« A son carpe diem allait faire écho mon requiem.
Je riais sans rire, je mangeais sans goût, j' entendais sans écouter, je marchais sans vie.
Poupée cassée, désarticulée...
Le temps pétrit mon chagrin à coups de larmes et de « jamais plus », le laissa reposer.
Sur les terrasses du Splendide, la glycine tardive embaumait et ses grappes élégantes retombaient en rideau d' améthystes.
Les rosiers se déclinaient en jaune, en rose, en pourpre, et dans le bassin, une myriade de petits poissons frétillait autour de Neptune.
Beautés qui ne m' enchantaient plus...
La sinistrose avait remplacé l' osmose. Pierre me faisait souffrir et moi, je me faisais honte.
Qui étais-je exactement ? Qu' une mosaïque aux multiples facettes...
Forte et faible, brave et lâche, magnanime et décevante, sérieuse et téméraire.
Comment devenir une autre ? Comment ne plus trébucher ? Où se trouvait ma voie du milieu ?
Entre mes failles et mes extrêmes, j' ignorais où elle se cachait.
En guise de bonheur, je n' avais hérité que d' un purgatoire.
J' avançais sur mon chemin de sagesse...les yeux bandés. »
Solange Arcamone
( Une nouvelle que j' ai écrite en 1988...
Arsouille ! ici dans ce blog et rangé dans mes thèmes...
vingt ans déjà ! )
Publié par little stella à 09:03:17 dans Arsouille ! | Commentaires (2) | Permaliens
Sabine y possédait une maison de village, peu confortable mais si émouvante avec son minuscule jardin et son unique citronnier.Elle aimait y réunir ses amies, au mois d' août. Lina et ses deux filles furent de la partie, bien sûr !
Chaque matin, entre le puits et le vieux four, sur la grande table, bols de café et tartines de miel nous remettaient sur pieds.
Longues journées sur les rivages de Majorque...Beignets et châteaux de sable... en famille !!
Pour moi, retranchements solitaires, jours trop blancs, plages trop vivaces, vagues...à l' âme...flux et reflux... d' amertume .
Chaque soir, après le coucher des "petites", sous les flammes des bougies et dans les odeurs de citronnelle, les "grandes" parlaient, encore et encore, librement . Elles s' écoutaient, se conseillaient souvent, se guérissaient même, sans hôpital, sans prescription d'ordonnance .
Douce médecine qui soignait tout : la tête, le corps et l' esprit ! Aveux et confidences...sans jugement, sans condamnation .
Sabine s' éloignait de Bruno, Lina n' arrivait pas à briser les ailes de son merle, et Sosso jouait sa nouvelle partition sur le mode du ...courage .
Elle le prenait partout, dans les yeux " des filles"...dans les livres et dans ces lignes de Khalil Gibran...
" Si vous cherchez à cacher vos soucis ou à dissiper vos craintes pour libérer ainsi votre esprit,
Sachez que vous-même les avez choisis avant que vous ne les ayez subis, et que le siège de votre frayeur est dans votre coeur et non point dans la main de celui qui vous fait peur.
En vérité, tout ce qui se meut en vous est dans une constante semi-étreinte : ce qui vous réjouit et ce qui vous terrifie, ce que vous haïssez et ce que vous chérissez, ce que vous désirez saisir et ce que vous cherchez à fuir.
Vos actes sont des jeux d' ombres et de lumières en couples enlacés . Toute ombre se dégrade, se fond et se meurt à l' arrivée d'une lumière, et toute lumière qui s' attarde derrière ses lisières devient alors une ombre pour une autre lumière .
Ainsi en est-il pour votre liberté, dès lors qu' elle se désenchaîne, devient elle-même les chaînes d' une plus grande liberté . "
Majorque ...refuge de libertés pour George Sand et Musset...
Pour moi ... terre de Géricault !
Dans les recoins de mon coeur, je cherchais le sens de ma vie .
Solange Arcamone
Publié par little stella à 12:00:54 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Je riais sans rire, je mangeais sans goût, j' entendais sans écouter, je marchais sans vie .
Poupée cassée...désarticulée...
Le temps pétrit mon chagrin à coups de larmes et de "jamais plus !"...le laissa reposer .
Sur les terrasses du Splendide, la glycine tardive embaumait et ses grappes élégantes tombaient en rideau d' améthystes. Les rosiers se déclinaient en jaune, en rose, en pourpre, et dans le bassin, une myriade de petits poissons frétillait autour de Neptune .
Beautés qui ne m' enchantaient plus ...
La sinistrose avait remplacé l' osmose. Pierre me faisait souffrir et moi, je me faisais honte .
Qui étais-je exactement ? Qu' une mosaïque, aux multiples facettes...
Forte et faible, brave et lâche, magnanime et décevante, sérieuse et téméraire... Comment devenir une autre ? Comment ne plus trébucher ? Où se trouvait ma "voie du milieu ?"...
Entre mes failles et mes extrêmes, j' ignorais où elle se cachait . En guise de bonheur, je n' avais qu' un purgatoire . J' avançais sur mon chemin de sagesse, les yeux bandés .
