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Lettres de coeur

depuis Mogador

Mes amours | 15 janvier 2006

 Ma mère me disait toujours : " C' est le premier amour qui compte !"


J' en étais à mon troisième !... Mon premier amour remontait à février 69, je n'avais pas dix-huit ans .


Joëlle, mon amie, avait invité son cousin pendant les vacances scolaires . Robert débarqua donc un beau matin dans notre cité H.L.M du Biollay .


Jean, schetland et mocassins ...arrrêt sur image . Les yeux bleus de ses seize ans présageaient une belle histoire . Belle, elle le fut, mais brève , hélas ! J' étais son "seul ange" et lui, mon véritable éveil au monde , après le père noël !


 Hypersensible, mûri par la séparation de ses parents, brillant, il habitait Lyon et moi Chambéry. Peu commode ...


 M' échappant certains dimanches de l' autorité parentale, j' allais le voir, en train . La gare de Perrache, c' était mon école buissonnière ! Très épris l'un de l'autre, nous étions aussi très sages .


 Sensualités délicates, respectueuses...premiers effleurements de nos "jeux interdits" sur la guitare de Narciso Yepes...


Sa chambre flairait l' insurrection. Au mur, un portrait du "Che"...


Brassens, Brel, Ferrat , Léo Ferré...s' étalaient en grand . Il flirtait avec l' Anarchie et je m' habillais en noir . Il me parlait de Mao, de Lénine, de Marx et je lisais le "Manifeste du Parti Communiste". J' avais si peur de ne pas être à la hauteur ! Sa révolte avait fait de moi une "graine de gauchiste". A vrai dire, sortie tout droit de mes versions latines, je me sentais plus concernée par "La Guerre des Gaules" que par Mai 68...quoique...barricades contre C.R.S, c' était bien La Gaule en Guerre !


Je pensais "liberté", Robert, lui, "égalité". Bourgeois, ouvriers, patrons, sa trilogie l' envahissait . Son âme de militant m' avait donné de nouvelles convictions et ...de grands sentiments . Nos baisers s'attardaient sur John Lenon et se suspendaient à l'entrée intempestive de sa mère !


Toutes les semaines, j' attendais l' enveloppe blanche avec son estampille du Musée de l' Automobile...Amour épistolaire plus que physique, il s' écroula au bout de seize mois, dans son abîme de souhaits non réalisés . Les entraves familiales de part et d' autre, avaient signé sa mise à mort . A l' approche du Bac, j' abandonnai tout : les Beatles et ...mes lettres parfumées .


Mais "la condition ouvrière" ne me laissa plus jamais indifférente. Pour mieux la méditer, je passai le mois de juillet " à la chaîne" chez Coppélia . Quelle volonté !  J' attachais, en grappe, des tas de bonbons, des centaines par jour ! Ah ! les belles idées !...Elles s' étaient vite arrêtées sur mes doigts tailladés par le rafia trop solide . Mes pansements m' avaient résolument décidée à chercher un autre emploi saisonnier et... à poursuivre mes études ! 


En novembre 7O, Joëlle périt atrocement dans l' incendie meurtrier du "Cinq/Sept", à Saint Laurent du Pont , en Isère. Elle était partie "dans la lumière" , en dansant... Elle avait dix-sept ans . Plus de cent brûlés vifs...la "bande du Biollay", tous des copains, avait été décimée .


" Rain and tears..." l' histoire liée à mon premier amour s' était terminée en  tragédie . Délits de la vie...mystère de ses fondus-enchaînés ... 


En Terminale, je "tombai en philosophie ". Après Platon, c' était Descartes qui m'avait  absorbée avec sa "Preuve ontologique de l' Existence de Dieu" ...Pythagore souffrait...Je ne voulais plus entendre parler de mathématiques , préférant les citations aux solutions, les syllogismes aux équations .


Jean-Claude résolvait mes problèmes de "fonctions" et moi, je lui synthétisais la " Théorie des Emotions " de Sartre .


Echange solidaire entre deux copains de lycée et peu à peu entre deux étudiants, toujours ensemble ... Crescendo émotionnel à Grenoble : premier amant, premier enfant, premier mariage . Qualifié à vingt ans, meilleur basketteur de la région Rhône-Alpes, Jean-Claude passait son temps entre la fac de Droit, Mozart et ... son sac de sport !


