le nez en sang, m'a dit : « tu n'as rien petit frère ? » J'étais touché si fort, non pas blessé, juste si heureux de ces mots. Un frère peut être un lien si fort. Et, à sa façon, il est reparti de l'avant, un peu inconscient : la voiture a été redressée, un pare brise en PVC posé, un pot d'échappement de Ford soudé, et nous repartions trois jours plus tard, sous une totale indifférence, dans un bruit de ferraille inquiétant... Seize ans, la « première ». Année d'ennui total, juste une passion toujours aussi forte pour les minéraux, et puis l'intérêt pour les sciences naturelles. Il y avait même des sessions d'éducation sexuelle, avec autorisation écrite des parents. « Alors, tu es éduqué, maintenant ? » me demanda ma maman.Je me faisais un ami, Claude Mellinger, quelqu'un qui était comme moi très intériorisé. Nous nous retrouvions tous les jours, tous les samedis. Il recherchait des fossiles avec moi, et nous étions très confidents.


Il m'enviait quelque part. Pourtant je ne devais pas inspirer un tel besoin d'identification, moi qui étais si complexé, avec un visage ressemblant à un terrain de labour ravagé par l'acné. Tout traitement se révélait sans effet pour ma peau. Mais nous partagions certainement de mêmes rêves d'ados immatures et introvertis. La vie nous prenait de cours. Nous croyions tout contrôler et décider. Mais nous n'étions que de petites barques ballottées au gré des vagues.Je portais un chapeau de la prohibition, je fumais la pipe à l'amphora, mes cheveux longs suintaient de crasse dans mon cou. J'étais passé au jeans avec des hiéroglyphes disant peace and love. Je les entaillais au canif. Mes T-shirts étaient le reflet de mon total manque de goût. Mon corps difforme sortait de partout, comme un tube de dentifrice mal écrasé.Dans la grande cour du lycée, une jeune fille m'arrêtait souvent pour me faire la bise. Chaque semaine, elle perdait un kilo.


Elle était bien seule. J'avais peur qu'on me voit, qu'une jolie personne de mes rêves imbéciles me prenne pour un nul, et je perdrais alors toute chance de conquérir cette star. Ensuite, j'avais l'impression de faire la bise à un os ambulant. Je crois même l'avoir évitée une fois. Puis elle a été absente plusieurs mois. Je m'en inquiétais une fraction de seconde. Près de trente ans après, je pense souvent à elle. Je ne savais ni son nom, ni sa classe. Me voir un peu avait–il pu lui donner un fil d'espoir ? Elle revint, elle reprit bonne mine, puis disparut de mon monde. Comment peut-on être si impoli, irrespectueux, si distant, un cœur insensible pour des gens qui souffrent, et qui n'ont eu qu'une envie : vous donner un sourire, pour en recevoir un qui pourrait emplir leur cœur. Au plus bas de la nullité prétentieuse d'un adolescent qui ignore tout de la beauté de la relation humaine. J'espère que là où tu es, tu puisses être un ange heureux, dans la paix éternelle.


Sache que, trop tard, bien trop tard, j'ai compris que le handicap ou la souffrance n'empêchent pas un être de cœur de mériter le plus grand des bonheurs.Ma professeur de maths était bien pomponné, sentant la poudre, et elle appuyait sur le bouton de sa montre à quartz pour voir les diodes rouges lui indiquer l'heure. Elle aimait bien donner des cours particuliers à 300 francs de l'heure. Je n'avais pas voulu. Mes parents avaient eu le tact et le respect de m'écouter dans mon refus. Il faut dire que tout ce qu'ils pouvaient me dire serait systématiquement faux et malvenu. Je lui avais aussi donné le surnom, que beaucoup lui donnaient déjà : la salope. Il y a toujours un retour de bâton : elle allait conditionner mon passage en terminale à un examen de mathématiques. J'allais y échouer, totalement paralysé par l'enjeu, et sans la moindre capacité à aborder les problèmes posés selon une quelconque méthode.


Ce fut pour moi un arrêt brutal, le retour sur terre, la prise de conscience que l'on peut tenter de faire impression, mais que chacun a des limites qui le rattrapent, et qui le forceront toujours à devoir se donner plus que ceux qui ont des facilités naturelles.En vacances à Leucate, mes parents avaient eu cette intelligence, qui m'était pourtant totalement étrangère à cet instant, de m'installer en haut de leur bungalow, avec ma porte extérieure individuelle. Ils me laissaient donc le loisir de sortir la nuit à ma guise. Je leur reprochais pourtant d'être trop stricts, alors qu'ils me cédaient tout. Alors, j'errais le long se la plage, à la rencontre d'inconnus. Je me joignais à des groupes de jeunes qui jouaient de la guitare dans les rochers. Je partageais les feux sur la plage, y dormais même. Je découvrais Peter Camenzind et Le Loup des Steppes. Je rêvais de pouvoir aussi chanter et d'aller au delà des trois accords en Sol Majeur, La, et Mi Majeur qui resteraient les limites éternelles de mon talent de simple rêveur. J'avais appris à rouler mon Samson. J'étais bien perdu dans cette vie.Mais je venais de m'éveiller au cœur, à la sensibilité. Mon être allait alors rêver d'émotions, et il n'allait plus s'arrêter. Quelque part, je devenais moi-même.



J'allais avoir dix sept ans. J'allais redoubler. Non, la vie commençait. La plus belle année, celle de l'éveil de tout mon être... Alors, la chronologie n'a plus de raison. Ma fin d'un chapitre est maintenant. La vie n'est pas une succession de chiffres du temps qui passe. Pour certains un instant peut être tout. Trois ans qui allaient suivre allaient être comme une leçon de vie. Comme l'empreinte des pas que j'allais suivre à jamais.


 

Publié par josee à 10:26:32 dans SINCERITE | Commentaires (8) |

Pause Tendresse | 19 octobre 2006


 

Publié par josee à 17:53:12 dans SINCERITE | Commentaires (11) |

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