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Votre gourou érotisme et sexualité

Pour que les choses soient claires, je ne suis ni psychologue ni sexologue diplômé, mais la sexualité et l’érotisme sont des sujets que je prends plutôt au sérieux. M’autoproclamer « gourou » est TRES prétentieux mais il faut le voir comme de l’autodérision. Tout ce que je souhaite c’est mettre mes modestes connaissances et expérience à votre disposition pour tenter de répondre à vos questions, aider à résoudre vos problèmes et contribuer à soulager des souffrances... si souffrance il y a. Gratuitement, bien sur ;-) !

Vers la liberté érotique (suite) | 09 janvier 2007



Comme le sujet semble vous avoir intéressé, tout en en laissant certains sur leur faim voire carrément sceptiques, je vais essayer d'entrer plus en profondeur dans le sujet (oui ! c'est subliminal !) Toutefois, ce blog ne fait que commencer
et moi-même, je n'ai qu'une idée très vague de son évolution future. Je pense qu'au départ je ne peux pas faire l'économie de quelques textes qui se veulent fondateurs de ma pensée, des textes sans doute un peu lourds et théoriques. En passant, je remercie ceux qui ont commenté, par ailleurs certains ne souhaitent peut-être pas rentrer dans le débat dans le cadre du blog, je leur signale aussi la possibilité de m'écrire directement par email (adresse ci-contre, à gauche) que ce soit pour commenter ou pour solliciter le traitement d'un sujet.

Hier, j'avais entrepris, sommairement, de pointer des différences d'ordre culturel entre les perceptions de la sexualité dans le monde Occidental par opposition notamment à l'Asie qui souvent fascine dans ce domaine (et bien d'autres !). Cette comparaison, au demeurant, n'a de portée que très anecdotique. Le Kama-sutra, le Tantra et autres que j'évoquais ne sont pas à mes yeux des références ultimes après quoi il n'y a plus rien d'autre. Mon propos doit s'entendre comme le rejet d'une « bien-pensance » sexuelle qui m'horripile. Ce qui, à mon sens, complexifie inutilement une matière, déjà compliquée par essence, est tout ce système de conditionnements contradictoires que l'on fait subir aux personnes avec des visées que l'on pourrait qualifier de totalitaires.

Le traitement des questions de sexualité est en effet devenu éminemment politique et consumériste. De ce fait la « liberté sexuelle » n'est guère qu'une vue de l'esprit. L'être sexuel se trouve en permanence enfermé dans des schémas
de pensée, qui sont variés, antagonistes mais s'annoncent tous comme vérité universelle.

Politisation

Je relèverais quatre grands courants de pensée politique des sexualités qui dominent de nos jours : le puritanisme, le libertarisme, le néo-féminisme et le néo-machisme. On pourrait en ajouter un qui est le courant gay/lesbiennes, mais
je préfère, le laisser de coté pour l'heure, pour surtout me concentrer sur la sexualité hétéro.

Puritanisme

Le puritanisme a largement dominé les sociétés occidentales sous l'influence omnipotente des églises chrétiennes. Le puritanisme extrême consiste carrément à dénier le fait sexuel, l'activité sexuelle n'étant destinée qu'à la procréation. Les relations sexuelles ne sont acceptées que dans le cadre institutionnel du mariage (qui les rend obligatoires !). Il y a évidemment beaucoup d'hypocrisie dans tout cela. Le puritanisme est en fait la version primaire du machisme : tout est organisée autour de l'homme « Chef de famille » ayant autorité sur l'épouse et la descendance. Le plaisir sexuel de la femme étant collatéral, sinon réprouvé et celui de l'homme bienvenu puisque nécessaire à la procréation. Au delà de la sphère sexuelle, le puritanisme tend à considérer tout plaisir comme suspect et contraire au bien commun qui est dans la défense des valeurs traditionnelles telles que la famille (notamment chrétienne) ou le travail. L'effort et la souffrance renforcent, le plaisir affaiblit. Le puritanisme est souvent associé à la droite conservatrice.

