
Michal et Kental se chamaillaient et cherchaient à savoir lequel d'entre eux écrivait la plus belle musique.
- C'est moi disait Michal : mes mélodies font pleurer
les femmes du monde !
- Non, c'est moi ! rétorquait Kental : mes lieds sont
plus entraînants qu'une valse viennoise !
- Tu ne saurais pas émouvoir une vache mon pauvre Michal
- Ah ! parce que tu crois que tes lieds la ferait danser ?
La dispute allait bon train quand un paysan vint à
passer sur le chemin. Il emmenait sa vache aux champs. Les deux
musiciens virent là l'occasion de mettre un terme à leur
différend.
- Holà paysan ! Verrais-tu un inconvénient à ce que nous
jouions pour ta vache ?
- Ma foi, si ça peut vous faire plaisir... Elle ne s'en
portera pas plus mal.
Michal dégourdit ses doigts, accorda sa balalaïka et joua
le plus belle mélodie slave jamais entendue par une vache...
sans résultat : la bête rumina et ne bougea pas une oreille.
Michal, vexé, passa la main à son rival qui ne fit pas mieux.
Le lied enfiévré ne parvint même pas à faire lever une patte au
bovin.
- C'est peine perdue. Ta vache n'a pas l'oreille musicale,
reprocha Michal au paysan.
- Dame ! C'est que vous lui cassez les oreilles, répondit le
paysan. Si vous consentez à me prêter votre instrument, je saurai,
moi, lui jouer une ritournelle.
Intrigués, Michal et Kental cédèrent la balalaïka.
Le paysan fit de son mieux pour imiter le vrombissement des mouches et le meuglement des petits veaux. Aussitôt la vache dressa
l'oreille, balança sa queue et s'approcha du musicien pour écouter jusqu'au bout cette musique qui, enfin, lui parlait.
(www.club-positif.com)
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Si on a parfois du mal à communiquer avec nos semblables, c'est peut être parce que, comme Michal et Kental, nous ne leur joueons pas la musique qu'ils savent entendre.
Sans flatter pour autant, rester dans le dialogue vrai qui demande beaucoup de tact, de diplomatie, de patience, d' écoute, faire passser quand même quelques constats difficiles.
Et choisir les mots que l' autre est sûr de comprendre sans lui imposer de discours trop complexe, sans l' étourdir, tout en déjouant les pièges du Verbe .
Je sais tout ça. Et pourtant hier soir, une corde s' est cassée...
Nos instruments ont côtoyé le grotesque et le grave, joué la partition de la discorde au lieu de rester sur une clé joyeuse...
Alors, avec tristesse, j' ai envie de dire comme Freud dans son livre "Ma vie et la psychanalyse":
"Dieu, pourquoi ne m' as-tu pas faite plus intelligente ?"
(cette interrogation sur une magnifique photo de Francine Bernaert, ici dans mon blogroll
Saint Pancras priez pour moi...)
Publié par little stella à 11:27:19 dans rencontre | Commentaires (2) | Permaliens
Le bus traversait la ville encombrée et je n’avais aucune raison de porter un regard attentif au passager assis à côté de moi, sur ma gauche, contre la vitre. Dans la froideur citadine que je recevais par mes cinq sens déployés, la routine des transports en commun avait toute la lourdeur d’une journée sans surprise. Et pourtant… Mon passager me demanda soudainement de lui faire de la place pour s’engager dans le couloir du bus. Je le vis se pencher sur une femme, une amie certainement. J’attendais son retour, debout dans l’allée. Au bout de quelques minutes, il revint s’asseoir près de moi et prit une position méditative. Le coude ramené sur le genou, le menton appuyé sur sa main gauche refermée, il jetait un regard inquisiteur au monde urbain qui défilait sous ses yeux. A ce moment-là, je remarquai un tatouage, non, pas une image mais des mots, inscrits avec opiniâtreté sur la face interne de son poignet… « Crève ou crée ! » En une seconde, ce passager, insignifiant jusqu’ ici, prit un relief inattendu. Je le regardai plus précisément, scrutai son regard d’un bleu magnétique, tentai de le situer socialement…Trois mots d’une violence inouïe et qu’il porterait à jamais comme un oriflamme, comme l’étendard d’une