"Ce mot-là revenait sans cesse dans sa bouche. L' employait-il par décence, par négligence de langage ou à bon escient ?
Les femmes pourtant, il les connaissait toutes sur "le bout des doigts"...
De son oeil expert, il épiait sans merci... la belle, la laide, la grossière, la raffinée, la délicate, la provocante ou l'ingénue . Il discernait... l'épouse, la maîtresse, l'amie, la camarade, la fille, la mère, la catin . Il flairait ingénieusement l'esseulée ou la convoitée .
Ce soir-là, il avait installé le quiproquo entre nous, insidieusement .
Le bavard s' enlisait dans sa confusion ... Aimer, désirer, là encore, il ne faisait plus la différence . Il mélangeait tout . Mes sentiments n'avaient rien à voir avec ceux de Sabine, mais il s' en fichait royalement .
Il tenta l'autorité... " ça suffit, on dort ! ..." Le grossier !
Nous le regardions , médusées. Nous étions ici pour nous expliquer, pas pour baiser et encore moins pour dormir !! Son empressement me mortifiait . Il osa de surcroît, parler de ... CONFIANCE !
Lui, ce casse-coeur qui transgressait tout avec ses mains baladeuses et sa suffisance insolente ! Il changeait le sens des mots, il en jouait à sa guise . Nous vivions un vrai vaudeville ! Mon esprit cartésien n'y résista pas .
Je voulus partir, le laisser à Sabine. Celle-ci me désapprouva vivement, d'un mouvement de tête qui en disait long ... Le mec aurait beau parfaire son numéro, nous ne céderions pas !
Notre soupirant se justifia ...Il nous enseigna que les hommes se comportaient avec leur libido autrement que nous . Il spécifia même que beaucoup prisaient la compagnie de très jeunes amantes, à un certain âge . Il en avait donc une, lui aussi, ou plusieurs !
Des visions tyranniques me lacéraient l'esprit . Pour mieux les chasser, je pris la tête de l 'Arsouille entre mes mains ...
" Tu sais ce que nous pensons toutes les deux ? ...Que tu seras un mec super à cinquante ans, quand tu auras fait le tour de tes folies..." Il répondit spontanément...
" Je veux quelqu' un de neuf mais qui aurait aussi le même vécu que moi."
J' avoue m' être reconnue dans ce profil. N' étions-nous pas deux divorcés ? Pierre ne m' identifiait pas encore...voilà !
Idiote !! Il m' avait parlé crûment, je l'avais à peine entendu. Je restais prisonnière d' un obscurantisme opiniâtre.
J'adaptais ses aveux aux exigences de ma passion.
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 20:43:51 dans Arsouille ! | Commentaires (2) | Permaliens
Dans mon énervement, ma colère, j ' avais bousculé Pierre, je le battais !!
Il répétait ... " encore ...encore..." Sa satisfaction était au comble. Par instants, ses yeux brillants ne me quittaient plus. Odieux, il palpait mes seins sous mon pull trop large, réfugiait sa main dans la mienne, entourait de l'autre les hanches de Sabine .
Je le voyais disposé à nous "consommer" toutes les deux ! Moi, parce que je lui avais montré une dépendance dont il n'avait jamais deviné l'ampleur, Sabine, parce qu'il se projetait en elle, devenue son égale .
Dès lors, il se fit plus pressant. Il posa mon bras autour du cou de mon alliée. Cette image de deux femmes enlacées lui plaisait .
Pour nous, c'était le symbole d'une solidarité inconditionnelle, pour lui, c'était l'accession à un fantasme de mec, posséder deux nanas à la fois.
Ces deux femmes, il les avait aimées, l'une après l'autre...Ce soir-là, il les voulait en même temps . Il se servit de ses belles capacités de pédagogue pour nous faire admettre le privilège de cette relation triangulaire . Pourquoi ne pas adhérer à ses voluptés ?
L' Arsouille, maintenant, parlait indifféremment d' amour et d'amitié .