Je quittai mes élèves sur un trente juin radieux...
Les "bonnes vacances maîtresse !" fusaient partout, dans la cour comme au portail de l' école .
Enfants affectueux, parents reconnaissants avec leurs bras chargés de fleurs . Moments d' émotion...toujours .
Gladys était déjà partie au Grau du Roi, avec les parents de Delphine, sa grande complice. Sa carte me fit plaisir ....
" Bonjour maman !
Nous sommes allés au restaurant chinois. J' ai pris des rouleaux de printemps enroulés dans de la feuille de salade et de la menthe. C' était délicieux! Nous avons visité Aigues-Mortes...Cette ville te plairait, j' en suis sûre !
Gros bisous - Gladys "
Elle venait de terminer sa cinquième, faiblement. La mer la ravigoterait .
A la mi-juillet, j' avais un autre signe, tout aussi agréable...
" Hello !
Grosses bises de Bourne où mes vacances s' annoncent excellentes. Le temps est au beau et ma famille anglaise très sympa. Je suis en "immersion" totale, mais je me suis débrouillé pour voir certains camarades tous les jours. Heureusement, sinon le début du séjour aurait été difficile ! Ce soir, je suis invité au mariage de Linda, la fille de Mr and Ms Brown. Je leur ai acheté une bouteille de Chartreuse...ça a été dur, mais je l' ai tout de même trouvée !
J' ai oublié de te dire que Bourne est un coin perdu, à 15O km au nord de Londres. C' est Chignin en un peu plus grand...
Sur ce, je te dis à bientôt . Lucien "
Il se destinait à la restauration...sa grande vocation... et s' était inscrit à Lyon, dans une école hôtelière .
Cartable fermé, cahiers rangés, j' avais du temps libre à revendre .
Dans le calme du "terrier", je pouvais disséquer l' ambiguité de l' Arsouille.
Libre penseur, il vivait en fait, sans contraintes, sans déterminisme, profondément croyant en sa doctrine :
" Je peux donner beaucoup mais il ne faut pas m' accaparer" .
Ses joies et ses peines, il les glanait, en bon "soixante-huitard", sur la route périlleuse de la vraie liberté, celle d' où l'on sort parfois malheureux .
Ses regards ne mentaient pas . Il en avait des gais et des tristes, des lointains et des proches, des violents et des doux ...des durs et ...des fous.
Sa crise de comportement, c' était le stigmate de ses angoisses existentielles. Ses tumultes, la rançon de sa gloire. Il les surmontait à sa manière, en se forgeant un nouveau destin.
La Saint Valentin le rendait maussade . L' Amour finalement, ne lui avait-il pas tourné le dos ? Pierre craignait par-dessus tout l' isolement. Il le combattait, chez lui, avec trois téléphones et un répondeur automatique .
Travail, réunions, conférences, formations, déplacements en France ou à l' Etranger ... sa vie tournait comme un manège, grisant, incessant, avec ses hauts et ses bas .
Mais la mort rôdait. Elle lui accordait un sursis...s' il le méritait !
Qu' en avait-il fait ? Un hymne à la vie ! Quel engagement !
Chevalier à "coeur ouvert", il faisait rêver ces dames, sans jamais de fiançailles, sans jamais d' épousailles ...
Il réalisait à lui tout seul, la Sainte Trinité des Temps Modernes :
Epicure, Socrate et Casanova .
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 13:11:41 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
La résolution s' imposait d' elle-même...garder Pierre, c' était périr. Je devais donc l'oublier.
Ici et là, dans les fermes environnantes, des ampoules brillaient déjà . On se levait tôt chez les agriculteurs. Hâletante, plaintive, je rentrai péniblement au châlet .
Dans mon lit froid, pensées obsessionnelles, sommeil impossible .
Ah! si j' avais pu me décapiter !
Pierre vivait le présent pleinement, sans se poser de questions, à l' affût de toutes les jouissances .
Son temps n'avait qu' une seule dimension : ici et maintenant .
Il me l' avait encore prouvé. Il prenait tout. Comment faisait-il ?
" Accepte les choses comme elles sont..." Sa pythie résonnait dans mes tempes.
Je ne pouvais pas. Il me manquait un futur...un futur à deux . Voilà ce que je voulais . Lui, d' autres temps forts l' attendraient, d' autres occasions . Il les honorerait toutes. Il les recherchait tant !
Mais d' où tirait-il sa force de vivre ? De son naturel dynamique ou de sa grave opération cardiaque ? Son coeur avait cédé à trente-six ans. Pour qui ?... Pourquoi ?...
L' Arsouille avait enduré trois années d' hospitalisation pour garantir le maintien d' une greffe. La première avait échoué: le ventricule ...de porc n' avait pas été supporté ! La deuxième avait réussi, grâce au cheval. Elle le maintenait en vie. Combien de temps ? Mordante réalité ...
Je mesurai mieux le bien-fondé de son "carpe diem", mais tout de même...Pierre ne pouvait continuer à s' illusionner , à nier plus longtemps les malheurs qu' il distribuait autour de lui.