nation. Trois mots sans tendresse mais qui en disaient long sur sa détermination, sur sa perception de la vie, sur ses choix, sur son acharnement à exister vraiment. EXISTER, rebelle s’il le faut, aux modes et tendances, au politiquement-correct, à la pensée monolithique, libre de toute façon. Etait-ce un artiste, un sociologue, un philosophe, un intello rêveur, un expert en développement personnel ? Peu importe…Il portait dans sa chair un message révolutionnaire mais pas de ceux qu’on peut lire dans les manif ou qui ont fait la gloire de Mai 68. Ce message incisif, outrageant, concis, claquant comme une cravache, résonnait en moi étrangement mais pleinement. Il fracassait mes neurones, il me flagellait, me sortait de ma torpeur, me faisait prendre d’assaut toutes les citadelles du savoir, chevaucher toutes les compilations humaines. Il me renvoyait en fait à une vérité profonde, à un enseignement de grande sagesse. CREER pour mieux comprendre le processus de la vie, couler dans son mouvement permanent, alternatif, rotatif, fugitif. Créer, comme l’abeille qui fait son miel, créer pour embrasser les forces de l’Incommensurable, du Sacré, de l’Infini. Créer pour ne pas se scléroser, pour rester dans la joie, dans cette vibration unique avec les autres, avec Soi. Créer pour répondre aux Idées, pour les incarner, se dépasser, tirer le meilleur de ses talents, de son intuition, et prendre un goût d’éternité. Créer enfin à la manière de Lao-Tse… « Créer, non posséder ; œuvrer, non retenir ; accroître, non dominer. » Crève ou crée... l' inconnu du bus martelait innocemment son sceau au fronton de ma conscience, quel cadeau !
Publié par little stella à 13:20:57 dans rencontre | Commentaires (0) | Permaliens

Quadragénaire deux fois divorcée, voilà sept ans que je mettais chaque jour plus en avant mon infirmité affective.
Elle se réduisait à deux adjectifs : pathétique et grotesque.
A l' automne 93, je décidai d' en finir en confiant mon sort à des « professionnels du cœur ».
C' est ainsi que je fis la connaissance d' Anne-Marie.
Elle tenait un nouveau club de rencontres à Chambéry, le club « Aurore », qui avait pour emblème publicitaire deux cygnes amoureusement enlacés.
Quelle ne fut pas ma surprise en entrant dans le cabinet matrimonial...
Anne-Marie était l' ancienne épicière de Challes-les-Eaux ! Elle avait délaissé les fruits et les légumes pour les intrigues de l' amour. Son commerce la menait...
Ongles carminés, sourire de circonstance, ma conseillère étalait une grande compassion qui me fit rapidement miroiter monts et merveilles.
Elle feuilleta son fichier avec dextérité, prit un air méditatif, me donna l' impression de vouloir vraiment prendre mon destin en main.
Je n' avais pas l' âge de la résignation et ma foi, je pouvais encore plaire...mieux, refaire ma vie.
Le contrat d' adhésion fut vite signé. Il ne me restait plus qu' à attendre la sonnerie du téléphone.
Huit jours après, j' obtins mon rendez-vous galant. Jacques se présenta le premier, très à l' aise, la voix tendre. Il désirait me voir rapidement et moi, je ne fis rien pour retarder les choses. Après tout, il valait mieux nous rencontrer tout de suite.
Pour cette première « présentation », je fis quelques emplettes, histoire de renouveler ma garde-robe...nouvelle jupe assortie d' un body très sexy en dentelle noire, et pour tout vous dire, je me trouvais assez jolie.
Ce premier contact me stressait quand même un peu. Avais-je perdu la tête ? Pourquoi me réduire à ces manoeuvres ? Mais pas de questions existentielles, j' avais décidé de rester simple et de vivre avec mon temps.
J' arrivai à l'heure à l' endroit convenu. Jacques était un grand gaillard, bel homme, en costume sombre et chemise blanche mais sans cravate. Très bien...
Regard plein de charme, sourire discret...Nous avons passé plus d' une heure ensemble, assis au Café de l' Horloge, dans une vraie complicité. Mais il s' épancha peu et me convia assez vite à le suivre.
