| Di | Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 |
Depuis le 04-01-2007 :
118241 visiteurs
Depuis le début du mois :
1882 visiteurs
Billets :
19 billets
La logique domination/soumission est, à mon sens inhérente à toute relation sexuelle, la raison en est que toute activité sexuelle est, par essence, la soumission de l'être à ses propres désirs. Le désir est transcendant, hors de notre contrôle : nul ne peut empêcher le désir d'apparaître, en revanche lorsqu'il apparaît le « choix », pas toujours évident, et de s'y soumettre ou de l'oublier en pensant à autre chose, autrement dit, de s'en cacher. Bien malin qui pourra dire laquelle des deux réactions est la plus courageuse, cette question appelle, de toute façon, un jugement de valeur qui ne m'intéresse pas le moins du monde.
C'est donc de la frustration que l'on éprouve à se soumettre à son propre désir que naît la réaction de vouloir, d'une manière ou d'une autre, dominer la situation dans la phase d'assouvissement, domination qui n'est pas nécessairement explicite et dont la manifestation concrète peut prendre des formes diverses, parfois opposées.
La qualité d'une séance sexe dépend essentiellement de l'équilibre que les partenaires parviennent à établir dans le « jeu dominant vs. dominé », il ne peut y avoir deux dominants ni deux soumis. Cet équilibre peut être « statique », c'est-à-dire que les rôles sont immuables, l'un des partenaires domine en permanence et l'autre se soumet de même ; il peut aussi être dynamique/statique, s'inversant au gré des séances ; il peut enfin être totalement dynamique en une sorte de ping-pong dans le feu de l'action.
Il appartient donc à chacun de trouver sa voie et, par conséquent, le partenaire qui équilibre le jeu. L'erreur souvent commise est de craindre ce jeu-là, de se cacher ses propres pulsions de domination et/ou de soumission, donc de se mentir par rapport à ses propres désirs.
Publié par Allez_Gorille à 10:00:17 dans Textes generaux | Commentaires (16) | Permaliens
La quête, dans un premier temps, de la jouissance (qui n'est pas toujours évidente, notamment pour une femme) et, par la suite, de l'extase érotique, passent par ce précepte ; le blocage de l'anorgasmique désespérée provient essentiellement du fait qu'elle perd, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, cette grande vérité de vue : l'orgasme ne vient pas à vous, il vient surtout de vous et, accessoirement, de votre partenaire. Pourquoi « accessoirement » ? Parce que c'est vous qui le/la choisissez, c'est aussi à vous de le/la guider à cheminer avec vous vers le plaisir.
Rosededamas , il y a quelques jours, disait dans un commentaire : « L'érotisme c'est l'art de faire l'amour ». Je ne suis que partiellement d'accord, car cette idée me semble incomplète, mais je dis mille fois oui au mot « art ». C'est avec l'âme d'un(e) artiste que vous pourrez approcher la plénitude de votre potentiel érotique, c'est-à-dire en dépassant le stade primaire d'un plaisir éprouvé passivement pour s'installer dans la perception et la création de la beauté et de l'harmonie sous-jacentes à ce plaisir.
Percevoir pour créer : c'est cela être artiste. En musique par exemple, l'harmonie n'est pas seulement celle des notes, elle est aussi celle entre le musicien et la beauté dans ces notes.C'est par des voies similaires que la plénitude érotique est accessible : conscience de soi et du tout, harmonie avec cet univers, sublimation de l'énergie.
L'érotisme est un processus de transformation et d'échange énergétiques comparable à ceux que décrivent les sciences de la nature. C'est au départ, évidemment, l'énergie physique qui est mobilisée dans l'exécution de l'acte sexuel, puis l'énergie émotionnelle mise à contribution pour cette perception/création du plaisir et enfin une énergie indéfinissable (appelons-la spirituelle) qui nous emplit du fait de ce plaisir créé et éprouvé.Si cette dynamique est pour certains toute « naturelle » et arrive sans effort, pour d'autres elle semble impossible, inconcevable. Il suffit de quelques grains de sable pour enrayer la mécanique et, alors, survient une véritable misère sexuelle, qui détruit une personne et la met en position de profonde faiblesse intérieure. Et puis il y a cette trop vaste majorité qui vit le plaisir sans y prêter une réelle attention, pour qui « le sexe n'est qu'un bon moment à passer », terrible gaspillage de beauté et d'énergie.