Il savait bien de toute façon, que tôt ou tard, il devrait solder ses comptes, dresser son propre bilan, s' il voulait enfin se réconcilier avec lui-même, vivre mieux...à l' aube de sa vieillesse .
Notre séjour au Corbier s' acheva sur un samedi tout gris et sur ...un bon ménage ! Vaisselle lavée, sols récurés, couettes pliées, volets fermés, le châlet attendait ses nouveaux occupants .
Sabine rangeait un dernier objet dans le coffre de sa voiture: sa cocotte minute !! C' était le seul ustensile de cuisine auquel elle tenait . Habituée à nourrir ses enfants voraces, elle continuait avec nous... riz, poulet au citron, pot au feu, conserves de champignons, confiture maison, la "Mama" avait veillé à tout .
Sa Fiat roulait légère et s' appliquait à prendre les lacets avec prudence...pas comme l' Autre !
Les hameaux défilaient, les toits gouttaient, les vergers s' éveillaient ...au dégel.
Cyndia et Gladys comparaient leurs dernières performances. En bonnes skieuses, elles complotaient de prochains exploits !
Le mien, serait tout simplement de terminer cette année scolaire.
L'Arsouille m' avait tellement ébranlée ...
( à suivre)
Solange Arcamone
Publié par little stella à 11:55:00 dans Arsouille ! | Commentaires (4) | Permaliens
Elle m' invita, avec Gladys . Nos deux filles s' entendaient bien .
La station de sport d'hiver vivait ses derniers jours d' ouverture . La saison se terminait .
La montagne ne s' était pas encore dévêtue. Les neiges floréales avaient embelli son manteau blanc .
C' était si bon de se laisser glisser sur les pentes immaculées, de respirer à pleins poumons ...
J' offris à notre petite équipée le plus beau "soleil" de ma carrière de grande sportive ! Une nappe de terre m' arrêta net dans ma descente...Je me retrouvai les deux skis en l' air !...Après la peur, le réconfort...On se marrait toutes les quatre !
Un soir, nous avions invité Pierre. Avec son sens inné de l' orientation, il repéra sans problème le petit châlet de location .
" Notre phénomène" arriva vers dix-neuf heures, à l' heure dite .
Sa 2O5 GTI avait assuré . Les virolets savoyards n' allaient quand même pas l'impressionner ! Bruno, le chéri de Sabine l' accompagnait. La route l' avait retourné et pour cause !
L' accueil fut chaleureux. Pierre s' extasia sur nos bonnes mines . En effet, bien colorées, bien reposées, nous avions l'intention de vivre au mieux cette soirée qui tombait à pic . Je pensais tenir le coup ...
Les crêpes salées, sucrées, re-salées, re-sucrées, scellaient mon nouveau pacte d' amitié avec l' Arsouille . Il était égal à lui-même .
Plein d' humour, ravi, attentif... coopérant aussi quand il manquait quelque chose à table et qu' il fallait se lever. A l' aise partout, tout l' temps ! Il pétillait...Encore une situation qui l' aguichait, en "bon copain" !
Je ne le regardais jamais. Ma chute du matin n' alimentait que trop la conversation...
Le "bergeron" remplissait nos verres, déliait nos langues et nous détendait . Calembours, plaisanteries, oeillades avec Sabine ...La bonne ambiance !
A la fin du repas, la grolle passa sous nos nez, agile et guillerette.
L' orange, la cannelle, la gnôle et le vin chaud devinrent de puissants sortilèges ! Nous baignions tous les six dans un amour dilaté, une sorte de communion des saints autour de son chef suprême : Saint Pierre !
Le temps passa vite. La nuit avançait. Nos invités pensaient à rentrer. Nous étions en pleine semaine et dans quelques heures ils reprendraient leur travail . Bises et derniers sourires les accompagnèrent à la voiture .
Pierre s' approcha de moi, prit mes mains et les serra fort . Ses yeux me fixaient et je ressentis entre nous ...un lien infini...Il était moi...et j' étais lui...sur la pellicule de l' éternité . Plus rien ne nous séparait. Trop brève illumination ...
Bruno s' impatientait . Le démarrage du moteur et la lumière des phares marquèrent leur départ . La GTI disparut rapidement. Elle dévorait les virages dangereux les uns après les autres . J' entendais le crissement de ses freinages dans le grand silence montagnard . L' Arsouille faisait corps avec sa 2O5. Il claironnait souvent ..." Je suis comme elle, je fonce ! " Et il fonça .
La frustration rejaillit, mes tourments aussi . A nouveau l'abandon puis le désir de disparaître .
Mes pas tremblants me guidaient à l' aveuglette , dans le noir, la gorge serrée . Je me fustigeai..."
"Arrête, tourne la page...Tu vas en crever...Passe à autre chose ! Tu croyais quoi ? ..."
Mes pieds portaient un corps perdu, sur une route qu' ils ne voyaient plus.
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 19:29:44 dans Arsouille ! | Commentaires (4) | Permaliens
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