Si le puritanisme n'a plus aujourd'hui son caractère hégémonique d'antan, il demeure fort, notamment par le soutien des autorités religieuses (y compris musulmanes). L'apparition du SIDA a sans doute aussi donné un regain de vigueur à ce courant.

Libertarisme

J'appelle ainsi le mouvement qui a consacré la Libération Sexuelle dans les années 60/70. Ce mouvement a été impulsé principalement par la progression des luttes féministes et par une ambiance plus générale de rébellion de l'époque (beatniks, hippies, la musique rock etc.)

Le libertarisme est donc, à l'origine, l'opposition au puritanisme. Il revendique le droit au plaisir pour tous, rendu possible, notamment, par l'apparition de la contraception qui permet de dissocier l'acte sexuel de la procréation. Il faut noter que le libertarisme apparaît dans une période de forte prospérité économique (les 30 glorieuses) et d'aspirations révolutionnaires anti-système (le puritanisme étant, lui la doctrine du système). Le libertarisme n'est pas d'essence uniquement sexuelle, c'est en fait, à l'origine, un mouvement de déconstruction sociale proche des mouvements gauchistes.

Toutefois, alors que les illusions utopistes des débuts se sont perdues avec la chute du communisme, le libertarisme sexuel a su persister en « s'institutionnalisant » à travers l'entrée des ex-rebelles dans l'age adulte. C'est ainsi que l'on voit des le milieu des années 70 naître des mouvements « libertins » (apparition de l'échangisme) et un peu plus tard des mouvements « alternatifs » (BDSM, Fétichistes etc.)

Le grand paradoxe des libertaires est que leur vision de la sexualité est extrêmement codifiée : l'adhésion à un club libertin, par exemple, relève presque du parcours initiatique où l'on est parrainé, co-opté par la communauté. Les règles sont, contre toute attente, souvent très strictes : on ne fait pas tout ce qu'on veut chez les libertins. De la même manière, les sexualités dites alternatives fonctionnent parfois de manière très ritualisée.

On observe encore un autre paradoxe : alors que libertaires originels étaient souvent gauchistes, mener une vie libertaire de nos jours est plutôt réservé à la classe des nantis.

Néo-féminisme

Alors que les féministes originelles, post-modernes, avaient une vision concentrée sur l'émancipation de la femme, en cela proche des libertaires en ce sens que la reconnaissance d'une sorte de « droit à l'orgasme » était au cœur même de leur combat, à coté d'autres droits fondamentaux (vote, autonomie financière...), les néo-féministes axent plutôt leurs combats sur la protection des femmes, face à une société qui demeure très largement structurée par des traditions
machistes.

En effet, si la légitimité des droits de la femme est aujourd'hui entré dans les mœurs (y compris le droit au plaisir), beaucoup, tant hommes que femmes, ont du mal à abandonner des poncifs qui veulent que l'homme soit plutôt actif et la femme plutôt passive (pas seulement sur le plan sexuel), de sorte que l'égalité de principe est bien souvent mise à mal dans la pratique. Cela trouve évidemment sa source dans les thèses machistes classiques (puritaines) qui sont profondément ancrées dans la société au moins au niveau inconscient. Il ne faut pas se faire d'illusion : des millénaires de domination masculine judéo-chrétienne ne peuvent pas s'effacer en quelques décennies de « révolution » féministe.

Le Néo-féminisme axe donc légitimement son discours sur le rejet du viol sous toutes ses formes et a à son actif des avancées sociales considérables telles que la pénalisation du harcèlement sexuel et des propos sexistes.

Dans le domaine sexuel, les néo-féministes (qui ne sont pas nécessairement des femmes) s'emploient à déconstruire les différences de sexualité entre hommes et femmes et récusent le principe de « rôles érotiques » attribués aux genres qui sont source d'oppression, de viol symbolique. Le Néo-féminisme condamne ainsi la prostitution, la pornographie et toute autre forme d'érotisation de l'image de la femme (publicités, « porno-chic »...), considérés comme les relents malsains
du machisme hypocrite.

