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<< Souvenirs | L'adolescence | Les années Colleges >>
Je restais près de ma copine Béatrice, qui était, dans ma classe de sixième, mon seul lien avec mon enfance. Naturellement, je me mis près d'elle. « C'est ta poule , dis ? » Non pourquoi ? Le prof a posé sa première question. J'ai tout de suite levé le doigt ? « Fayot ! » Le premier cours d'Anglais « choose an English name » Je n'aimais pas ceux qu'on me proposait. Mais cela n'avait pas tant d'importance dit la petite Mumuze. Alors tu seras « Henry » ; je n'aimais pas ce nom. Faux départ. Je marchais et faisais un long détour pour rentrer à la maison, avec un sac trop lourd, mais selon un itinéraire rassurant. Je m'étalais les bras en croix en pleurant devant ma mère... J'avais ainsi gagné mon premier vélo, avec ses roues de 550, le droit de passer entre les camions, et celui de ma première liberté. J'avais aussi déjà compris que le collège serait plus une épreuve difficile qu'un bon souvenir.
Je fus un bon élève, alternant, chaque trimestre les félicitations, ou les encouragements, lesquels me vaudraient des reproches de l'inachevé. Mais mes amis, je n'en avais pas. Nous jouions au foot avec des balles de papier alu. Et mes rotules servaient plutôt de second ballon que de gardien de but.
Rapidement, mes chemises et mes pantalons classiques ont juré dans le décor des jeans crasseux et baskets aux lacets défaits. J'étais dans un monde ou les garçons se prenaient pour des petits hommes, qui aimaient le montrer avec les crachats et les poings. Le jour où je réussissais à convaincre ma mère de me payer un pattes d'èph, il allait vite tâter la poussière. Je n'étais pas heureux, et regardait « Kung Fu » en imaginant pouvoir écraser les méchants. Je me réfugiais donc dans les devoirs, pour me sentir fort là où je le pouvais. je m'isolais du monde, Je ne faisais pas partie des discussions des autres.
Mes parents me conseillaient les amis gentils, tel Michel Moutthia, ou Frédéric Luneau. C'est vrai qu'ils étaient doux. On jouait aux jeux calmes, aux Mille Bornes ou au Monopoly. Les autres n'étaient pas des fréquentations durables et je les rayais vite de ma mémoire. Frédéric aimait bien une footballeuse professionnelle, Michèle Wolf, moi j'aimais bien Carène Cheryl. Elle m'a même répondu à ma première lettre à une idole. Nous collectionions les images. Il était plus mûr que moi. Il m'a dit un jour que je ne serais peut-être pas PDG, mais seulement DG. On avait discuté de cela, je ne sais pas pourquoi, mais à travers des lettres qui semblaient en dire long, je n'y voyais guère de différence.
Je me faisais vite une idée de l'amitié comme quelque chose qui ne dure pas. Mon camarade Patrick trouvait cela bien de faire grandir sa collection de figurines en se servant dans les rayons des grands magasins, et en se donnant un ventre de future maman à douze ans. Un jour, un monsieur musclé l'arrêta sur le trottoir. Je continuais mon chemin sans tourner la tête, appeuré par l'inconnu. Le soir son père rencontra mon père : « bonjour , puis-je vous parler d'homme à homme ? » J'allais prendre une double raclée de mon père. Ma mère était en pleurs « mon fils, un voleur... » Je ne savais que dire ce non du coeur, mais Patrick avait été plus malin : il avait dit que le créateur du gros ventre, c'était moi. Au moins, il pourrait partager la punition. Nos seuls échanges ultérieurs, ce furent une empoignade et une rupture définitive, une haine profonde des Patrick. L'amitié peut s'achever sur un mensonge.