Chaque samedi soir, dans chaque gymnase, clairons, étendards de vert et de blanc aux couleurs de l' équipe favorite, deuxième au classement national et prétendante à la première place ! Salle surchauffée, explosive... La hargne aux dents, les supporters trépignaient pour "Challes" et ...pour "Coco" l' enfant du pays savoyard !


Entraînements intensifs, tournois, sélections, éloges et trophées . Le ballon rond lui "dribblait" les neurones !!


 Dix ans plus tard, dans les années 8O, je cisaillais ses maillots et lui crevais les pneus de sa voiture pour ne plus le voir partir... L' arbitre du dernier match n' allait pas tarder à siffler la fin de notre "dernière messe" .


De Jean-Claude, j' étais passé à Pierre, innocemment...


Liaison en pointillés, à prendre ou à laisser, sans promesse, sans baptême. Ainsi donc, on pouvait aimer plusieurs fois, et d'une manière tout aussi sincère, engagée . 


Pouvais-je vraiment diriger le cours de l' Amour ou était-ce lui qui décidait de tout ?


Ces questions lancinantes allaient encombrer ma vie sentimentale à tout jamais .


                                  ( à suivre )


                                     Solange Arcamone

Publié par little stella à 21:26:58 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Spleen | 15 janvier 2006

      Deux mois passés...abattue, prostrée.

Dans le parc du Splendide, les marronniers bourgeonnaient.

Neptune riait dans sa barbe...son bassin dégelait . Le grand cèdre bleu s' étirait, la tourterelle chantait . Sur les pelouses et les talus, crocus, violettes, primevères...

Le printemps présentait ses nouvelles toiles. Je n' avais pas le coeur au vernissage .

Je vivais dans un monde sans saisons. Je fuyais les gens heureux et le soleil m' attristait . Lina me fit un clin d' oeil, le 22 mars ...

 

                     "    Ma So...

Les mauvais moments laissent tellement apprécier les bons ! Essaie de prendre ta vie avec un peu plus d'espoir... Bats-toi ! On y arrivera ! J' en suis sûre !! En attendant...bon anniversaire ! "

Pierre, lui, ne s' était pas manifesté . Je lui en voulais.

 Quand rien n' arrivait à freiner mes élans, je lui téléphonais, d' une manière détachée, au-dessus de tout, faussement, sans le mettre dans l' embarras, en "bonne copine" !

" Bonjour ...l' Arsouille !" et... je lui parlais avec désinvolture de choses et d'autres, de mes préoccupations professionnelles, de mes lectures ... Orgueil démesuré ou pudeur pathologique ? Il m' importait de me montrer forte, raisonnable .

Lui, ne me rejetait jamais. Il restait seulement secret, évasif . Avec un peu d' insistance, on se serait même revus ! Il évoquait souvent son travail prenant, débordant. Le temps lui jouait des tours ...

Parfois, je le sentais fatigué, comme déçu . Alors, suspendue à ses paroles, je tentais vainement de détecter dans sa voix une intonation, un silence révélateur, quelque indice qui aurait pu me faire penser que la situation pouvait encore évoluer en ma faveur .

Quelle torture quand il me rengainait ..." Bonjour, toi, la vie est belle ? ..." Je traduisais à ma façon, la plus arrangeante, c'est à dire :

           " Vis, toi, ne rate rien, moi, je suis trop mal ..."

Cette image d' un Pierre tourmenté me renvoyait une jouissance curieuse .

J 'entretenais finalement l' ignoble espoir de ne jamais le savoir heureux, avec aucune femme . Quel cynisme ... L' introspection me tenait dans son étau, des heures .

L' Arsouille n' avait fait de moi qu' une marionnette. Il pouvait me chérir, me jeter ou me broyer. J' étais une futilité de plus, rien d' autre pour cet insatiable .

Sa philosophie le gouvernait. Quand les tours du Hasard l' écartaient trop de ses fondements, une peur inconsciente le retenait, l' empêchait de s'investir davantage, lui défendait de croire en l' autre parce qu' il ne croyait plus en lui.

Plus les avances féminines l' offensaient, plus il se protégeait, renforçant sa défensive .

Il imaginait alors une vie commune avec trois femmes...(décidément ce chiffre impair l'inspirait beaucoup !)...dans une architecture bien appropriée, chacune son entrée, chacune son appartement. Il avait eu l' élégance de m' associer à la tribu !!