Publié par Allez_Gorille à 09:40:52 dans Textes generaux | Commentaires (1) | Permaliens
J'évoquais dans un billet précédent la dérive consumériste dans notre relation à l'érotisme. Un des facteurs favorables à cette dérive est la perception utilitariste de la sexualité. Sous des dehors libérés, notre société semble avoir du mal à assumer cette vérité première que la sexualité se nourrit avant tout de pulsions, ainsi les études sur l'érotisme semblent avoir pour principale préoccupation de rationaliser nos pulsions plutôt que de les accepter telles qu'elles sont (ce qui n'empêcherait pas, par ailleurs, de les maîtriser, exigence incontournable de notre socialité).
Il faut dire que depuis la Bible jusqu'à la psychanalyse, en passant par les philosophes de tout poil, les « théoriciens de l'âme humaine » se sont tous rejoint dans une urgence : celle d'opposer instincts et pulsions à l'idée de civilisation - largement à juste titre d'ailleurs : autrement prévaudrait la logique de prédation, la loi de la jungle.
Ainsi, l'on ne saurait évidemment pas rejeter une civilisation de l'érotique, mais cette dernière devrait, plutôt que de nier, de rejeter les pulsions, viser à les dépasser ; plutôt que de les occulter, les inscrire dans une globalité ontologique. « J'ai des pulsions donc je suis ! »
L'utilitarisme sexuel est donc le résultat de ce déni des pulsions : être actif sexuellement n'est plus compris comme l'accomplissement d'un besoin consubstantiel à la nature de l'être, mais comme l'accession à une forme de statut j'aurais envie de dire « social », dans une démarche étrangement comparable à la consommation au sens économique : n'est-il pas symptomatique que l'on parle de « consommer un mariage » ? Le mariage étant acte de conformisme sociétal par excellence...
Succédané de ce consumérisme, la pornographie est omniprésente. Le sujet déchaîne les passions, ici encore avec de bonnes raisons : la mise en scène du sexe, comme le dénoncent les néo-féministes, recourt essentiellement à une image dégradée de la femme, et plus généralement à cette « violence symbolique » de la domination masculine. Mais il est simpliste, à mon sens d'en appeler à la prohibition pure et simple du porno. Le porno n'est pas seulement dans les films et les ouvrages spécialisés : il est aussi allégrement relayé, dans une version édulcorée, par la sphère médiatique et il alimente tout un secteur d'activité économique : jouets érotiques, lingerie coquine, agences de rencontres sexuelles. La relative prospérité de toute cette industrie « triple X » démontre bien qu'il y a une vraie demande.
Une approche saine et constructive de ce « facteur triple X » passe, j'en suis convaincu, par un effort réel de compréhension de la demande plutôt que par la condamnation péremptoire de l'offre. C'est notre sexualité qui façonne la pornographie et non l'inverse.
Publié par Allez_Gorille à 11:24:55 dans Textes generaux | Commentaires (3) | Permaliens
Comme le sujet semble vous avoir intéressé, tout en en laissant certains sur leur faim voire carrément sceptiques, je vais essayer d'entrer plus en profondeur dans le sujet (oui ! c'est subliminal !) Toutefois, ce blog ne fait que commencer
et moi-même, je n'ai qu'une idée très vague de son évolution future. Je pense qu'au départ je ne peux pas faire l'économie de quelques textes qui se veulent fondateurs de ma pensée, des textes sans doute un peu lourds et théoriques. En passant, je remercie ceux qui ont commenté, par ailleurs certains ne souhaitent peut-être pas rentrer dans le débat dans le cadre du blog, je leur signale aussi la possibilité de m'écrire directement par email (adresse ci-contre, à gauche) que ce soit pour commenter ou pour solliciter le traitement d'un sujet.
Le traitement des questions de sexualité est en effet devenu éminemment politique et consumériste. De ce fait la « liberté sexuelle » n'est guère qu'une vue de l'esprit. L'être sexuel se trouve en permanence enfermé dans des schémas
de pensée, qui sont variés, antagonistes mais s'annoncent tous comme vérité universelle.