Il habitait Rue Basse du Château, dans un vieil immeuble classé monument historique.
La porte d' entrée s'ouvrit sur...un immense piano à queue ! Après le premier étonnement , je fus éblouie.
Pour la première fois de ma vie, on m' offrit Brahms et Chopin sur un plateau d' argent et pour moi toute seule !
Les doigts sautaient sur les touches, s'envolaient, revenaient, caressaient l'ivoire avec un talent fou. Mon artiste regardait peu les partitions posées devant lui. Les yeux fermés, il m' emportait dans ses jardins musicaux...
Le lendemain, j' appelai Anne-Marie pour lui faire part de mes impressions.
« Ah ! oui...dit-elle, il est doué...mais...c' est un immature !... »
Et voilà, elle avait tout brisé en deux secondes !
Décidément,on ne pouvait pas passer de l' épicerie fine au royaume de l'amour sans faire... un peu de casse !!
Je revis Jacques cependant. Il aurait bien déménagé son piano pour l' installer dans mon séjour mais...sa femme le harcelait encore et il n' arrivait pas à s' en débarrasser. Tout compte fait, il préféra vivre chez ses parents aux Avenières.
Effectivement, il n' était pas prêt pour démarrer une nouvelle histoire et j' ai dû tout naturellement oublier mon beau pianiste . Quelle déception...
Publié par little stella à 00:49:23 dans rencontre | Commentaires (8) | Permaliens
Gare de Lyon La Part Dieu ce matin 11h15...
J' attendais mon ami Jean-Baptiste, dans la foule des voyageurs qui montait, descendait les escaliers, s'affairait autour des panneaux d' affichage, circulait.
J' ai dû lire l' heure d' arrivée du train de Strasbourg à haute voix...C' est alors que, tout près de moi, une voix me répondit: " Le train de Strasbourg aura dix minutes de retard madame..." Je me suis retournée, étonnée et, surprise, je vis un homme élégamment vêtu, qui me souriait de toutes ses blanches dents.
Je lui souris à mon tour et je lus dans ses yeux le désir de faire plus ample connaissance.
Il attendait lui aussi une amie arrivant de Metz, il habitait Argelès, il venait la rejoindre à Lyon pour une escapade à St Jean, il possédait un bateau baptisé "Palacio", il était fou de mer, il avait mené une vie trépidante et s' était résigné finalement à reprendre son indépendance auprès de son île flottante.
Photos à l' appui, l' homme ne semblait pas mentir.
Il m' invita sans plus tarder à Argelès et là, devant sa précipitation, je voulus m' en éloigner un peu. Je bredouillai quelques excuses banales...
Le train que j' attendais avait bien du retard. Je fis les cent pas dans le hall tout en m' apercevant que "mon homme" ne me quittait pas des yeux.
Il revint lentement vers moi, arborant le même sourire. J' acceptai alors de converser plus librement .
D' aveux en confidences, il déchira une feuille d' un petit carnet, y griffonna son numéro de portable et m' incita à en faire autant. Je saisis son stylo ...Il fallait bien lui rendre la politesse !
Après quelques brefs souhaits de bonne journée, nous sommes partis, chacun de son côté, lui vers le train qui arrivait de Metz et moi vers celui de Strasbourg qui entrait en gare.
Rencontre brève qui n' a pas duré plus de dix minutes ! Ahurissant ...
A peine le temps de revenir à la réalité que mon "autre homme" se trouvait déjà devant moi, du haut de son 1m93... Pas mal non plus celui-là !!
Franchement, à choisir, je n' aurais su à quel bras me lier pour quitter la gare. Ah...la vacuité des célibataires !
Publié par little stella à 19:58:05 dans rencontre | Commentaires (10) | Permaliens
("Enracinement")
Quelle est cette drôle de dame, attachée par le haut et par le bas ?
Elle prendrait les forces de la Terre, les délices du Cosmos et les messages de l' Au-delà ?
C' est certainement ça qui lui permet de prendre son pied ...
Alors, faisons comme elle !
Little stella
Publié par little stella à 11:51:06 dans rencontre | Commentaires (14) | Permaliens
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