L' audace de ses conceptions et la difficulté qu' il rencontrait à les "mettre en pratique", le poussaient de temps à autre à les revoir .

Alors le papillon s' étourdissait . Pierre se rangeait à la normalité et assurait pleinement une relation sentimentale, du moins à ses débuts .

Il m' avait prise dans ses filets, moi, aveuglée par mon romantisme et ma peur de la solitude, moi, que rien n' avait disposée à ...ce choc de cultures !

                        J 'en payais les frais .

                                ( à suivre )

                                               Solange Arcamone

Publié par little stella à 10:04:55 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Carpe diem | 14 janvier 2006

L' Arsouille me montrait une autre perception de l' amour .

 Il était passé maître dans l' art de séduire et les femmes le flattaient bien . Lui, les appréciait trop pour ne se limiter qu' à une seule . Par contre, il les traitait sans indulgence...

" Je m' appuie sur deux choses : mon travail et mes enfants...les femmes c'est pas intéressant !"

Il avait dû en connaître des batailles et des défaites, cet aventurier ! Quelques belles victoires aussi ! Quelles étaient réellement ses raisons de vivre ? Etre vrai ? Etre faux ? Etre exceptionnel ? N' était-il pas finalement qu' un grand égoïste ?

Il devait pourtant compter assez de succès pour BIEN choisir sa femme. Choisir ? Le pouvait-il ? Le voulait-il ? Il ne s' était jamais informé sur mon vécu. Pourquoi lui avais-je plu ? Pourquoi m' infligeait-il ses caprices ? Comme un malin génie, il se volatilisait, se réincarnait , là où il voulait, quand il voulait .

Grâce à lui, allais-je découvrir un nouveau paradygme de l' Amour...qui me ferait préférer la rareté à la permanence, la frivolité au respect, le mensonge à la vérité et ...le plaisir à l' engagement ? 

Pouvait-on le taxer de légèreté ? Non .

Une métaphore de Spinoza lui collait à la peau : la plaque de cire ! Tout laissait trace, tout s' imprégnait en lui . Rien ne le laissait indifférent ...un détail vestimentaire, un geste, une posture, une coquetterie, mes soucis ... Pour régler mes découverts bancaires, il m' avait laissé un chèque de dix mille francs alors qu'on se connaissait à peine ! Sa générosité m' avait touchée ...

                " On l'a fait pour moi, je le fais pour toi. "

Sa "complexité" ressemblait à une grande humanité . Quel personnage ! Pourtant, je n'arrivais pas à le situer dans une logique de comportements .

Quand ses incohérences me décourageaient trop, il me jetait à la face :

      " Je ne peux pas changer ! Je suis comme Napoléon...J' ai des fonctionnements à tiroirs ." C' était donc ça !! Non, vraiment, je ne l'aurais jamais trouvé toute seule !!!

A la réflexion, je le pensais assez adroit pour donner à chaque femme le sentiment d' être unique tout en ne la rassurant jamais complètement . Il gardait une marge de manoeuvre qui lui permettait tous les paradoxes .

Il pouvait soutenir et se détacher, aimer et garder ses distances. Il réclamait peu. Cette non-demande me faisait mal .

 Dans mon "transport", j' étais fière d' être aux côtés d'un homme peu ordinaire, mais dans mon désarroi, je ne retenais de cette relation........... "d' alcôve" que l'insatisfaction que je connaissais .

Pierre gardait son énigme, insupportable pour moi, à la fin !

Ses talents de "tombeur" ressemblaient trop à des abus de pouvoir ! Il fallait me protéger, désormais, sans lui permettre de me détruire .

Au moment de la séparation, je fus peu éloquente . L ' Arsouille s'en aperçut. Il stipula, pour mieux me perdre : " J' existe toujours ".

Je ne répondis rien . Il s'en alla.

Son " Carpe Diem" avait enflammé le bûcher de mon enfer .

                                          ( à suivre )

                      Solange  Arcamone

Publié par little stella à 19:45:22 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Dénouement | 14 janvier 2006

La 2O5 GTI s'en retourna sur Aix-les-Bains. Depuis la veille au soir, elle avait fait quatre fois le même trajet ! 

Tout au long de la route, des flocons papillonnaient sur son pare-brise. La nature s'endormait dans le silence de janvier. Silence rédempteur ?