Je relèverais quatre grands courants de pensée politique des sexualités qui dominent de nos jours : le puritanisme, le libertarisme, le néo-féminisme et le néo-machisme. On pourrait en ajouter un qui est le courant gay/lesbiennes, mais
je préfère, le laisser de coté pour l'heure, pour surtout me concentrer sur la sexualité hétéro.
Le puritanisme a largement dominé les sociétés occidentales sous l'influence omnipotente des églises chrétiennes. Le puritanisme extrême consiste carrément à dénier le fait sexuel, l'activité sexuelle n'étant destinée qu'à la procréation. Les relations sexuelles ne sont acceptées que dans le cadre institutionnel du mariage (qui les rend obligatoires !). Il y a évidemment beaucoup d'hypocrisie dans tout cela. Le puritanisme est en fait la version primaire du machisme : tout est organisée autour de l'homme « Chef de famille » ayant autorité sur l'épouse et la descendance. Le plaisir sexuel de la femme étant collatéral, sinon réprouvé et celui de l'homme bienvenu puisque nécessaire à la procréation. Au delà de la sphère sexuelle, le puritanisme tend à considérer tout plaisir comme suspect et contraire au bien commun qui est dans la défense des valeurs traditionnelles telles que la famille (notamment chrétienne) ou le travail. L'effort et la souffrance renforcent, le plaisir affaiblit. Le puritanisme est souvent associé à la droite conservatrice.
Si le puritanisme n'a plus aujourd'hui son caractère hégémonique d'antan, il demeure fort, notamment par le soutien des autorités religieuses (y compris musulmanes). L'apparition du SIDA a sans doute aussi donné un regain de vigueur à ce courant.
J'appelle ainsi le mouvement qui a consacré la Libération Sexuelle dans les années 60/70. Ce mouvement a été impulsé principalement par la progression des luttes féministes et par une ambiance plus générale de rébellion de l'époque (beatniks, hippies, la musique rock etc.)
Le libertarisme est donc, à l'origine, l'opposition au puritanisme. Il revendique le droit au plaisir pour tous, rendu possible, notamment, par l'apparition de la contraception qui permet de dissocier l'acte sexuel de la procréation. Il faut noter que le libertarisme apparaît dans une période de forte prospérité économique (les 30 glorieuses) et d'aspirations révolutionnaires anti-système (le puritanisme étant, lui la doctrine du système). Le libertarisme n'est pas d'essence uniquement sexuelle, c'est en fait, à l'origine, un mouvement de déconstruction sociale proche des mouvements gauchistes.Toutefois, alors que les illusions utopistes des débuts se sont perdues avec la chute du communisme, le libertarisme sexuel a su persister en « s'institutionnalisant » à travers l'entrée des ex-rebelles dans l'age adulte. C'est ainsi que l'on voit des le milieu des années 70 naître des mouvements « libertins » (apparition de l'échangisme) et un peu plus tard des mouvements « alternatifs » (BDSM, Fétichistes etc.)
Le grand paradoxe des libertaires est que leur vision de la sexualité est extrêmement codifiée : l'adhésion à un club libertin, par exemple, relève presque du parcours initiatique où l'on est parrainé, co-opté par la communauté. Les règles sont, contre toute attente, souvent très strictes : on ne fait pas tout ce qu'on veut chez les libertins. De la même manière, les sexualités dites alternatives fonctionnent parfois de manière très ritualisée.On observe encore un autre paradoxe : alors que libertaires originels étaient souvent gauchistes, mener une vie libertaire de nos jours est plutôt réservé à la classe des nantis.
Alors que les féministes originelles, post-modernes, avaient une vision concentrée sur l'émancipation de la femme, en cela proche des libertaires en ce sens que la reconnaissance d'une sorte de « droit à l'orgasme » était au cœur même de leur combat, à coté d'autres droits fondamentaux (vote, autonomie financière...), les néo-féministes axent plutôt leurs combats sur la protection des femmes, face à une société qui demeure très largement structurée par des traditions
machistes.