" Aimer... c'est apprécier..." disait-il (seulement) ! Dans mon dépit, je tolérai mal cette perception réductrice . Je perdais mes illusions et on voulait me raccrocher à autre chose, à un nouveau "credo" qui m'éviterait de souffrir, à l'avenir, comme si l'on pouvait aimer avec économie, sans l'inévitable don de soi . J'ai failli croire à l'échange !
L' Amitié s' érigeait en grande panacée. ll importait de tout miser sur elle puisqu' elle cautionnait tous les comportements . Pourquoi n'étais-je pas capable de recevoir cette offrande ? Je ne comprenais plus .
Le souvenir d'une lecture de Jacques Salomé me fit sourire ...
" Dans toute relation triangulaire qui est trompé ? Soi-même, soi-même et personne d'autre que soi-même. Quelle que soit la position occupée sur le triangle !"
Cette analyse résumait parfaitement notre situation .
Le scepticisme ne me lâchait plus ...
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 12:40:42 dans Arsouille ! | Commentaires (5) | Permaliens
Le second acte avait besoin d'une nouvelle scène... "le terrier" s'y prêtait bien .
La 2O5 GTI ne mit pas longtemps pour retourner à Aix-les-Bains . Sabine, recroquevillée à l'arrière, ne disait pas un mot, et moi, le suspense me serrait les entrailles . Qu' allait-il réellement se passer chez moi ?
Accepterais-je de me livrer devant une autre femme, fût-elle ma meilleure amie ? Et Pierre, comment se comporterait-il ?
Au seuil de ma porte, l' Arsouille avait pris le double visage d'un ange et d' un démon . Il était prêt à tout . Il "donna" cette nuit-là ! La bouteille de champagne lui fit déployer plus d'efforts que prévu. Il ne parvint jamais à la sabrer . Ah ! c'était bien lui ! Toujours aussi friand de mises en scènes ! Nous levions enfin le verre pour trinquer ...à quoi ? A la rareté de l'évènement bien sûr, qui nous réunissait tous les trois, dans ce drôle de huis clos .
Pierre ne se contenta pas de simples bavardages. Il se dirigea vers le bureau et se posta devant ma machine à écrire, nous provoquant étrangement ... " Je taperai tout ce que vous me direz "...
Vous, c'était nous, Sabine et moi . Notre relation l'interrogeait . Sur quoi voulait-il nous confronter ? Nous n'avions rien à cacher, ni notre affection mutuelle, ni les raisons qui nous avaient décidées à organiser cette soirée. Assise sur le canapé, tout contre Sabine, je me sentis défaillir et des tremblements soudains secouèrent nerveusement mon corps . Il fallut tout avouer ... Je le fis d'une voix inaudible ...
" Sabine m'aide...elle ne veut plus me voir t'attendre, je n' arrive pas à vivre normalement...
- Oui, elle t'aime, insista Sabine, jouons cartes sur table... C'est inadmissible de faire souffrir quelqu' un comme ça !..."
Entendre parler de ma souffrance dans la bouche d'une autre, c'était comme si je ne la portais qu'à moitié .
Pierre s'était rapproché. Il s'agenouilla sur la tapis, à mes pieds.
" Que veux-tu entendre, me demanda-t-il, que tu m' emmerdes, que tu me fais chier ? ..." Sa vulgarité me glaça . Il continua... " Un projet avec toi, NON, une relation exlusive NON PLUS ! Je ne t'emmènerai jamais sur un chemin d'assistance ! "
Ah ! l' intello ! A cette fraction de seconde...je l'avais haï...
C'était trop dur, même si je savais depuis longtemps que je ne construirais rien avec lui . J'aurais aimé disparaître à nouveau, m'évaporer, les plaquer là tous les deux , oui, tous les deux, car après tout, ma douleur n'appartenait qu' à moi . J'aurais su peut-être guérir toute seule, soigner mon coeur malade ... On le tripotait pour faire quoi ? Un diagnostic sordide ? Ma réponse violente les stupéfia ..." Je vous déteste ...tous les deux !"
Sabine n'en croyait pas ses oreilles. Je me repris ..." Tu aurais pu me le dire plus tôt...Pourquoi ces mots (qui tuent quand on ne les entend plus )...je t'aime ...je t'adore ...? "
Mon bourreau passa de la vulgarité à la moquerie... " Il ne fallait pas prendre ces paroles au sérieux, surtout par téléphone ! " C'était faux, je les avais entendues autrement, j'y avais cru . L' Ignoble poursuivit froidement sa plaidoierie, ridiculisant ma candeur, réduisant mon amour en pièces.
