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Malgré le fait que ce blog ait été en sommeil pendant de longs mois (je n'étais pas sûr d'y revenir un jour...), je continue a recevoir des mails de temps en temps, demandant un avis.
La question qui revient souvent est celle liée à un manque d'appétit sexuel. Comment revitaliser une libido défaillante ?
C'est une question extrêmement complexe car les sources d'un manque de désir sexuel sont variées, parfois elles remontent à un passé plus ou moins douloureux, parfois elles sont plutôt en relation avec un présent insatisfaisant.
Chaque cas est particulier et la résolution de ce type de problème peut nécessiter une thérapie individuelle qu'un blog ne saurait en aucun cas avoir la prétention de fournir, d'autant moins que, pour ma part, je ne suis pas qualifié pour ce genre de prestation.
Il est néanmoins certaines idées que je puis livrer ici, des idées peut-être contre-intuitives d'où l'intérêt de les présenter.
1) Oublier l'orgasme
La littérature spécialisée, à mon sens, opère sur nous un lavage de cerveau néfaste en nous suggérant qu'une sexualité épanouie passe par l'obtention systématique d'orgasmes toujours de plus en plus puissants et durables voire répétitifs. Cela nous conduit à deux travers tout autant négatifs :
- La frustration lorsque nous n'arrivons pas à jouir,
- L'inquiétude lorsque nous n'arrivons pas à faire jouir notre partenaire.
Laissez-moi vous dire une chose : que l'on soit homme ou femme, un rapport sexuel peut être merveilleux même en l'absence d'orgasme. En vérité, l'orgasme est souvent bien plus facile a obtenir en se masturbant qu'en ayant une relation sexuel avec un(e) partenaire. Si l'on aborde un rapport sexuel avec pour seule finalité de jouir ou de faire jouir, il y a de fortes chances que l'on passe à coté des aspects les plus gratifiants de la relation charnelle et ce, indépendamment du fait que l'on soit amoureux ou non du/de la partenaire.
Un rapport sexuel réussi est avant tout une interaction qui comporte d'autres dimensions au delà des sensations physiques agréables : il y a du jeu, il y a de la communication verbale ou non-verbale, il y a un processus fusionnel qui nous rend heureux de nous trouver tellement intime, en harmonie avec l'autre.
Mon conseil est donc celui-ci : ne pensez pas d'emblée à la conclusion'. Donnez-vous le temps du jeu, celui de savourer un moment ensemble et d'apprendre à lever les barrières qui vous séparent de l'autre. Recherchez avant tout la proximité. Vous verrez comme la jouissance s'ensuivra d'elle-même, sans effort.
2) Maintenir la forme
On appelle parfois le sexe du 'sport en chambre'. Cette expression humoristique recèle une vérité de base : la relation sexuelle est une activité physique de A à Z, depuis la phase d'excitation qui se manifeste par l'érection du pénis et la lubrification du vagin jusqu'au paroxysme final de l'éjaculation et autres contractions musculaires accompagnées de frissons qu'on appelle la jouissance, en passant bien sûr par les diverses actions et positions plus ou moins athlétiques qu'il y a entre les deux.
Sans aller jusqu'à en faire une discipline de compétition, tout le processus physique que je viens d'évoquer gagne à être entretenu par une pratique régulière. Plus on fait l'amour, plus on a envie de le faire encore et encore. Il est parfois nécessaire de se forcer quelque peu, d'apprendre à faire abstraction de tous les soucis qui refrènent notre désir : A l'inverse de ce je disais tantôt, moins vous vous donnez la peine d'être sexuellement actif, plus votre libido va en se dégradant ; votre énergie mentale pour 'aller chercher le sexe' ainsi que la mécanique physiologique de votre désir s'enrayent jusqu'à s'évanouir totalement.
Pour ceux qui sont en couple, au delà de cette idée de faire l'amour aussi régulièrement que possible, il faut surtout garder le contact érotique, par exemple au travers de petits jeux tactiles : toucher le sexe de son/sa conjoint(e) sans nécessairement l'intention d'aller jusqu'au bout, parler d'érotisme, etc.
Enfin, pensez masturbation. Il faut se départir de ce cliché que se masturber est un truc pour les 'perdants'. La masturbation est au contraire une composante essentielle de la sexualité, elle la consolide et ne la détruit certainement pas.
3) Etre en paix avec ses fantasmes
Vos fantasmes font partie intégrante de l'être sexuel que vous êtes. Ils sont une énigme que vous devez résoudre d'une manière ou d'une autre, faute de quoi vous ne parviendrez pas à apprivoiser ce que vous êtes dans la sphère érotique. Il y a plusieurs façons d'y arriver, j'en citerai principalement trois :
- Le passage à l'acte : lorsque vous jugez pratiquement et raisonnablement possible de réaliser un fantasme, n'hésitez pas. Il vous faut évidemment apprécier dans quelle mesure ce passage à l'acte ne serait pas susceptible de porter préjudice à vous-même ou à autrui mais, une fois cela décidé, allez de l'avant.