En effet, si la légitimité des droits de la femme est aujourd'hui entré dans les mœurs (y compris le droit au plaisir), beaucoup, tant hommes que femmes, ont du mal à abandonner des poncifs qui veulent que l'homme soit plutôt actif et la femme plutôt passive (pas seulement sur le plan sexuel), de sorte que l'égalité de principe est bien souvent mise à mal dans la pratique. Cela trouve évidemment sa source dans les thèses machistes classiques (puritaines) qui sont profondément ancrées dans la société au moins au niveau inconscient. Il ne faut pas se faire d'illusion : des millénaires de domination masculine judéo-chrétienne ne peuvent pas s'effacer en quelques décennies de « révolution » féministe.
Le Néo-féminisme axe donc légitimement son discours sur le rejet du viol sous toutes ses formes et a à son actif des avancées sociales considérables telles que la pénalisation du harcèlement sexuel et des propos sexistes.Dans le domaine sexuel, les néo-féministes (qui ne sont pas nécessairement des femmes) s'emploient à déconstruire les différences de sexualité entre hommes et femmes et récusent le principe de « rôles érotiques » attribués aux genres qui sont source d'oppression, de viol symbolique. Le Néo-féminisme condamne ainsi la prostitution, la pornographie et toute autre forme d'érotisation de l'image de la femme (publicités, « porno-chic »...), considérés comme les relents malsains
du machisme hypocrite.
Les choses ne sont pourtant pas si simples, et il me semble que les néo-féministes pêchent par simplisme :
- d'une part, attribuer exclusivement les différences de genre dans le domaine de l'érotisme aux seuls facteurs culturels me semble indéfendable. Le fait érotique est AUSSI biologique, notamment hormonal,
- d'autre part leurs condamnations de la prostitution, de la pornographie ou de l'érotisation de l'image de la femme (qu'il ne s'agit ici ni de justifier ni d'invalider) recourent à des arguments philosophiquement contestables et, surtout, comble d'ironie, renvoie à un ordre moral sexuel que ne renieraient pas les puritains.
Réaction d'opposition au Néo-féminisme, le Néo-machisme pourrait se définir comme un masculinisme libertaire. Tout en intégrant une égalité sociale des genres, les néo-machistes veulent conserver l'idée de différence de perceptions de l'érotisme. Tout comme les hommes sont présents dans le Néo-féminisme, il y a bien des femmes, et même des féministes qui sont néo-machistes : l'idée est que la répartition des rôles sexuels « passif/active », « dominateur/soumise », « protecteur/fragile » est indépassable sinon au prix d'une dénaturation du lien érotique. Pour le Néo-machisme, la virilité masculine est nécessaire au plaisir féminin, l'orgasme de la partenaire est l'accomplissement
de cette virilité. La femme, quant à elle, se veut sexy, attirante et tire fierté d'être en mesure de séduire les hommes les plus virils.
Le Néo-machisme semble être le courant dominant à ce jour, quand bien même il est souvent mal assumé car culpabilisé par le Néo-féminisme qui a une forte présence médiatique et politique.
Consumérisme ici ne s'entend pas nécessairement dans un sens de transaction économique (bien que ce puisse souvent être le cas). Il s'agit plutôt d'une certaine similitude entre les relations des êtres à la consommation d'une part, et à l'acte sexuel d'autre part : Dans les sociétés industrielles et post-industrielles, l'aptitude à consommer (pouvoir d'achat) est le signe principal de la réussite socio-économique. L'être existe avant tout en tant qu'il consomme. De la même
manière, et indépendamment des penchants individuels, une sexualité épanouie est aussi un signe de réussite personnelle, donc d'intégration sociale. Bien évidemment, chacun des courants décrits précédemment a ses conceptions
spécifiques d'une « sexualité épanouie » et en fait le marketing par les canaux de leur choix qui sont souvent les mêmes que ceux du marketing commercial.
Les doctrines politico-sexuelles, nous l'avons vu, sont essentiellement basées sur une guerre des sexes appliquée à l'érotisme. Sur un plan philosophique, mon propos n'est pas de péremptoirement ni récuser ni approuver aucune de ces doctrines dans leurs légitimités qui procèdent de valeurs éthiques différentes. En revanche, ce qui est rédhibitoire c'est le fait même d'édicter le sexuellement correct, de réduire le champ érotique au prétexte de postures morales, d'autant plus lorsque ces postures procèdent des affrontements des genres alors même que l'érotisme devrait, par essence rapprocher ces genres. On revient là à l'idée de « sexualité normative » dont un commentateur sur le blog précédent
semblait denier l'existence.