" Que ferais-tu, toi, Sabine, si un homme te délaissait plusieurs mois ? N'irais-tu pas normalement vers quelqu'un d'autre ?"
Sabine, en effet, ne se serait pas morfondue, elle, en pareil cas, décidée comme elle l'était, à vivre résolument comme un MEC, à faire aussi mal qu' EUX !
( à suivre)
Solange Arcamone
Publié par little stella à 07:31:54 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Vingt et une heures dix. La sonnerie de la porte d'entrée me fit sursauter.
Il aurait pu arriver plus tôt, l' Arsouille, pensai-je ...
Un rapide coup d'oeil sur ma tenue ( jupe ample en cuir noir, très souple, bottines , chandail léger ) et j'ouvris largement le séjour .
Je retrouvai tout : la silhouette distinguée, soignée, légèrement parfumée, volontairement décontractée, le regard droit et pénétrant, la démarche légère . Il emplissait la pièce et mon coeur...déjà nos lèvres s'attiraient ... Le même bonheur, le même bien-être à chacun de ses retours projetait mes bras autour de son cou : il était là ! Divins instants !!
J' en oubliai la raison essentielle de sa venue. L' idée de cette soirée n'existait déjà plus pour moi. Une nouvelle fois lui appartenir, je le désirais tant ... Un whisky frappé au goût de ...cacahuète (hélas! ) et nous quittâmes "le terrier" pour aller chercher Sabine à Chambéry; il était vingt et une heures quarante cinq .
Educatrice dans un foyer social pour adolescents, elle terminait tard son travail. Pierre était pressé de la revoir . Son impatience me contrariait un peu . N'aurait-il pas pu changer d'avis au dernier moment ? N'aurait-il pas pu m'accorder plus de temps ?
Sabine nous attendait, comme convenu, près du théâtre . Je la reconnus de loin, dans son long manteau sombre, échappée d'un tableau de Modigliani . La rudesse de son visage n'arrivait pas à cacher son sourire du moment ...large et sincère. Elle nous accueillit avec ces mots :
" Qu'il est bon de voir des gens heureux ! "
Je riais...Pierre aussi. Les accolades furent à la mesure de notre euphorie . Très vite, nous parvenions à "La Nouvelle Orléans". La salle aux murs de pierres, comble, étroite, voûtée, se révéla tout à fait en accord avec l'intimité que nous voulions préserver .
La vie jaillissait partout ici ...dans le brio des musiciens, l'adhésion du public, la salade aux foies de volaille poêlés et le savoureux fondant au chocolat . Entre deux coups de fourchette, on claquait des doigts, on attrapait un tempo sur le solo de la clarinette ... On tutoyait les plus grands...Amstrong, Miles Davis, Nina Simone...
Pierre absorbait tout, il "confabulait", fredonnait sans gêne "Petite fleur ", se partageait équitablement entre ses deux femmes, vibrait harmonieusement . Les applaudissements frénétiques accéléraient par alternance le rythme de nos pulsations .
Sabine et moi ne regrettions rien . Notre soirée était une réussite ! Quelle collusion !!
Sur une dernière gorgée de "roussette", Pierre nous confia bientôt qu' une bouteille de champagne nous était réservée . Il avait eu l'extrême délicatesse d'en apporter une . Mais où la boire ?
La question se posa d'une façon cruciale. Je la reçus comme un coup de lance . Mon regard croisa celui de Sabine. J' y déchiffrai la même appréhension . Il fallait peut-être trouver une solution d'urgence, appeler un quatrième élément, disperser le trio, le confondre dans un cercle d'amis, de copains, recréer finalement une situation commune ...
Sabine pensa à Thierry, moi à Patt...Ils seraient certainement venus nous rejoindre...Mais, il se faisait tard, minuit passé...le jazz nous avait ennivrés et nos idées s'embrouillaient . Nous devions cependant aller jusqu'au bout. Les meilleures choses ayant une fin, nous laissâmes " La Nouvelle Orléans", le ventre rassasié et les oreilles repues .