L'école, il n'y a pas tant à en dire, car si peu d'émotions ou de découvertes. J'aimais apprendre l'Anglais... J'en aurais besoin dans ma carrière de pilote de ligne. Et puis, j'avais un correspondant en Angleterre, Andrew... Il aimait le foot, et on échangeait les classements des championnats. A part cela, je ne comprenais rien à son écriture, et le déchiffrer relevait de l exploit.
Je décidais d'apprendre ensuite l'Espagnol, car je pourrais parler avec plus de personnes dans le monde, au moins quelques dizaines de millions, moi qui me renfermait comme une tortue pour ne parler qu'à moi-même.
Le jour où je compris les mots de « Manuela », je ressentis le sens de « pouvoir comprendre une autre culture ». Une jeune fille d'origine espagnole me donnait d'autes textes traduits qu'elles notait pour moi en secret , et qu'elle me donnait avec un sourire au garage à vélos. Enfant bien immature encore, ce doux et tendre sourire me passait au dessus, comme un nuage de cigarette dont on ne remarque qu'une odeur.
Je n'aimais pas les maths, trop concrètes pour mon esprit vagabond. Je m'intéressais aux espaces, à la géographie, déjà tenté de fuir : je me jettais déjà dans les Michel, et sa Sarapo mystérieuse, puis dans les récits du Capitaine Némo sur son ile mystérieuse, dont je n'aurais pas voulu manquer un épisode. Je m'imaginais en héros, qui découvrait un monde qui l'accueillerait à bras ouverts, comme un sauveur. J'imaginais des sourires autour de moi. C'étaient mes rêves, avant que quelques créatures imaginaires me firent prendre conscience d'un corps changeant. Et comme je ne me sentais pas bien moi-même dans ce monde quotidien, ma sortie dans l'espace serait donc celle des vacances. Celle de la grande découverte des séjours en Angleterre, comme sous une musique de Mort Schuman.
Mon premier « trip » fut chez Hilary, la jeune fille au pair de mes 6 ans, devenue Madame. Elle était mariée à Malcolm, une vraie armoire ambulante de 2 mètres. Ils s'étaient mariés à cheval . Ils habitaient une ferme, et j'allais me perdre entre les corn flakes et l'accent du Yorkshire. Je n'avais pas le choix, pas un français à moins de cent kilomètres. J'ai pris du poids et j'ai ramené des tonnes de milky way, dissimués dans des boîtes de jeux de société anglais, qui se jouaient de trois à sept, donc qui resteraient désespérément dans un tiroir. Mais ce fut mon premier voyage en avion, depuis Le Bourget. Avant d'entrer dans le quadri-moteur dont on tournait les hélices pour les démarrer, comme sur mes buvards imprégnés d'encre qui tâchait mes doigts, je me retournai pour saluer mes parents et je répondai aux larmes de ma mère par un grand signe de la main et un grand sourire comme j'avais vu Pompidou le faire. J'étais assis près d'un « business man » J'étais alors moi aussi en quelque sorte déjà un « business man », cela sonnait bien, puisque j'étais dans le même avion à voyager. Et il m'emmena prés du pilote, car je lui avais confié mon vœux. Je me jurais alors de retourner à l'aéroport, et un jour, je pourrais choisir mes destinations, sur ce tableau d'affichage où les noms magiques naissent de lettres qui sortent de jeux de cartes qui tournent.
A treize ans, nous étions à Pâques à Rosas, sur la Costa Brava. La ville dont le nom est un bouquet de fleurs. L'hôtel Risech. J'allais y rencontrer Véronique, et je pensais que la vie était décidée avec elle ! Amour d'enfant puéril, le premier toucher sur deux petits seins qui naissaient à peine, et un prompt baiser sur des lèvres interdites, mais au retour en France, je me ruais sur le courrier chaque jour pour trouver une lettre de Gagny, sur laquelle je me jetais tel un lion sur un morceau de viande, pour me gorger de ses mots. Je répondais dans un élan. Deux jours sans nouvelles, et je pensais que le monde s'était arrêté de tourner. Un jour, notre correspondance s'évapora en fumée. Nos parents respectifs étaient devenus de bons amis. Je m'inquiétais toujours d'elle, aimais avoir de ses nouvelles, même si je feintais un désintérêt qui ne devait tromper que moi-même. J'ai dû apprendre à seulement pouvoir espérer qu'elle soit une personne heureuse, puisque je n'étais pas dans son cœur. Mais pour moi, elle allait me faire comprendre qu'un amour reste toujours gravé pour l'éternité, même si sa place est petite, masquée par les pensées de la vie quotidienne.