Les choses ne sont pourtant pas si simples, et il me semble que les néo-féministes pêchent par simplisme :

- d'une part, attribuer exclusivement les différences de genre dans le domaine de l'érotisme aux seuls facteurs culturels me semble indéfendable. Le fait érotique est AUSSI biologique, notamment hormonal,

- d'autre part leurs condamnations de la prostitution, de la pornographie ou de l'érotisation de l'image de la femme (qu'il ne s'agit ici ni de justifier ni d'invalider) recourent à des arguments philosophiquement contestables et, surtout, comble d'ironie, renvoie à un ordre moral sexuel que ne renieraient pas les puritains.

Néo-machisme

Réaction d'opposition au Néo-féminisme, le Néo-machisme pourrait se définir comme un masculinisme libertaire. Tout en intégrant une égalité sociale des genres, les néo-machistes veulent conserver l'idée de différence de perceptions de l'érotisme. Tout comme les hommes sont présents dans le Néo-féminisme, il y a bien des femmes, et même des féministes qui sont néo-machistes : l'idée est que la répartition des rôles sexuels « passif/active », « dominateur/soumise », « protecteur/fragile » est indépassable sinon au prix d'une dénaturation du lien érotique. Pour le Néo-machisme, la virilité masculine est nécessaire au plaisir féminin, l'orgasme de la partenaire est l'accomplissement
de cette virilité. La femme, quant à elle, se veut sexy, attirante et tire fierté d'être en mesure de séduire les hommes les plus virils.

Le Néo-machisme semble être le courant dominant à ce jour, quand bien même il est souvent mal assumé car culpabilisé par le Néo-féminisme qui a une forte présence médiatique et politique.

Consumérisme sexuel

Consumérisme ici ne s'entend pas nécessairement dans un sens de transaction économique (bien que ce puisse souvent être le cas). Il s'agit plutôt d'une certaine similitude entre les relations des êtres à la consommation d'une part, et à l'acte sexuel d'autre part : Dans les sociétés industrielles et post-industrielles, l'aptitude à consommer (pouvoir d'achat) est le signe principal de la réussite socio-économique. L'être existe avant tout en tant qu'il consomme. De la même
manière, et indépendamment des penchants individuels, une sexualité épanouie est aussi un signe de réussite personnelle, donc d'intégration sociale. Bien évidemment, chacun des courants décrits précédemment a ses conceptions
spécifiques d'une « sexualité épanouie » et en fait le marketing par les canaux de leur choix qui sont souvent les mêmes que ceux du marketing commercial.

En synthèse :

Les doctrines politico-sexuelles, nous l'avons vu, sont essentiellement basées sur une guerre des sexes appliquée à l'érotisme. Sur un plan philosophique, mon propos n'est pas de péremptoirement ni récuser ni approuver aucune de ces doctrines dans leurs légitimités qui procèdent de valeurs éthiques différentes. En revanche, ce qui est rédhibitoire c'est le fait même d'édicter le sexuellement correct, de réduire le champ érotique au prétexte de postures morales, d'autant plus lorsque ces postures procèdent des affrontements des genres alors même que l'érotisme devrait, par essence rapprocher ces genres. On revient là à l'idée de « sexualité normative » dont un commentateur sur le blog précédent
semblait denier l'existence.

Ces visions réductrices s'infiltrent insidieusement dans nos esprits sous diverses formes de propagande similaires au marketing commercial.

Je ne crois pas que l'intellectualisation soit favorable à un authentique épanouissement érotique, l'état extatique et fusionnel auquel l'on aspire naturellement (enfin, je crois...). Ma conviction est que la plénitude érotique n'est accessible
qu'avec un esprit purifié, ouvert de manière presque naïve à l'exploration puis à la decouverte.



Publié par Allez_Gorille à 11:47:03 dans Textes generaux | Commentaires (18) |