Dehors, il faisait froid...la rue Croix d' Or déserte...Un trouble curieux nous avait envahis et nous interdisait maintenant de nous séparer .
La suite de ce divertissement allait-elle être à la hauteur de l'objectif que nous nous étions fixé, nous...les nanas !
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 12:33:57 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
Je revis l' Arsouille à la fin du mois de septembre.
La rentrée scolaire l'avait ramené à son poste de travail.
Un mardi soir, il m'invita gentiment à "La Maison de Sophie", sur Annecy...
Une pluie fine tachait nos épaules et nos pas glissaient sur les pavés. Le restaurant se nichait dans la vieille ville, au fond d'une impasse. Une vraie bonbonnière...Rideaux brodés et volets à petits coeurs !
Pierre m'ouvrit le passage, notre table avait été réservée . Intérieur rose et vert, nappes "juponnées", chaises de bois blanc peintes à la main, rosaces de serviette...
Dans cette jolie composition, comment passer aux reproches ?
Je n'en fis point...Son mois d'août avait été bien chargé avec la gestion du centre de vacances...Il me complimenta sur ma toilette... Il observait tout, jusqu' au moindre détail .
Ma chemise de soie l'alléchait particulièrement. Je le sentais revenir à moi ...Je n' écoutais plus ce qu'il me disait, je ne voyais plus ce que je mangeais. Mes dernières résistances fondirent dans l'assiette...avec le nougat glacé ! Incroyable !!
Il m'emmena chez lui. Ses bras et ses baisers passionnés avaient déjà effacé son affrosité...
Nuit d' Arménie...sur le cantique des cantiques ...
Je rentrai sur Aix aux aurores...Gladys dormait chez une de ses amies . Mon esprit troublé m'inquiétait.
Je compris que cette relation "bizarre", non-conventionnelle, pouvait encore se poursuivre longtemps . Imparfaite et ô combien délétère, je l'acceptais . Mon calvaire allait recommencer avec son chap'let d'offenses .
Jour après jour, heure après heure, je luttais pour supporter l'invivable. Pierre ne donnait plus aucun signe de vie. Le téléphone restait sourd. Je vérifiais son branchement...Je n'y croyais pas à ce silence, somme toute involontaire...à cette indifférence qui dura des mois !
" A force et à bout de forces", j' arrivai en décembre, "vidée", tarie. Anorexie, sommeils artificiels, decrescendo pitoyable. Dans la rue, je perdais l'équilibre...je tombais. Dans ma gorge, les mots ne passaient plus ...j'étouffais. Chaque soir, en rentrant de l'école, épuisée mais le devoir accompli, je fouillais le courrier : rien ... Je sautais sur ma messagerie téléphonique : rien...ou du moins pas ce que j'espérais . Alors, défaite, je me couchais sur la banquette du séjour, blasphémant contre Dieu, reniant tous mes Ave Maria...
Pourtant, le sapin avait été acheté...Il en fallait de l'abnégation pour accrocher les boules, dérouler les guirlandes et souhaiter..."Joyeux Noël" à tous, le coeur fendu ...
Dinde insipide et marrons froids .
Sabine n'ignorait rien de mon séisme intérieur.
Pierre, elle l'avait connu, elle aussi, trois ans avant moi, en sortant un soir, en allant danser au "Bagatelle", à Aix-les-Bains. Plus âgée que moi, elle avait su s'en méfier...Liaison passagère donc, sans conséquences. De nouvelles relations masculines l'avaient orientée ailleurs, sans heurt ni tapage . Mon aliénation, elle ne la supportait pas . Il fallait, pensait-elle, un affrontement brutal, un électro-choc, pour me sortir de cet envoûtement.
Le "face à face" était devenu impératif . Sabine m'avait convaincue .
Voilà pourquoi, sans restriction et en toute confiance, je la laissai préparer ces retrouvailles incongrues...
( à suivre )
Solange Arcamone
Publié par little stella à 22:11:58 dans Arsouille ! | Commentaires (0) | Permaliens
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