L'année de mes quatorze ans, le voyage de langues était avec un groupe de pré-ados plus ou moins murs. Cela convenait bien à ces adolescentes anglaises, bien plus délurées, qui n'hésitaient pas à mettre la main dans votre poche, pour atteindre un morceau de convoitise. Je n'ai jamais autant parlé français de ma vie. Entre français, à chanter une Marseillaise incomprise, pour nous faire paraître en terrain conquis, et à dérober les bouteilles de lait trop bien alignées devant chaque porte au petit matin. J'habitais chez les Paley. Je me trouvais malin à les surnommer « les Pas Beaux » Il y eut une plage, et sous un soleil ardent, le souvenir confus de premiers baisers, avec une personne à ma droite et une à ma gauche. Je ne saurais dire si mon premier baiser fut à moitié anglais ou français, mais c'était à Felixstowe. Suffisant pour me faire croire que le monde appartient à celui qui embrasse. Ou que j'allais pouvoir embrasser le monde ! ce fut aussi mon premier voyage à Londres. La découverte de l'immensité et de l'originalité d'une capitale étrangére. L'indice de la différence entre les cultures. La beauté de l'histoire.
Je ne sais plus pourquoi, mes yeux étaient bien rouge sous la conjonctivite. Une première visite médicale, des petits points de toutes les couleurs... Un éléphant ? Vous imaginez, jeune homme ! On dit « être daltonien », défaut de vision héréditaire transmis par la mère. Eliminatoire pour devenir pilote. Je pleurais de mon premier rêve enfoui à jamais. J'allais encore plus m'intérioriser.
J'allais donc rêver de voyages en échangeant des mots tendres en Espagnol, des muchos abrazos, avec une correspondante au Chili. A Quatorze ans, je nétais qu'un adolescent par l'âge, et encore un petit enfant par la sensibilité. Peut être un signe marqué à jamais pour l'avenir. Alors comment découvrir le monde ? Mes parents avaint continué à me faire découvrir de nouveaux endroits, en Allemagne, en Espagne, et dans ce beau pays qu'est la France touristique..
Géologue ou homme d'affaires ? Je penchais pour les pierres, puisque le flash sans chaine de mes 14 ans, toujours en panne d'embrayage par défaut de conception, me permettait d'aller à la recherche de fossiles ou de calcites dans la région champenoise. Je devenais le héros des cancres de sciences naturelles, car l'heure passait à identifier mes trouvailles. La cloche sonnait, et je restais avec le professeur, dans une classe qui se vidait dans des cris joyeux.
Un chanteur s'était suicidé cette année là. Mon premier « Qui saura ». Des filles pleuraient. D'autres chanteurs allaient le remplacer. Des souvenirs resteraient. Petits bouts de vie qui nous accompagnent... Le temps des questions, le temps des interrogations sans fin arrivait. Le BEPC cloturait ma petite adolescence, mon premier test dont j'oublierai bien vite la valeur. La cloture d'une époque sans grand goût, hors contrôle, perdu d'avoir quitté l'enfance, et déjà entre deux eaux de la vie. Un air d'inaccompli.
Publié par josee à 17:31:48 dans SINCERITE | Commentaires (4) | Permaliens
16-10-2006 10:38
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16-10-2006 09:37
De little stella
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12-10-2006 18:26
De josee
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