( Un flacon à parfum ...ancien ...)
Au XIX siècle, cette "Reine des Eaux" accueillait aristocrates et bourgeois venus de l' Europe entière pour prendre l'air, soigner leurs rhumatismes et surtout s'amuser !
On s'y habillait comme à Paris, on s'y promenait comme à Naples et on y dansait comme à Vienne...avait dit Jean-Marie Jeudy .
Cette ville gardait encore l'empreinte de la "Belle Epoque", avec son Casino, ses concours hippiques, ses régates sur le lac et son kiosque à musique. Dès le printemps, les curistes y apportaient leurs désirs d'évasion et la "Petite Causette" de la place de la mairie ne désemplissait pas .
Le théâtre non plus d'ailleurs ...où, pendant le festival d'opérettes, Offenbach attirait les coeurs légers ... " Les yeux de velours de la Belle de Cadix" faisaient toujours autant de ravages !
Dans les rues...quelques jolies dames pressaient le pas pour ne pas râter le thé dansant et, au bord du lac, Lamartine hantait encore les rives ...
Entre le Revard et La Dent du Chat, la vie s'écoulait, douce et paisible, dans son air désuet.
C'est ce qu'il me fallait pour voir clair dans mes confusions.
Je logeais au Splendide, somptueux palace vendu en appartements, monument historique très visité par les amateurs de grand art . Tapis d' Aubusson, parquets vernis, salon flamboyant aux cheminées sataniques, larges fresques, colonnes ioniques en marbre bleu du Pakistan, Aphrodites en écussons dorés, miroirs aux rubans croisés...et parc dessiné par Lenôtre !
Ces splendeurs impériales allégeaient ma ...déchéance . Ma vie avait chaviré.
Mon studio n'avait pas quarante mères carrés. Orienté plein nord, le soleil n'y pénétrait jamais. J'en fis "mon terrier". Une rénovation hâtive l'avait transformé en deux pièces .
Seul le séjour convenait car tout avait été conservé : l'espace, la hauteur du plafond, les corniches de plâtre, les boiseries anciennes et le plafonnier de bronze Napoléon III. Le rose saumon de la moquette, la nacre des rideaux de velours et le noir laqué du mobilier rayonnaient ici, secrètement, un tout p'tit peu d'amour ... La bibliothèque et le bureau tenaient une place de choix. Le soir, la douce lumière des abat-jours accentuait la chaleur de ce décor que j'avais planté de mes propres mains .
La "chambre à coucher" était borgne . Je la partageais avec Gladys...ma fille âgée de onze ans. Deux lits superposés sous une fenêtre en trompe l'oeil, voilà tout le luxe que nous chérissions, après avoir bien connu les commodités .
C'est dans cette pauvreté d'existence que notre équilibre allait se jouer . Notre coquette maison neuve ne nous avait pas suivies ... Elle était restée à Chignin, dans les vignobles .
Un revers de fortune nous l'avait prise sans pitié .
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 11:18:38 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Ainsi ...avec deux appels téléphoniques bien synchronisés, tout fut décidé sans le moindre accroc, dans une seule volonté commune de se retrouver à trois, de se redécouvrir ailleurs et peut-être autrement...qui sait ?
Le programme s'élabora rapidement entre Sabine et moi, car cette idée venait d'elle, en fait . Elle l'avait finement suggérée à Pierre, qui accepta .
Un p'tit resto sympa et le Jazz Band de la région...ça devrait lui plaire. Ensuite, on verrait .
Je restais pensive une bonne partie de l'après-midi. Aurais-je dû refuser ? ...et refuser quoi ? Le plaisir d'être ensemble ? Ineptie ... Hésiter ? Tout arrivait si vite. Pourquoi Sabine avait-elle pris cette initiative ? Pourquoi avait-elle voulu bousculer le temps, le temps, cet élément impalpable mais intrinsèque à toute relation, le temps qui efface ou remet au jour les remous de l'âme...
Mon âme, elle en était où ?... Bleuie, malmenée, cinglée par un amour violent quoique pudique, lasse d'attendre, prête à tout abandonner ( ainsi j'en avais décidé en ce début d'année...) et soudain, en un quart d'heure, replongée dans une "galère" vieille d'un an, qui allait revivre ce soir-là plus oppressante que jamais .
Des élans d'amour, d'amitié, d'amour-amitié, émaneraient de trois personnes à la fois . Arriverais-je à réguler mes palpitations, faire bonne figure, adopter la juste attitude ?...
Hésiter...aussi peut-être...pour une autre raison. Pour qui Pierre avait-il accepté l'idée de nous inviter toutes les deux ? Qui l'attirait le plus ...ou quoi ?
Tout dans ma tête prenait l'allure d'un jeu dangereux où les partenaires ne connaîtraient peut-être ni les règles, ni les interdictions.
Tricher ?... Non...certainement pas . Ni Sabine, ni moi, ne le supporterions . L'entente demeurait tacite entre nous . Nous sortions pour partager une émotion commune, faite de retrouvailles sereines, dans un bain alimento-culturel, vivifiant (pensions-nous ...) et de plus, nécessaire à éclaircir une situation amoureuse "complexe", la mienne .
Sabine n'en démordait pas. Il fallait en finir avec mes ambiguités sentimentales, poser un regard nouveau sur ce personnage fascinant, certes, tissé de charmes et de subtilités, mais si fuyant, si inaccessible pour moi, idéaliste, qui jurais sur l'Amour Absolu, la Paix bienheureuse .
Publié par little stella à 19:16:38 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
( Nenetse de Cendrine Rovini )
C'est l'histoire...
d'une femme de trente cinq ans, partie à la recherche du Pays des Merveilles.
L' Amour la malmena mais l' Amitié la sauva.
De Prince Charmant...point ...de merveilles ...non plus ...
Que la seule certitude d'être à la fois une et multiple, dans la bouleversante découverte d'elle-même .
.....un samedi après-midi de janvier 88
le téléphone sonna.
" Pierre va t'appeler ! ( c'était Sabine...)
- ça va pas ? Il m'appelle jamais !" La communication fut brève mais tonique.
Je reposai le combiné, émue et déjà pleine d'attente... Deuxième sonnerie...C'était ...LUI !
" Tu fais quoi ce soir ?... ( Je reconnus la voix chaude et légère que je n'avais pas entendue depuis trois mois ...)
- Rien ! " répondis-je. Le "pourquoi" s'avérait inutile. Sa question ressemblait trop à une invitation.
Je tenais une intime conviction : on allait se voir, mais cette fois-ci à trois !
"Je passe te prendre vers 21 h...ajouta l' Arsouille...
Nous irons chercher Sabine à la sortie de son travail...Tu sais où c'est ?
- Oui, rue Jean Jaurès... à Chambéry
- ça te fait plaisir ?
- Absolument...mais...dis-moi, seul au milieu de deux nanas, c'est pas un peu gênant ? "
Comme d'habitude, il esquiva la réponse mais l'accord s'était conclu . Je compris très vite qu'aucun problème ne se posait. La situation se présentait d'une manière assez insolite pour le tenter, l'intéresser.
Le contenu de la soirée importait peu. A trois les idées ne manqueraient pas !!
( à suivre...)
Solange Arcamone
Publié par little stella à 12:01:45 dans Arsouille ! | Commentaires (2) | Permaliens
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