Le "terrier" ne s'attendait pas à revoir ses amants . Ils étaient là, oui...après les argumentations difficiles, les mots assassins, les coups ... Ils étaient là, simplement, comme un homme et une femme qui ne voulaient pas encore se quitter .

" Il n' est remède, ni breuvage quelconque, ni charme, ni chant, ni paroles qui guérissent le mal d'amour, sinon, le baiser, embrasser, coucher ensemble nue à nu "...c'était vrai ...

Emouvante capitulation de deux corps réunis dans un ultime recours en grâce . Effluves passionnels...repos purificateur ...

Ma lucidité revint au grand jour. Pierre dormait... Je m'écoeurais, j'avais cédé .

Ma quête d' amour piétinait, se perdait dans des méandres trop compliqués pour moi . Pierre narguait mes lois . Il avait tout bouleversé avec son comportement libertaire . Je devais changer sans doute, revoir mon idéologie sentimentale qui m'avait déjà présenté une si lourde  facture, assouplir mes exigences, être plus conforme au monde moderne, changeant et superficiel, devenir plus tolérante ... Quel message mon présent voulait-il me faire passer ? Etais-je en train de vivre les désordres d'une jeunesse que je n'avais pas eue ?

Je venais d'une famille traditionnelle, française mais de souche latine, marquée d'une forte morale judéo-chrétienne : " Travail, Famille, Patrie"...avec comme avatars...interdits et pudibonderies .

Des dialogues, à la maison, il y en avait peu. Pas de cajoleries non plus, on cachait sa tendresse . Des libertés ? A peine et au lycée, l' éducation sexuelle n' existait pas ! Aucune crise à l' adolescence, pas de revendication particulière . Scolarité bonne dans l'ensemble .

Enfant, je n' aimais pas "faire semblant", ma poupée de porcelaine ne m'avait pas amusée longtemps . Ma grand-mère chantait Mouloudji et ...je l'écoutais ..." Un jour, tu verras, on se rencontrera...quelque part n'importe où, guidés par le hasard..." Le hasard c'était quoi ?

A sept ans, Barbe Bleue me terrifiait mais Alice au pays des Merveilles m' accordait mon premier envol . A treize ans , Sissi impératrice m' enlevait de palais en palais et à dix-sept ans Platon me faisait rencontrer le modèle des hommes : Socrate ! Il y avait là, en prémices, toute la dialectique de ma vie de femme .

Du merveilleux et trop de sérieux à la fois, sans recul, sans "prises de terre" . J'avais la tête dans les étoiles !

Mariage précoce, un douze août mille neuf cent soixante et onze, dans ma vingtième année...Lucien naissait trois mois après ...Quel beau bébé ! Malgré ce départ sur les chapeaux de roue, ma vie se profilait "bien dotée", avec, en poche, un certificat de fin d'études normales et, pour mon mari, une maitrîse de droit . La route s' annonçait belle, sans trop d'obstacles . Une seule ombre au tableau : l' inexpérience, trop peu d' " essais "... Idéal classique, conformiste, nourri par l'imagination et la sensibilité .

Le bouddhisme m' interpellait, l' impressionnisme m'intéressait, le chant choral m' élevait et la poésie me subjuguait . 

Je filmais tout en rouge et noir. Un amour sans passion, non, je n'en voulais pas ! Après quinze ans de mariage et un divorce douloureux, j' attendais encore le "Prince Charmant" !

      Pierre ne voulait pas de ce rôle d'un autre âge .

                        ( à suivre )

                                                 Solange Arcamone  

               

                

                                   

                                                  

Publié par little stella à 17:40:49 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Sabine | 14 janvier 2006

Six heures du matin ! Sabine fatiguait et moi aussi...

Elle qui devait reprendre son travail en début d'après-midi !

 Nous "causions" depuis cinq heures . Pierre avait fini la bouteille de champagne à lui tout seul. Il s'entendait si durement critiqué...

Ne l'avions-nous pas qualifié, en définitive, d ' homme dangereux, de "couratier" ?   

" Je refuse de faire partie de ton harem ! " lui avait crié Sabine .

Sentant la partie perdue, il me déclara froidement...

 " Tu ne réalises pas ce qui t'arrive...Tu es aimée à la fois par un homme et par une femme! " Le rusé ! J' étais la médiatrice rêvée, il avait tout compris ! Il modifiait son langage pour mieux gagner Sabine et lui extirper son ralliement. Il s' acharna d' autant plus fort qu 'il connaissait son histoire ...