- La communication : raconter ses fantasmes et en discuter permet de mieux les conceptualiser et de les re-situer, telles les pièces d'un puzzle, dans la complexité de votre personnalité. Avec qui en parler ? Si possible avec votre partenaire, si vous pensez qu'il ou elle est capable de les accepter et de les respecter. Mais cela peut aussi être avec un(e) ami(e) à qui vous faites confiance, ou a votre psy si vous en consultez un.
- La thérapie : si votre fantasme prend une tournure obsessive, vous en rêvez la nuit ou il vient intempestivement perturber vos pensées lorsque vous avez besoin de vous concentrer sur quelque chose d'important, etc., il vous faut considérer l'option d'aller consulter un psychothérapeute : il y a de fortes chances qu'une telle obsession recèle des problèmes névrotiques voire psychotiques qu'il vous faut traiter sérieusement.
Un fantasme non résolu peut, dans la durée, induire des dysfonctionnements de votre vie sexuelle, chacun réagit à sa manière : certains vont le faire par l'hyperactivité, d'autres par un blocage généralisé de leur sexualité et/ou de leur vie émotionnelle... Résoudre un fantasme est un pas gigantesque vers une harmonie intérieure.
4) Délimiter son 'champ érotique'
La sphère érotique est la part de notre vie où nous sommes, en quelque sorte, essentiellement invités à être déviants', c'est-à-dire à adopter des attitudes et avoir des comportements qui vont à l'encontre de ce que nous sommes et de ce que nous croyons par ailleurs. L'activité sexuelle est souvent caractérisée comme une soupape de sécurité sur la cocotte-minute de notre vie intérieure, remplie d'interdits, de frustrations et de couleuvres avalées. Par conséquent, le risque est grand que nous échouions à donner à notre sexualité la juste importance : on peut en faire trop ou pas assez, et dans les deux cas, ce n'est pas une bonne chose. C'est pourquoi il est nécessaire de se fixer ses limites en pleine conscience, tout en sachant que ces limites sont appelées à évoluer dans le temps.
Pour illustrer ce point, je vais recourir à un exemple très banal mais qui touche presque tout le monde : celui de la fidélité, ou en d'autre termes le degré d'intrication que nous décidons d'instaurer entre l'amour et le sexe.
D'emblée, il me faut mentionner que l'idée de lier le sexe à l'amour est un choix moral qui ne correspond certainement pas à une rationalité sous-jacente. Ce que je veux dire par là c'est que tout l'amour du monde ne garantira en aucun cas la qualité intrinsèque d'une interaction sexuelle. Il est très commun que des couples mariés s'éloignent sexuellement l'un de l'autre, dans la durée, tout en conservant un lien émotionnel fort ; l'inverse est aussi fréquent : deux personnes peuvent avoir une intense connexion sexuelle mais ne pas parvenir à se rencontrer sentimentalement.
La vérité est que l'amour et le désir sexuel procèdent de deux logiques antagonistes. Le besoin d'amour est alimenté par notre vie intérieure tandis que le désir sexuel est principalement provoqué par des stimulations externes. L'érotisme est mu par la curiosité, la soif d'expérimenter (l'amour en revanche est dans une certaine mesure un renoncement à la curiosité, nous figeons l'image de l'être aimé à celle qui nous convient et il n'est donc pas dans l'intérêt de notre amour de creuser plus avant au risque de découvrir des facettes déplaisantes de sa personnalité). Ainsi le fait d'éprouver du désir sexuel pour quelqu'un d'autre que l'être aimé, pour culpabilisant qu'il soit, est un phénomène tout à fait normal et qui ne signifie absolument pas que notre amour faiblit.
La question cruciale, en revanche est de décider d'assouvir ou non ce désir, et c'est ici que joue la thématique de la délimitation. Je n'ai aucunement l'intention de faire l'apologie de la fidélité ni de l'adultère ; cela relève d'un choix éminemment personnel, au même titre qu'une opinion politique ou une religion (ou son absence). Mon propos en revanche est de mettre ce choix en perspective : il ne s'agit pas de choisir pour choisir par conformisme, par confort ou sur une impulsion ; le choix doit être mûrement raisonné. Lorsque la tentation nous vient d'expérimenter l'adultère et qu'une occasion propice se présente, il y a autant d'arguments pour et contre chacune des options de céder ou bien de s'en tenir à la fidélité. La force de ces arguments varie chez chaque personne et c'est en ce sens qu'il faut réfléchir et ensuite se prononcer.
Chez certaines personnes, le fait de céder va avoir une conséquence irrémédiablement destructive pour leur couple. Le fait d'avoir essayé l'infidélité va tout simplement mettre fin à leur sentiment amoureux (qui peut éventuellement se réorienter vers le nouveau partenaire sexuel). Mais il peut aussi y avoir le phénomène inverse où l'aventure extraconjugale vient re-vivifier le lien avec le conjoint ou le partenaire régulier et renouveler le désir sexuel pour ce dernier.