Ces visions réductrices s'infiltrent insidieusement dans nos esprits sous diverses formes de propagande similaires au marketing commercial.
Je ne crois pas que l'intellectualisation soit favorable à un authentique épanouissement érotique, l'état extatique et fusionnel auquel l'on aspire naturellement (enfin, je crois...). Ma conviction est que la plénitude érotique n'est accessible
qu'avec un esprit purifié, ouvert de manière presque naïve à l'exploration puis à la decouverte.
Publié par Allez_Gorille à 11:47:03 dans Textes generaux | Commentaires (18) | Permaliens
" S'abandonnant au flot passionné
Montant et griffant,
Faisant sourdre un intense plaisir
Lacérant leurs corps avec ardeur,
Ils mettent fin à l'illusion
Dans cette dissolution de la dualité,
Par le goût du désir
Pendant l'expérience de l'identité,
Les amants goûtent à un plaisir
Inexprimable et jamais encore touché."
Poème tantrique, huitième siècle.
Cosmic Dancer me demandait, à l'occasion du premier post de ce « blog renaissant » si mon nouveau choix de ligne
éditoriale résultait d'un constat d'une société occidentale « anérotique ». Eh bien, en fait, c'est plutôt l'inverse : la société est peut-être sur-érotisée, du moins en surface. Il me semble que l'occident n'en a pas fini de digérer le mouvement de libération sexuelle des années 60-70, que l'idéal du « jouir sans entraves » s'est laissé parasiter par des perceptions dogmatiques ainsi que par des référents sociologiques extérieurs à la sexualité.
C'est par la voix de certains courants féministes que l'orgasme féminin s'est imposé comme une réalité socialement admise : beaucoup auparavant allaient même jusqu'à douter de son existence, la quête du plaisir sexuel par la femme n'a trouvé de légitimité que très récemment dans la société occidentale, alors que, tant en Orient que dans bon nombre de sociétés africaines et amérindiennes, ce fait sexuel était culturellement reconnu et totalement intégré dans la pensée érotique, comme en témoignent par exemple le Kama-Sutra ou le tantrisme.
La « libération sexuelle » occidentale résulte donc d'une prise de conscience : celle que l'association du plaisir sexuel à une culpabilité était absurde. Mais le processus qui s'ensuit est moins brillant : comme tout fait social, l'érotisme n'échappe pas aux structurants sociaux, et parmi les structurants fondamentaux de la société occidentale post-moderne figurent en bonne place l'individualisme, le culte de la performance et l'esprit de compétition. Contrairement à l'Orient où l'extase sexuelle est comprise à un niveau « cosmique », comme fusion avec l'Univers, l'Occident tend à la réduire à une échelle personnelle, déconnectée. La sexualité occidentale demeure prisonnière d'une démarche égocentrée : le plaisir n'est pas vécu comme une élévation des êtres mais comme une performance et cela, tant du coté féminin que masculin :- chez l'homme il s'agit par exemple de montrer son pouvoir érotique en donnant cet improbable orgasme à la femme (plusieurs fois de suite de préférence), ou encore d'associer sa puissance sexuelle avec la taille de son pénis ;
- chez la femme, outre cet impératif de jouir, de focaliser son accomplissement sexuel dans l'atteinte de l'orgasme, il y a aussi bien souvent l'obsession quasi-irrationnelle de soigner son « image érotique » au détriment de la réalité sa propre sexualité.La volonté, totalement légitime, d'être sujet et non objet, lorsqu'elle devient obsessionnelle, est contre-productive : l'on ne peut s'affirmer comme sujet qu'en étant intégré au Tout, à l'Univers. La sexualité doit être structurante de la société (à travers les individus) et non structurée par la société. La « libération sexuelle », au sens libertaire, est obsolète. Il faut maintenant aller vers la quête d'une liberté érotique : refuser de se laisser enfermer dans une sexualité normative visant à un conformisme social, pour desormais adopter un érotisme fusionnel, par lequel l'extase n'est plus une révolte mais, bien au contraire, ancrage du sujet dans le cosmos. Le plaisir ne doit pas être ambition, mais aspiration.
Publié par Allez_Gorille à 06:12:01 dans Textes generaux | Commentaires (19) | Permaliens
Commentaire