Elle, ne dit rien, mais ses traits se durcirent et ses yeux s'assombrirent .

Sabine avait eu, quelques années auparavant, une relation particulière, aussi intense que destructive, avec une collègue de travail . Elle s' était laissée initier, elle découvrait tout ... L' amour possessif d'une femme, les extases répétées, l 'excitation des caresses, le plaisir mutuellement partagé et reconnu, redoublé encore par le troublant constat d' être l' autre et soi-même .

N' avait-elle jamais atteint cette communion des corps avec l' homme qui partageait sa vie ?

Marco, pendant longtemps, avait essayé de comprendre...Pourquoi ce détachement progressif, pourquoi cette nouvelle soif de vivre chez son épouse si docile jusqu'ici, si pleinement " mère au foyer", si besogneuse avec son C.A.P de couturière ?...Pourquoi ? Un autre la tentait sûrement. Il l'observa...en vain ! Alors quoi ?

Il fallait sans tarder  (re)conquérir cette compagne qui lui échappait. L' épater ? Comment ? Il était simple ouvrier et le confirmait en se fermant sciemment à toute ouverture culturelle. Sa richesse à lui se contenait dans ses mains, ses mains qui avaient installé Sabine dans une maison confortable, ses mains qui rapportaient à la fin de chaque mois le modeste salaire sur lequel toute la famille comptait, ses "mains en or" qui savaient tout faire . Il ne s' efforçait pas de trouver une autre manière de vivre . Chaque jour, les mêmes tâches dans l 'entreprise de maçonnerie qui l'employait ... Economiser quelques sous pour retaper une maison secondaire à la mer ou à la montagne, c'était tout ce qu'il pouvait faire miroiter à Sabine .

Elle... berçait d' autres rêves . Elle travaillait dans la confection industrielle, à Chambéry, chez Pilotaz . Assidue aux cours du soir, elle obtint son baccalauréat à quarante ans ! Dès lors, de nouvelles curiosités l' habitèrent .

Sabine recouvrait sa liberté, philosophait, courait aux conférences, fréquentait les salles de cinéma, de concert, voyait des amis, SON amie ... Elle s' épanouissait, se donnant à la joie de vivre et à la fantaisie .

Mais son plus grand exploit, elle le réussit le jour où elle  s'offrit une nouvelle orientation professionnelle. Elle quitta l'usine pour rentrer dans le monde de l'Education .

 Parcours d'une combattante ? Oui, car chez elle , la lecture lui était interdite.

Marco n' aimait pas les livres. Son certificat d'études ne lui avait pas laissé de bons souvenirs ... Sabine s'était fait offrir son premier dictionnaire par sa soeur. Elle le feuilletait en cachette...C' était une distraction bourgeoise !

Les époux ne se firent aucune concession, ni l'un, ni l'autre . Marco dressa sa dernière arme, la plus pernicieuse . " Un jour, je partirai...pour de bon...

- facile à dire, difficile à faire ! "lui répondit Sabine . Mais le projet misérable s' était ancré solidement dans la tête du moribond . Il  affronta sa femme une dernière fois, en lui tirant la langue comme un enfant taquin, pour mieux s'octroyer le droit de la faire souffrir .

Il se donna la mort le soir-même, dans "leur" chambre. On le retrouva un pied lié à la gâchette de son fusil de chasse.

Marco laissait à Sabine un immense repentir et une profonde aversion pour l'homosexualité.  

Pierre l' avait tranquillisée, à l'époque où il l'avait rencontrée ... " Prétentieuse, lui avait-il lancé, on ne se tue jamais pour quelqu'un ! " Parlait-il en connaisseur ?

Sabine s' était sentie momentanément apaisée, déculpabilisée.

Or, cette nuit, comprenant le dessein de notre "diable", la nausée la reprit . Ce n' était pas moi qu' elle rejetait, mais plutôt le souvenir atroce d' un drame qui faillit ruiner sa raison .

L ' Arsouille, le coeur en chamade, comprit sa faute . Trop tard ...

Sabine se leva brusquement du canapé, remit son manteau sans même me regarder.

Ma partenaire me lâchait. On la raccompagna chez elle dans la clarté blafarde du petit matin .

                                         ( à suivre )

                                                                   Solange Arcamone

                                  

                                                             

                          

                                                 

                                                                        

                                                                                                      

Publié par little stella à 09:46:51 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

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