La découverte que le conjoint est infidèle est aussi une épreuve qui peut conduire à des résultats contradictoires. Cette situation est souvent dépeinte comme une crise aux conséquences irrémédiables et destructrices, et c'est souvent le cas. La réalité est pourtant beaucoup plus nuancée, à l'exemple d'une de mes amies qui avait découvert que son époux multipliait les aventures et qui, évidemment, en était mortifiée ; néanmoins, en ruminant son amertume et en étant hantée par l'image de son époux couchant avec d'autre femmes, ses pensées ont fini par prendre une tournure érotique et lui donner un désir inhabituel et irrépressible de faire l'amour avec lui. Ce phénomène qui peut paraître absurde procède en fait de la même logique que le fantasme assez répandu de regarder son/sa conjoint(e) avoir des relations sexuelles avec un(e) autre. Au bout du compte, cette crise a paradoxalement solidifié le couple et cette amie me confie qu'elle s'est accommodée tant bien que mal de l'infidélité de son mari, les avantages en ayant équilibré les inconvénients. Elle continue d'être jalouse et de bouillonner de colère en songeant à ses frasques mais ces émotions négatives se transforment immuablement en un puissant aphrodisiaque.
Tout ceci pour en revenir à l'idée que le choix entre fidélité ou infidélité a une dimension qui va bien au-delà de la seule posture morale. Cela vaut aussi pour toute autre forme de fantasme ou de pulsion érotique. Je le répète : l'expérimentation est un des fondamentaux de l'érotisme. C'est à chacun de nous d'évaluer dans quelle mesure chaque expérience va contribuer à nous construire ou au contraire à nous détruire et, dans ce dernier cas dans quelle mesure cette destruction peut s'avérer nécessaire pour un nouveau départ.
Certains optent pour une vie érotique réduite en compensant par d'autres sources d'énergie intérieure, d'autres décident au contraire de pousser la transgression autant qu'il leur est permis en conférant à la sexualité un rôle central dans leur vie. Ce sont des choix personnels qui sont respectables au même titre.
Ce qui pose problème c'est lorsque nous nous trouvons en situation de malaise en termes de sexualité. La résolution du malaise passe par la volonté d'exploration et, donc, par l'expérimentation et la nouveauté. Délimiter le champ érotique, c'est établir clairement 'jusqu'où on peut aller trop loin' dans l'expérimentation et de l'établir sur la base de la raison et non de la passion.
Publié par Allez_Gorille à 09:46:01 dans Les reponses du Gourou | Commentaires (0) | Permaliens
C. (qui est probablement anglophone) m'adresse cette question qui inaugurera les conseils du « Gourou » Gorille.
Bonjour C.
Je dois avouer que votre problème n'est pas simple à approcher. Vous évoquez déjà les principales sources potentielles de déficit de libido : le stress et les soucis qui prennent le pas sur les désirs (encore que dans bien des cas, comme pour moi, c'est le contraire qui arrive : les tracas ou le stress augmentent l'envie et l'ardeur aux activités sexuelles).
Dans votre cas, cependant, je ne pense pas que ce soit uniquement cela. Si je comprends bien vous éprouvez de l'excitation sexuelle et vous avez des érections normalement, mais c'est sur l'idée d'accomplir l'acte que vous êtes bloqué. Cela signifie que vous n'éprouvez pas suffisamment de désir pour votre partenaire. Me referant à votre email, vous êtes apparemment marié. Il serait souhaitable que vous ayez une franche discussion avec votre femme sur ce problème, vous imaginez bien qu'elle se rend compte de votre désaffection physique et qu'elle doit sans doute en souffrir, ce que vous ne souhaitez pas, je pense.
Comme vous le dites, il y a une part « d'effort » à faire de votre part. Je dirais même que vous devez vous « forcer » sérieusement à aller de l'avant. C'est un peu comme une rééducation de votre corps et de votre esprit pour retrouver une libido suffisante. Une rééducation ne va jamais de soi, c'est parfois même considérablement pénible, c'est par un effort de volonté et de motivation que l'on parvient à surmonter cette pénibilité.
Essayez de convaincre votre femme d'être votre « kiné » dans cette rééducation. Vous pouvez peut-être l'inviter à prendre plus d'initiative, à mener le jeu pendant un temps. Echangez aussi vos fantasmes, vous pourriez alors trouver des idées nouvelles à réaliser qui réveilleront vos ardeurs : Il est fort possible que ce soit à cause d'une certaine monotonie que votre désir s'est enfui. Un peu de nouveauté, d'audace, de perversité même seront sûrement les bienvenues.
C'est une réponse très générale, mais je manque de détails pour aller plus loin.
Portez vous bien
Publié par Allez_Gorille à 12:10:55 dans Les reponses du Gourou | Commentaires (7) | Permaliens
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